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vendredi 26 octobre 2012

Aïd moubarak à tous mes amis musulmans :-)


Salam aleikoum ! Günaydin ! Ruz bihair ! Azul ! Bonjour !

Ce soir, c'est l'Aïd al-Adha (Fête du Sacrifice), ou Aïd al-Kabir (Grande Fête), la plus importante fête islamique. Ce soir, des millions de musulmans, en France et dans le monde entier, vont se retrouver en famille pour manger ensemble le mouton. Ce repas sera l'occasion pour eux de se souvenir du sacrifice d'Ibrahim (Abraham), qui dans son amour pour Dieu et sa soumission à lui a été prêt à aller jusqu'à lui offrir son propre fils. Alors, à tous mes très chers amis musulmans, arabes, turcs, perses, berbères ou autres, je dis : عيد هبارك Aïd moubarak, que Dieu vous donne un moment de fête et de souvenir bénis ! Et je voulais aussi profiter de l'occasion pour m'exprimer sur ce que l'événement que vous fêtez aujourd'hui signifie pour moi, en tant que chrétien. Non non, je vous rassure : pas de prosélytisme bidon ni de cassage gratuit : juste une courte réflexion sur le sens de cette journée, dont j'espère qu'elle vous enrichira vous aussi :-)

(NB : Pour cet article adressé en premier lieu à mes amis musulmans, j'utilise les noms arabes, coraniques, des personnages évoqués. Pour le lecteur qui n'y est pas familier, le nom français est indiqué entre parenthèses. J'en profite pour dire un cordial choukran à chacun des différents enseignants qui m'ont permis de progresser dans ma connaissance de la belle langue arabe.)

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Le Sacrifice d'Ibrahim, par le
peintre perse Riza Abbasi
Un jour, Dieu a demandé à Ibrahim, un des grands Prophètes et hommes de Dieu des siècles passés, de lui offrir en sacrifice ce qu'il avait de plus précieux : son fils. Malgré sa tristesse et son incompréhension, Ibrahim décide d'obéir à l'ordre Dieu. De même, son fils se soumet à Dieu et accepte de s'installer sur l'autel. Mais alors qu'Ibrahim s'apprête à égorger son fils, Dieu envoie son ange pour l'en empêcher : Dieu a vu le coeur d'Ibrahim et il sait à présent que celui-ci lui est entièrement fidèle, même lorsqu'il lui demande de renoncer à son enfant qu'il aimait par-dessus tout. L'ange présente un mouton à Ibrahim : c'est cet animal qui sera sacrifié à la place de son fils, qui aura la vie sauve.
Cet événement, raconté dans la Torah, est connu aussi des chrétiens et des juifs, même si contrairement aux musulmans qui croient que le fils en question était Ismaïl (Ismaël), pour nous il s'agit d'Ishaq (Isaac). Cette question a des implications importantes pour la question de l'héritage spirituel d'Ibrahim, mais ce n'est pas à ça que je compte m'intéresser dans cet article. Juifs, chrétiens et musulmans, nous croyons tous qu'il s'agit d'un magnifique acte de foi et d'un exemple à suivre pour nous. Mais dans l'Injil (l'Evangile), nous est révélé un sens beaucoup plus profond à cette histoire : le sacrifice d'Ibrahim est une image d'un autre sacrifice.

L'Injil (Evangile) raconte que la première fois que le Prophète Yahia ibn Zakaria (Jean-Baptiste le fils de Zacharie) a rencontré Issah (Jésus), il s'est écrié : "Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde !" (Injil selon Jean 1:20) L'Agneau de Dieu... que signifie cette expression ?
Pour mieux comprendre, il faut revenir plusieurs siècles en arrière, à l'époque du Prophète Musa (Moïse) : la Torah, que Dieu a révélée à Musa, demande en effet que lorsque quelqu'un a commis un péché, il doit sacrifier à Dieu un animal, le plus souvent un agneau. Cet animal meurt pour le péché qui a été commis, et le coupable est pardonné.
Mais revenons à nos moutons... je veux dire, au sacrifice d'Ibrahim. Comme nous l'avons vu, la soumission d'Ibrahim à Dieu était totale, au point qu'il a été prêt à lui offrir son propre fils. Son fils aussi s'est montré obéissant jusqu'au bout... et pourtant, Dieu n'a pas tout simplement annulé le sacrifice : il a fallu qu'un être innocent, un mouton, meure à sa place. En allant plus loin, on peut même dire qu'en la personne du fils d'Ibrahim, c'est indirectement toute la descendance du Père des Croyants, c'est-à-dire chaque croyant, qui aurait dû mourir, si un être innocent n'avait pas été sacrifié à leur place.
Pourquoi Ibrahim, ce grand Prophète qui avait une telle confiance totale en Dieu, avait-il besoin d'offrir un sacrifice ? Pourquoi son fils qui avait montré son obéissance totale à Dieu en acceptant de monter sur l'autel aurait-il dû mourir ? Nous avons vu que les sacrifices devaient être offerts par les hommes pécheurs pour recevoir de pardon de leur péché ; il n'y a donc qu'une explication possible : Ibrahim et son fils étaient pécheurs et avaient besoin que Dieu leur pardonne.
COMMENT ???!!! Les plus grands hommes de Dieu, le Prophètes qu'il a envoyés pour nous guider et qui sont des modèles pour nous, même eux avaient besoin du pardon de Dieu ? Pour le musulman qui connaît bien sa religion, cette révélation ne devrait pas être une surprise : dans le Qur'an, Dieu ne demande-t-il pas à Muhammad lui-même de demander pardon pour ses péchés ? (Par ex. sourate 40 (Les Croyants) verset 55, ou sourate 48 (La victoire éclatante) verset 2).
Si ces hommes exceptionnels avaient besoin d'être pardonnés... et moi, qui suis-je par rapport à eux ? ... cela me montre qu'à plus forte raison j'ai moi aussi un ENORME besoin de pardon. En effet, qui peut affirmer n'avoir jamais péché ? Qui sera assez orgueilleux pour prétendre être pur devant son Créateur ? Dieu qui est si saint peut-il supporter qu'un pécheur comme moi entre en Sa présence, dans Son Paradis ? Non, non, trois fois non !
Mais alors... le bien que je fais peut-il compenser le mal ? Serais-je pardonné si mes bonnes actions pèsent plus lourd que mon péché ? Réfléchissons-y : a-t-on jamais vu un juge acquitter un assassin parce que celui-ci avait sauvé une autre vie auparavant ? La victime demande justice, le criminel doit être puni et aucune bonne action ne peut effacer son crime. De même, à cause de notre péché, toi et moi, avec toute l'humanité, sommes coupables devant Dieu, nous encourons sa colère et méritons son châtiment.
N'y a-t-il donc aucun espoir pour moi ? Comment pourrais-je entrer au Paradis alors que j'ai tant offensé Dieu par mon péché ? Justement : c'est possible parce qu'un être innocent a pris sur lui la punition que tu méritais. Tel est le témoignage que le Prophète Yahia ibn Zakaria a rendu à Issah : il est l'Agneau de Dieu. Pour que le sacrifice soit valable, l'agneau devait être sans défaut : l'Agneau parfait qui s'offre pour les péchés de toute l'humanité devait donc être lui aussi parfait, sans péché. Le Coran, à la sourate 19 (Maryam) verset 19, atteste qu'Issah était pur et saint. De même que par Musa, Dieu avait ordonné aux hommes des temps anciens de sacrifier un agneau pour obtenir le pardon de leurs péchés, de même Issah, en mourant sur la croix à notre place, est devenu cet Agneau offert en sacrifice pour nos péchés. De même qu'Ibrahim a accepté de sacrifier son fils bien-aimé par obéissance envers Dieu, de même Dieu a accepté de laisser mourir Issah par amour pour nous. De même que le fils d'Ibrahim s'est soumis à Dieu jusqu'à accepter de mourir, de même Issah s'est soumis à Dieu jusqu'à déposer librement sa vie en sacrifice pour l'humanité pécheresse. Voilà le vrai message de l'Aïd al-Adha, la fête du sacrifice : un être innocent est mort à ta place, pour que toi qui étais coupable puisses être pardonné.
La preuve de tout cela a été apportée par Issah lui-même : 3 jours après sa mort, il est ressuscité, remportant la victoire sur la mort, comme en témoigne le Coran lui-même. En effet, dans la sourate 19 (Maryam), verset 33, Issah annonce : وَٱلسَّلَٰمُ عَلَىَّ يَوْمَ وُلِدتُّ وَيَوْمَ أَمُوتُ وَيَوْمَ أُبْعَثُ حَيًّۭا ce qui signifie : "Et que la paix soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant." Les théologiens musulmans Ismail ibn Kathir et Muhammad al-Tabari ont tous les deux compris ce passage non comme la résurrection des âmes à la fin des temps, mais comme une résurrection physique opérée par Dieu pendant la vie d'Issah sur Terre.

Al-fadhila - la vertu : c'est probablement la qualité que recherche le plus tout musulman pieux. Pourtant, la véritable clé pour l'accès au pardon de Dieu serait plutôt une autre attitude, très présente mais pas du tout valorisée dans la culture arabe : al-hchouma, la honte. Non pas une honte qui conduit au désespoir, mais une honte qui est le chemin vers al-tawba : la repentance. Car celui qui prend conscience de la saleté de son péché, celui qui pleure sur son état, est saisi de honte et se repent d'un coeur sincère, celui-là découvre le pardon.

بسم الله الرحمن الرحيم, Bismillah ar-rahman ar-rahim, Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Cette formule, qui se trouve au début de chaque sourate du Qur'an et que tout musulman pieux récite quotidiennement, exprime la nature même de Dieu : Dieu est miséricordieux, il désire pardonner le péché ! Le sacrifice que vous commémorez aujourd'hui nous montre que c'est possible : par Issah al-Masih, l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, Dieu nous manifeste sa miséricorde et son pardon !

Sur ce, chers amis musulmans de Dijon, de Strasbourg et d'ailleurs, je vous souhaite une très belle fête et que Dieu vous ouvre à tous les portes du Paradis !

jeudi 26 janvier 2012

Essam Sharif : Salafiste et Pharisien moderne

Salut tout le monde !

Alors que mon dernier article suscite beaucoup de controverse, je viens de découvrir un nouvel élément intéressant que j'ai immédiatement souhaité partager aussi. Lu hier dans cet article très intéressant du journal Christianity Today (en anglais).

Shadia Bushra, 45 ans, est une pauvre veuve chrétienne copte d'une banlieue du Caire. Quand il y a quelque temps, elle fut victime d'une injustice de la part d'une famille copte aisée concernant un différend immobilier, l'Eglise du quartier a refusé de la soutenir, préférant la manne financière des dons de la famille riche à la justice divine...

Finalement, c'est auprès de son voisin, Essam Sharif (aucun rapport avec l'actuel Premier Ministre du gouvernement de transition qui porte le même nom), qu'elle a trouvé l'aide de laquelle elle avait besoin : il est intervenu pour elle auprès des autorités locales, a engagé un avocat à ses frais, et c'est grâce à lui que justice a été faite. Le point surprenant : Essam Sharif est... un musulman salafiste, comme vous pouvez le constater sur la photo, et le candidat local du parti islamiste Al-Nour ! Et il revendique haut et fort : "J'aurais fait la même chose s'il s'était agi d'une riche famille musulmane." Et son attitude ne peut pas être purement électoraliste puisque l'incident a eu lieu alors que les élections s'étaient déjà déroulées.

Nous avons ici un musulman fondamentaliste qui a priori n'a vraiment pas de quoi paraître sympathique aux yeux d'un chrétien occidental... et pourtant son attitude a été plus chrétienne que celle de l'Eglise officielle ! Comment Jésus ne pourrait-il pas répliquer à ce Pharisien du XXI° Siècle, qui comme son prédécesseur des temps évangéliques a compris que l'amour et la justice sont ce qui compte en tout premier : "Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu." ?

mardi 24 janvier 2012

Rafiq Habib : Un évangélique chez les Frères Musulmans !

Bonjour à tous mes lecteurs !
L'actualité de ces dernières semaines a été marquée par les élections législatives en Egypte : nées du Printemps arabe, rendues possibles par la chute de l'ex-Président Hosni Moubarak, les premières élections libres, démocratiques et transparentes de l'histoire du plus peuplé des pays arabes (parce que oui, j'en suis convaincu, elles étaient vraiment démocratiques et quoi qu'on en pense leurs résultats reflètent la volonté du peuple égyptien) ont été remportées par... des partis religieux, partisans d'un islam politique. La victoire (avec 47% des sièges de la nouvelle Assemblée) du Hizb al-hurriya wa al-adala (Parti de la Liberté et de la Justice), créé par les Frères Musulmans, le plus grand mouvement islamiste au monde, n'est une surprise pour personne puisque les Frères (dont vous pouvez voir le logo), persécutés sous Moubarak, ont réalisé une énorme montée en puissance depuis la Révolution (alors qu'ils avaient été très hésitants à la soutenir à ses débuts) en se présentant comme tenants d'un "islamisme modéré". Par contre, personne ne s'attendait à ce que la deuxième place revienne aux salafistes, mouvement religieux radical et ultraconservateur, dont le parti Al-Nour (La Lumière) a obtenu 24% des sièges. Avec Al-Wasat (Le Milieu), parti composé de dissidents plus libéraux des Frères Musulmans, les islamistes occuperont donc en tout 74% des sièges. L'ensemble des partis laïcs n'en occuperont que 26%.

Pendant la période électorale, plusieurs médias français (par exemple Le Point et La Croix, ou encore le site Actualité chrétienne du journaliste évangélique Paul Ohlott) ont évoqué un détail pour le moins surprenant : le vice-Président du Parti de la Liberté et de la justice, branche politique des Frères Musulmans, est... un chrétien copte égyptien ! Plus encore : il s'agit d'un protestant évangélique ! Qui est donc cet homme, Rafiq Habib (RafiQ, pas RafiK, un peu de respect pour la belle langue arabe s'il vous plaît !) ? Son nom ne dit sans doute rien à la plupart d'entre vous, mais moi je le connaissais et m'intéressais déjà à lui depuis longtemps, avant même la chute de Mubarak.

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Rafiq Habib, 52 ans, psychologue de formation, est un Copte, c'est-à-dire un chrétien égyptien et un descendant des Egyptiens de l'Antiquité avant les invasions arabes. Il n'y a pas de statistiques fiables sur le nombre de chrétiens coptes, les estimations vont de 5% à 12% de la population égyptienne, voire plus, soit entre 5 et 20 millions de personnes. La communauté chrétienne copte existe en Egypte depuis avant même la naissance de l'islam et a subsisté à-travers les siècles en restant attachée à la foi chrétienne, elle est donc totalement indépendante du christianisme occidental. La majorité d'entre eux appartiennent à l'Eglise orthodoxe copte, dont le patriarche, actuellement Shenouda III, est basé à Alexandrie. Une petite minorité a récemment rejoint des églises protestantes évangéliques d'origine occidentale, les relations entre ces groupes et l'Eglise orthodoxe sont généralement bonnes.

Et c'est de ce dernier groupe, celui des Coptes protestants, que Rafiq Habib est issu. Son père Samuel Habib (cf photo) était un pasteur de l'Eglise anglicane égyptienne. Samuel Habib (1928-1997) est une personnalité chrétienne importante en Egypte : il s'agit du fondateur du Coptic Evangelical Organization for Social Services (Organisation Copte Evangélique pour l'Aide Sociale), une association créée en 1960 afin de venir en aide aux couches les plus pauvres de la population égyptienne et de travailler au développement de l'agriculture, de l'éducation, de la santé et du logement. Parce qu'il faut savoir qu'en Egypte, si presque toute l'aide sociale aux plus démunis est le fait des organisations religieuses, chrétiennes comme musulmanes, cette aide est presque toujours déterminée par la religion : les musulmans ne viennent en aide qu'aux pauvres musulmans et l'Eglise ne soutient que les pauvres parmi les chrétiens. Le CECOS fait exception à cette règle : c'est même le tout premier organisme chrétien à venir en aide aux pauvres en Egypte sans distinction de religion. Alors que chrétiens et musulmans en Egypte sont souvent hostiles l'un à l'autre (la persécution que subissent les chrétiens coptes dans ce pays est épouvantable mais il ne faut pas oublier que face à de telles injustices, certains chrétiens, surtout ceux qui ne le sont que par tradition culturelle, peuvent être tentés de se venger et réagir eux aussi de façon très violente), Rafiq Habib a donc été élevé par un père qui était le pionnier d'un mouvement qui luttait pour réduire le gouffre entre les deux communautés et promouvoir l'amour et le respect du prochain musulman dans l'Eglise.Après sa scolarité, le jeune Rafiq Habib est venu faire ses études au Caire, la capitale égyptienne. Au Caire, il reste un chrétien engagé. Il a obtenu un doctorat en psychologie en 1988. Bien qu'il ait tenté plusieurs fois de trouver un travail dans une Université ou un centre de recherche, ses candidatures n'ont jamais été acceptées, ce qui s'explique à la fois par la discrimination en raison de sa foi chrétienne et le manque de relations haut-placées dans une société égyptienne gangrénée par la corruption et le népotisme. Il a aussi publié une vingtaine d'ouvrages (aucun d'entre eux n'a été traduit), dont Psychologie de la religiosité des Coptes d'Egypte. Au fil des années, il est devenu un intellectuel chrétien respecté en Egypte. Ainsi, il a été le premier non-musulman a être interviewé sur pour Jamaa al-Islamiya, le site officiel des Frères Musulmans.

Au fil de sa carrière, Rafiq Habib a toujours recherché le dialogue avec des personnalités musulmanes sur des questions liées à la place des chrétiens dans une société majoritairement islamique. Ses idées sont profondément influencées par l'enseignement de Jésus sur l'amour des ennemis : les chrétiens égyptiens voient souvent les musulmans comme leurs ennemis, mais Habib croit que Dieu les appelle à aimer les musulmans égyptiens et qu'ils doivent construire l'Egypte ensemble, non pas l'un contre l'autre. Dans Psychologie de la religiosité des Coptes d'Egypte, il distingue deux formes principales d'amour qu'il considère comme tout aussi authentiques et importantes l'une que l'autre : l'amour qui se sacrifie pour protéger l'être aimé de l'ennemi ; et l'amour qui franchit les barrières pour aller vers cet ennemi... même si cela représente un risque. C'est cet amour-là qui inspire Habib à franchir les barrières sociales et religieuses égyptiennes.
Il dialogue même avec les musulmans les plus radicaux : cela fait longtemps déjà qu'il est très proche des Frères Musulmans (cf la photo, où on le voit en discussion avec l'ancien Guide suprême de la confrérie, Mohamed Mehdi Akef). Et, chose surprenante pour un chrétien convaincu, il se reconnaît dans le projet de société proposé par les Frères Musulmans.Rafiq Habib n'a jamais cherché à rejoindre la confrérie, mais il a milité dans plusieurs organisations politiques qui en dépendent, et à présent il est vice-Président de leur parti : il pense en effet que les organisations religieuses sont pour ceux qui appartiennent à cette religion, mais que les organisations politiques sont ouvertes à tous ceux qui partagent leur projet de société.

Qu'est-ce donc qui peut attirer un chrétien convaincu dans le programme politique des Frères Musulmans ? Je vais à présent expliquer ses idées point par point, tout en donnant à chaque fois mon appréciation personnelle.

Le cheminement intellectuel de Rafiq Habib part du constat d'une profonde différence entre les sociétés occidentales et la société égyptienne, valable aussi pour la plupart des autres sociétés arabo-musulmanes : alors qu'en Occident, même chez les croyants convaincus, la pratique religieuse est dissociée de la vie publique et l'Etat et la société sont laïcs, dans sa culture la religion est omniprésente dans tous les domaines de la vie quotidienne, publique et privée. Et ce pour les chrétiens comme pour les musulmans. Il et déduit que la laïcité à l'occidentale est une imposition coloniale et un concept étranger à sa culture. Habib est culturaliste : il pense que les systèmes politiques doivent refléter les valeurs dominantes des sociétés qu'ils régulent. Dans ce cas contraire, comme pour les dictatures arabes laïques comme celles de Moubarak, le pouvoir est illégitime et sera obligé de recourir à la force pour s'imposer. Mais s'il est en accord avec les valeurs de la société, il sera respecté par celle-ci et n'aura pas besoin de recourir à la force. Or, la société égyptienne est profondément religieuse, la population chrétienne comme musulmane attache énormément d'importance aux valeurs religieuses et la religion fait encore partie intrinsèque de la vie publique, sur ce point le récent échec des partis laïcs aux élections lui donne raison. Par conséquent, la société égyptienne a besoin d'un pouvoir religieux. Et, parce que l'islam est la religion majoritaire numériquement (il n'émet ici aucun jugement de valeur, il fait simplement ce constat), il doit d'agir d'un Etat islamique.
Ici, je le rejoins jusqu'à un certain point : je suis très profondément attaché à la laïcité en France, mais je ne pense pas que ce concept soit forcément universel et valable partout. Ou plutôt : le fond l'est oui, le principe d'égalité de toutes les religions et de séparation du pouvoir religieux et politique, temporel et spirituel ; mais la forme peut, et doit, être adaptée aux différentes cultures. Je pense d'ailleurs que vouloir imposer notre version de la laïcité dans des sociétés où ce concept est étranger peut être assimilé à une forme de néo-colonialisme.
Par contre, le programme des Frères Musulmans est sur bien des points contraire aux droits humains les plus élémentaires, universellement reconnus dans toutes les sociétés. Par conséquent, même si depuis que j'en ai entendu parler pour la première fois j'ai toujours eu énormément de respect pour Rafiq Habib, ses idées et son action, je pense qu'il est vraiment allé trop loin après la Révolution en rejoignant ce parti. Il a dit aussi qu'il approuve la position des Frères Musulmans d'interdire aux Coptes l'accès à la Présidence de la République dans la nouvelle Egypte, parce que selon ses propos, "la démocratie, c'est le pouvoir de la majorité et en Egypte, la majorité est musulmane" : là je ne suis évidemment pas du tout d'accord !!!

Rafiq Habib distingue ceux qu'il appelle les "militants", c'est-à-dire ceux qui ont recours à l'action violente pour arriver à leurs fins, des "prêcheurs" qui proposent un projet de société. Avec les premiers le dialogue est impossible et il faut les combattre, mais avec les seconds il est toujours possible d'échanger. Ainsi, il pense que les Frères Musulmans étaient à l'origine une organisation "militante" selon sa définition du terme, qui a organisé notamment l'assassinat de l'ex-Président égyptien Anwar Sadat, mais qu'après ce meurtre, ils sont devenus une organisation de "prêcheurs" avec une aile "militante" minoritaire et combattue par la hiérarchie du mouvement. Quand on regarde l'historique du mouvement c'est en grande partie vrai, cela s'explique facilement par des considérations stratégiques.

Mais, quelle serait la place de l'Eglise chrétienne dans une telle société égyptienne islamique ? Les chrétiens ne seraient-ils pas tout simplement menacés d'extinction ? En fait, et contrairement à l'écrasante majorité des Coptes et des chrétiens occidentaux, Rafiq Habib pense que le plus grand danger pour les chrétiens d'Orient n'est pas l'islamisation : c'est la laïcisation de la société, qui les fait perdre leurs racines et ouvre la voie au matérialisme. Dans une Egypte laïque, l'influence de l'Eglise sur la société serait limitée. Dans ce sens, un islamisme qui reconnaîtrait et protégerait les minorités religieuses comme le Coran stipule que l'Etat islamique doit le faire (mais en faisant d'eux des citoyens de second rang...) serait en réalité la meilleure protection pour les chrétiens d'Orient.
Il croit par ailleurs que, dans une culture théocratique islamique, il y aurait de la place pour une sous-culture théocratique chrétienne. Il pense que les problèmes entre chrétiens et musulmans en Egypte (et ailleurs en Orient) aujourd'hui ne sont pas dus à la nature de l'islam et du christianisme, mais à l'imposition de la laïcité qui a divisé ces communautés (il est tout à fait exact que les régimes laïcs de Nasser, Sadat et Moubarak ont souvent joué sur les dissentions entre communautés religieuses pour renforcer leur pouvoir). Si la société redevenait islamique au sens où les Frères Musulmans le veulent, les chrétiens pourront eux aussi revenir à leurs propres valeurs religieuses, former une sous-société régie non pas par la charia mais par une loi religieuse chrétienne que l'Etat islamique reconnaîtrait, et les deux communautés coexisteraient pacifiquement.
Et qu'est-ce que j'en pense moi, de tout ça ? Bien évidemment, je ne souhaite SURTOUT PAS un retour de l'Egypte à une société islamique fondamentaliste ! MAIS, dans le cas si peu souhaitable mais malheureusement pas impossible où c'est ce qui arriverait, les idées de Rafiq Habib ne seraient-elles pas justement la clé pour permettre à l'église de s'intégrer à une telle société, y survivre... et y être un témoin de l'Evangile !!! A chacun d'en juger, moi je pense que c'est tout à fait possible.

Enfin, Rafiq Habib a toujours cru en la démocratie. Et il croit que l'islamisme "modéré" des Frères Musulmans est compatible avec la démocratie. Il est convaincu que les revendications démocratiques de la confrérie sont sincères. Il souhaite en convaincre la communauté chrétienne égyptienne qui dans son immense majorité ne le croit pas du tout et redoute par-dessus tout que leur situation devienne encore plus précaire si les Frères prennent le pouvoir.
Qu'en penser ? Il faut d'abord remarquer que ce n'est que tout récemment que les Frères Musulmans ont commencé à se réclamer de la démocratie, qu'ils avaient auparavant toujours décriée comme anti-islamique, arguant que la pouvoir appartient à Dieu et non au peuple. Les Frères ont tout simplement pris le train en marche (tardivement en plus) lors de l'émergence des revendications démocratiques de la jeunesse arabe. Le renversement de Moubarak est exclusivement le fait de jeunes proches des milieux politiques libéraux et de gauche, les Frères n'y ont aucunement participé. Cela suffit à se douter qu'il s'agit d'une manoeuvre purement opportuniste. Donc, avec tout le respect que je dois à Rafiq Habib, sur ce point son attitude est empreinte d'un aveuglement flagrant... et qui plus est, elle permet à un mouvement islamiste dangereux de se servir de lui comme vitrine pour rassurer l'Occident et comme "cheval de Troie" pour faire entendre sa voix dans la communauté copte qui leur a toujours été hostile. Certes, il est important d'avoir un témoignage chrétien dans toutes les catégories de la société, même les plus difficiles ; cependant n'est-ce pas compromettre ce témoignage que de cautionner un programme politique qui ne respecte pas les droits de l'homme ?
Mais tout espoir de réel progrès démocratique est-il perdu pour autant ? Je ne pense pas, parce que si l'ensemble des leaders de la confrérie sont effectivement des religieux rigoristes n'ayant que faire de la démocratie et des droits de l'homme, il n'en est pas de même pour leurs militants de base. La majorité de l'électorat des Frères Musulmans (comme des salafistes) est un électorat rural, pauvre et souvent analphabète, qui est reconnaissant aux Frères Musulmans pour leurs réseaux d'aide sociale partout dans le pays. Mais leurs militants actifs, ce sont des jeunes, éduqués, qui s'inspirent des valeurs de justice et de liberté qu'ils trouvent dans leur compréhension de l'islam et qui souhaitent concilier islam politique et démocratie moderne. Ils ont manifesté côte-à-côte avec des jeunes musulmans laïcs et chrétiens pour exiger le départ de Moubarak et réclamer des réformes démocratiques. Après s'être battus pour la liberté, ils n'imposeront certainement pas une nouvelle tyrannie à leurs frères de lutte. Même si je n'ai aucune confiance dans les membres influents des Frères Musulmans (en tout cas la grande majorité d'entre eux, je veux bien croire qu'il y ait quelques exceptions, des "Pharisiens sincères"), leurs militants de base sont de vrais démocrates, surtout les jeunes. Par conséquent, même si la hiérarchie n'est pas démocrate par conviction, elle pourrait se voir contrainte au fil du temps de le devenir par opportunisme et par électoralisme, faute de quoi elle perdra le soutien de ses propres militants.

Et comment l'engagement de Rafiq Habib est-il perçu au sein de la communauté copte ? Très très mal : il est rejeté de toutes parts, considéré comme un traître. Même sa propre mère, qui l'a toujours soutenu dans ses initiatives de dialogue, désapprouve son choix de rejoindre ce parti politique. Et lors des récentes élections, les chrétiens ont très majoritairement votés pour des partis libéraux et laïcs. "Rafik Habib ne nous représente pas. Son choix va être utilisé par les islamistes pour masquer les discriminations," affirme Naguib Gabriel (photo), avocat chrétien, responsable d'une église du Caire et Président de la Fédération Egyptienne des Droits de l'Homme.

Un dernier point, sur lequel je conclurai : la vision de Rafiq Habib sur la place des chrétiens dans une société islamique prend en compte les communautés chrétiennes historiques, présentes depuis des siècles dans les sociétés majoritairement musulmanes et numériquement importantes. Mais il oublie totalement l'existence des chrétiens d'origine musulmane, qui sont exclus de cette communauté et considérés comme des traîtres par leur propre communauté d'origine. C'est la toute première question que j'aimerais beaucoup poser à Habib : quelle est leur place dans une société islamique telle qu'il la propose, sachant que d'après la doctrine officielle des Frères Musulmans, l'apostasie est un crime passible de la peine de mort ? Comment en tant que chrétien Rafiq Habib peut-il accepter une telle position ?
En 2007, le musulman converti au christianisme Mohammed Hegazy (cf photo) a défrayé la chronique en devenant le premier à engager une procédure judiciaire pour que sa conversion soit officiellement reconnue et que la mention "Musulman" sur sa carte d'identité soit remplacée par la mention "Chrétien". Aujourd'hui, même après la Révolution égyptienne, il ne l'a toujours pas obtenue et son combat courageux l'a même contraint à vivre dans la clandestinité. Un autre ex-musulman, Maher al-Gohary, a fait la même démarche en 2009 avec sa fille de 16 ans, Dina... et ils se sont vus contraints de quitter leur pays en 2011 parce qu'ils étaient menacé de mort. Ces deux cas sont révélateurs d'un grave état de fait : en Egypte, avant et même après la Révolution, les chrétiens d'origine musulmane n'ont pas le droit d'exister. Est-ce un gouvernement dominé par les Frères Musulmans qui leur donnera ce droit ? Difficile à concevoir... Comment donc Rafiq Habib peut-il accepter de s'allier à des hommes qui veulent la mort de ses frères ???

Voici donc les idées de Rafiq Habib, qui le poussent à militer pour les Frères Musulmans. Sa nomination comme vice-Président du parti a reçu une forte couverture médiatique (souvent de façon assez caricaturale d'ailleurs, notamment pour l'article du Point), mais peu de médias se sont pris la peine d'analyser plus en détail ses idées, et (à ma connaissance) aucune source chrétienne ne l'a fait. J'estime que ces idées sont novatrices et méritent d'être connues et comprises, notamment par les chrétiens qui ont dans l'ensemble été très surpris d'apprendre la nouvelle et n'ont pas compris sa position. D'aucun font des raccourcis simplistes et l'accusent de relativisme avec l'islam, ou encore de "préférer la gloire des hommes à la gloire de Dieu" (alors que ses choix lui ont plutôt valu la colère et le rejet des hommes qui comptent le plus pour lui, ceux de sa propre communauté). D'autre part, pour quelques-uns de ses (rares) défenseurs, il serait auréolé d'une sorte d'"amour supérieur", mystique, pour les musulmans alors que tous ceux qui s'opposent à lui sont forcément aveuglés par leur haine.... Quoi qu'on en pense, il faut lui reconnaître le courage d'oser avancer à contre-courant tout en s'attirant la haine et l'opposition de toutes parts. A-t-il raison, se trompe-t-il de combat ? A chacun d'en juger, mais pour juger il faut connaître.

Pour ceux qui ont envie d'en savoir plus, je recommande cette excellente analyse de Religioscope, un site de référence en matière de sociologie des religions, duquel je me suis d'ailleurs beaucoup inspiré pour cet article. Et si vous lisez l'anglais, je recommande encore plus chaudement, d'un point de vue chrétien, la réflexion en deux parties (partie 1 et partie 2) d'un chrétien occidental qui vit en Egypte, sur la pensée de Habib et notamment la notion d'amour des ennemis.

Et dans mon prochain article, je compte vous parler de plusieurs autres Coptes qui vont probablement jouer un rôle important dans l'ère post-Moubarak.

mercredi 25 mai 2011

Ibrahim ben Ali

Salut tout le monde !

J'ai réagi dans mon dernier article à la mort d'Oussama ben Laden. Cet événement est le dernier épisode de l'histoire des relations toujours complexes entre les États-Unis et l'islam, entre attachement à la liberté religieuse pour tous et vision de l'islam comme une menace pour la démocratie et la culture occidentale. Des premiers colons musulmans du temps des Pères Fondateurs qui se sont très bien intégrés et ont participé à la construction de la nation américaine, aux conflits entre Américains d'origine turque et grecque au XIX° Siècle, aux mouvements musulmans afro-américains souvent violents pendant la lutte contre la Ségrégation (comme les Black Panthers ou la Nation of Islam), à la guerre contre le terrisme, aux discours élogieux de Barack Obama sur la nature pacifique et tolérance de la religion musulmane, tout montre que de tous temps, aux États-Unis, l'islam a existé, et à la fois fasciné et effrayé. Et ces deux tendances se manifestent encore aujourd'hui, avec d'un côté une volonté, y compris parmi les chrétiens américains, d'ouvrir la société américaine aux valeurs de l'islam et de permettre une meilleure intégration des minorités musulmanes récemment immigrées, de l'autre des mentalités dans certains milieux qui considèrent l'islam comme une religion violente par définition.

On pourrait écrire des pages sur la sociologie de l'islam aux États-Unis et sur les rapports, parfois cordiaux, d'autres fois tendus, souvent contradictoires, entre l'islam et la société américaine. Mais ce n'est pas mon but dans cet article. Les tout premiers musulmans américains étaient des colons turcs, venus de ce qui était à l'époque l'Empire ottoman... mais ce qui est beaucoup moins connu, c'est qu'un des tout premiers Turcs-Américains, Ibrahim ben Ali, était... chrétien, un ex-musulman converti à Jésus-Christ !

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Ibrahim ben Ali est né 1756 en Turquie, près d'Istanbul, dans une famille riche et respectée. Son père était un musulman pieux, sa mère une chrétienne grecque, ancienne esclave que le père d'Ibrahim avait affranchie pour l'épouser. Son père lui a enseigné le Coran et appris à craindre Allah et à vivre en bon musulman. Dans sa jeunesse, Ibrahim était musulman pratiquant et sincère, et à 13 ans il a fait la hadj, le pèlerinage à La Mecque obligatoire dans l'islam. Il a aussi pris trois épouses, Halima, Fatima et Aïcha.

Grâce à l'influence de son père, le jeune Ibrahim a été nommé capitaine des Janissaires, un corps d'élite dans l'armée de l'Empire ottoman qui avait le rôle de la garde personnelle du Sultan. De plus, ses études lui ont permis de devenir médecin. Un bel avenir semblait s'ouvrir devant lui dans sa patrie.

Mais un jour, tout a basculé : après 5 ans de service, deux de ses compagnons Janissaires ont été assassinés et il s'est retrouvé accusé à tort du meurtre. On lui donna 5 jours pour fournir les preuves de son innocence, le sixième jour il mourrait. Mais alors que les 5 jours étaient passés, la nu
it avant son exécution, il a vécu une expérience qui a transformé sa vie : en prison avec lui, il y avait un vieil esclave espagnol, qui lui a expliqué le message de l'Évangile chrétien et l'a encouragé à ne pas mettre sa confiance en l'islam et en Muhammad. "Devenez chrétien, recommandez votre âme à Dieu par Jésus-Christ, et il vous sauvera pour la vie éternelle", telles étaient les paroles de l'esclave. Et c'est ce que fit Ibrahim : plusieurs fois pendant cette nuit fatidique, il appela à Jésus pour qu'il le sauve. Le lendemain matin, le geôlier est venu le voir pour lui annoncer son acquittement : deux autres soldats venaient de confesser le crime. Ibrahim n'a jamais oublié cette nuit, il savait que c'était Jésus, le Dieu vivant, qui l'avait sauvé. Tout en continuant à servir comme médecin et comme officier dans l'armée de l'Empire ottoman, il est devenu chrétien et a commencé à proclamer sa foi autour de lui. Jamais il n'est retourné à l'islam.

Plus tard, pendant une guerre entre la Russie et
l'Empire ottoman, Ibrahim a été fait prisonnier à St-Pétersbourg, en Russie, où il passa 2 ans. Finalement, grâce à l'aide d'une femme influence qui avait recouvert la vue grâce à ses soins médicaux, il a pu être libéré, mais comme les circonstances politiques ne lui permettaient pas de retourner en Turquie, il a voyagé jusqu'au Danemark, puis Liverpool et Angleterre, puis finalement en Irlande, où il a rencontré le théologien Adam Clarke (cf photo). C'est Adam Clarke qui a baptisé Ibrahim et les deux hommes sont devenus des amis très proches. Ils ont vécu ensemble à Dublin en Irlande, puis pendant 2 ans à Liverpool, et enfin pendant plusieurs années à Manchester. Puis, Ibrahim a finalement décidé de prendre la mer pour s'installer aux États-Unis, ce nouvel État qui venaient de déclarer leur indépendance et offrait une nouvelle patrie à tous ceux qui, pour quelque raison que ce soit, désiraient commencer une nouvelle vie.

Arrivé aux États-Unis, Ibrahim s'est installé dans la ville de Philadelphie en Pennsylvanie, où il s'est marié une nouvelle fois avec une chrétienne baptiste américaine et a ouvert un cabinet de médecin. Vers la fin de sa vie, il a déménagé à Baltimore, dans le Maryland, où il est mort d'une épidémie de fièvre jaune. Il est considéré jusqu'à aujourd'hui comme un pionnier de la communauté turque américaine.

NB : Je n'ai pas trouvé de portrait d'Ibrahim ben Ali lui-même, alors j'ai illustré l'article par plusieurs oeuvres d'art ottoman, que je trouve magnifique.

samedi 2 avril 2011

Hamoud Saleh al Amri

Salut tout le monde !

L'Arabie Saoudite est le pays le plus strictement islamique au monde et le site des lieux saints de la religion musulmane. Tous les Saoudiens sont officiellement musulmans et il n'existe aucun lieu de culte non musulman dans le pays. L'apostasie y est légalement passible de la peine de mort. Pourtant, même dans le pays où est né l'islam, certains osent encore passer par-dessus les immenses barrières religieuses, sociales et légales, et en viennent à croire que Jésus, Issah al-Masih, est tellement plus qu'un Prophète ; le Fils de Dieu et le Sauveur du monde. Hamoud Saleh al Amri est l'un d'entre eux, probablement le plus connu, et c'est son histoire que j'ai eu envie de vous faire découvrir aujourd'hui.

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Hamoud Saleh al Amri est né en Arabie Saoudite, dans une famille arabe musulmane ordinaire, conservatrice mais pas extrémiste. C'est pendant ses études dans un autre pays arabe qu'il a des doutes sérieux sur l'islam, qui le conduisent à lire la Bible. Il raconte lui-même comment il a fait la découverte de l'Évangile, dans cette interview vidéo en 3 parties, dans laquelle il répond aux questions du missionnaire marocain Brother Rachid, surnommé le "télévangéliste du monde arabe", ex-musulman lui aussi, qui après avoir été directeur d'une société informatique dans son pays, est devenu animateur de la chaîne télévisée chrétienne arabe Al-Hayat. L'interview est en arabe, les sous-titres anglais ne sont pas très bons mais ils permettent de comprendre. Bon visionnage :-)







Hamoud Saleh al Amri n'a toujours pas le droit de quitter son pays. Il a été emprisonné plusieurs fois en raison de sa foi et de ses critiques à l'encontre du système politique et judiciaire saoudien, mais la pression internationale a permis à chaque fois d'obtenir sa libération. Il tient un blog (en arabe, mais je mets le lien quand même pour vous donner une idée) sur lequel il raconte à ses compatriotes l'histoire de sa conversion et explique les raisons de son choix.

mardi 15 mars 2011

Interview d'un chrétien marocain

Salam aleikoum tout le monde !

Je suis depuis quelque temps en contact avec un chrétien marocain qui vit dans une ville du Maroc. Comme beaucoup de vous savent déjà, je suis fasciné de cultures orientales et le Maroc est un pays qui ne tient particulièrement à coeur. Je réfléchissais donc à un moyen de faire connaître à d'autres ce que ce frère me partage quant à la vie des chrétiens marocains, sans pour autant le mettre en danger. Finalement, après avoir réfléchi et parlé avec lui, j'ai choisi de lui poser quelques questions, et de publier ses réponses, mais de manière anonyme et sans mentionner l'endroit au Maroc où il se trouve. Voici donc cette interview d'un chrétien marocain.

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1. Vous êtes citoyen marocain et vivez au Maroc. Vous êtes aussi un ancien musulman devenu chrétien, ce qui dans votre pays a de quoi surprendre. Comment avec-vous connu Jésus ?

- J'avais beaucoup de questions à pro
pos de l'islam vu la grande contradiction entre ce qui est dit et ce qui est fait, et c'est ce qui m'a poussé à quitter l'islam et à m'intéresser plus à mes études, et à un certain moment de ma vie j'avais senti un vide spirituel croissant, ce qui m'a poussé à chercher la vérité. Et grâce à un ami, j'ai pu rencontré des Chrétiens (marocains et étrangers), ce qui m'a poussé à connaître Jésus plus profondément.

2. Comment a réagi votre famille à votre décision ?

- Bien sûr ma famille quand elle l'a su a été contre au début, elle a essayé même de faire une certaine pression sur moi pour que j'abandonne ma foi. Mais en vain... ce qui l'a poussée à devenir mon premier protecteur contre les autorités et contre la famille élargie.
En gros, le problème des familles marocaines ce n'est pas la foi en elle-même, mais elles sont plus intéressées par leur image, leur situation et ce que les autres diront !!!!!

3. Le véritable nombre de chrétiens marocains est évidemment impossible à
connaître puisque beaucoup d'entre eux gardent leur foi secrète. Combien y en a-t-il de connus ? Combien environ pensez-vous qu'il pourrait y en avoir en tout ?

- Ceux qui sont connus représentent quelques milliers, un peu plus de 4000, mais je crois que ceux qui suivent Jésus-Christ, grâce à Internet et aux satellites, dépassent les dizaines de milliers et même plus, et c'est ce qui a poussé le gouvernement marocain à s'acharner contre les chrétiens marocains ainsi qu'étrangers, même si certains étrangers étaient sur le sol marocain pour leur business ou autre.

4. Quel est le plus souvent leur profil (sexe, âge, classe sociale, urbains/ruraux, etc) ?

- Les chrétiens marocains viennent de toutes les classes sociales, des 2 sexes, berbères et arabes, des citadins en grande majorité à cause de la marge de liberté dans les villes, il y a des docteurs, des fonctionnaires, des jeunes diplômés, des gardiens, des maçons.... tous égaux en Jésus-Christ. La plupart sont jeunes, mais pas exclusivement.

5. Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez à faire face en tant que chrétiens autochtones au Maroc ?

- Le grand problème c'est l'É
tat qui essaye de monopoliser la religion selon sa guise et son intérêt (d'ailleurs même les autres musulmans différents de la doctrine officielle du Royaume souffrent et sont eux aussi réprimés et emprisonnés ! ), et qui donc à travers les différents services secrets officiels et non officiels attaquent les chrétiens marocains et les répriment, certains sont même emprisonnés !!!!!
En plus, différents services secrets montent la société contre nous et lui demandent de nous attaquer ou autre...
6. De quelle manière partagez-vous l'Evangile avec vos compatriotes ?
- De la manière la plus directe, c'est-à-dire leur parler de Jésus-Christ et du vrai chemin de Dieu. Avec certains ils faut juste parler de Jésus, de sa vie de ses miracles. Avec d'autres il faut faire la comparaison avec ce qu'ils croient et les pousser à utiliser leurs cerveaux afin de choisir le vrai Dieu.

7. En Algérie, on constate qu'avec la renaissance de la culture berbère, beaucoup de Berbères qui redécouvrent leurs racines s'intéressent aussi à l'Evangile, notamment parmi les Kabyles. Observez-vous la même chose parmi les Berbères du Maroc ?

- Pas spécialement car au Maroc il y a un grand mixage ethnique et tous les Marocains sont au moins en partie berbères (sauf si on considère que seuls ceux qui parlent berbère le sont).

8. Quand on parle du Maroc, on pense toujours à la majorité de la population, arabo-berbère et musulmane. Pourtant, il y a une autre communauté religieuse qui est présente au Maroc depuis les siècles : les Juifs marocains, qui ont une riche culture et sont une minorité respectée. Y a-t-il des chrétiens parmi eux ? En connaissez-vous ?

- Oui bien sûr, même si leur nombre n'est pas grand à cause de la réaction brutale, dans la majorité des cas, de leurs familles.

9. Quelles conséquences pensez-vous que la vague de changements qui bouleverse actuellement tout le monde arabe aura sur les chrétiens dans ces pays, et tout particulièrement dans votre pays ?

- Je prie pour que ces changements amènent la vraie démocratie (pour quitter à jamais ces entités religieuses actuelles très fermées ! ), et c'est là et seulement là qu'on pourra parler de liberté religieuse tant souhaitée, et c'est notre espoir.

10. Avez-vous déjà commencé à expérimenter ces changements ?

- Sûrement. Le changement viendra tôt ou tard et c'est le moment maintenant, et l'Église marocaine y participe fortement, pour un pays démocratique, civil et laïc !

11. Quelles sont les relations entre les chrétiens marocains et les chrétiens étrangers résidant dans le pays ?

- En général de bonnes relations !

12. Que pensez-vous que les chrétiens en France et en Occident peuvent faire pour vous aider ?

- On demande, SVP, plus de prières pour la situation ici et plus d'actions politiques pour faire pression sur le régime marocain.

13. En conclusion, quel message voudriez-vous faire passer aux jeunes chrétiens français qui vous liront ?

- Notre Seigneur nous demande d'être soit chauds, soit froid, mais pas tièdes !!!!! Ne soyons pas tièdes et proclamons Jésus-Christ haut et fort là où notre Seigneur nous ouvre les portes !

Merci d'avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Merci beaucoup et soyez béni.

vendredi 4 février 2011

Ubayd-Allah ibn Jahsh

Salut tout le monde !

Je suis actuellement au Maroc, où je passe quelques jours de vacances en visite chez un ami. J'avais depuis longtemps envie de publier cet article ici, j'ai voulu profiter de mon voyage pour le publier symboliquement depuis le Maroc. J'ai parlé dans un article précédent des chrétiens d'origine musulmane et de toutes les persécutions desquelles ils peuvent être victimes en raison de leur choix de quitter l'islam pour suivre Jésus-Christ.
Pourtant, de telles conversions ont eu lieu dans toute l'histoire de l'islam ! Et même : l'histoire islamique elle-même raconte qu'un des tout premiers musulmans, un des compagnons du Prophète de l'islam Muhammad, est devenu chrétien pendant la vie de celui-ci ! Il s'agit d'Ubayd-Allah ibn Jahsh.

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Très difficile de parler de ce personnage d'un point de vue chrétien, puisque toutes les sources qu'on a sur lui sont musulmanes. En plus des hadith (récits de la vie de Muhammad, qui ont une grande importance dans l'islam), il s'agit essentiellement du livre La vie de Muhammad, du plus grand historien musulman : Muhammad ibn Ishaq. J'ai recherché avec soin sur Internet différents textes écrits par des musulmans qui évoquent les événements historiques desquels je parle ici, et j'ai cherché à établir de la façon la plus objective possible l'histoire de cet homme, sa recherche de Dieu qui l'a conduit à entrer en l'islam dès ses débuts... puis à en sortir lorsqu'il a trouvé autre chose : un Messie qui est tellement plus qu'un Prophète, et un salut gratuit, par pure grâce et miséricorde, au travers du sacrifice d'Issah al-Masih, l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. J'ai donc essayé de raconter avec autant de précision que possible l'histoire du tout premier chrétien d'origine musulmane.

Ubayd-Allah ibn Jahsh était issu de la tribu arabe des Quraysh, la tribu dominante dans la ville de La Mecque. Comme la majorité des arabes, les Quraysh descendent d'Ismaël, le fils d'Abraham. Son prénom, Ubayd-Allah, signifie : "Petit serviteur de Dieu".

Muhammad, le Prophète de l'islam, était aussi de la tribu Quraysh. Ubayd-Allah était un cousin de Muhammad : sa mère, Umaima bint Abd-al-Mutallib, était la soeur d'Abdallah ibn Abd-al-Mutallib, le père de Muhammad. Une de ses soeurs, Zaynab bint Jahsh, est devenue une des épouses de Muhammad, que l'islam appelle les Mères des Croyants.

Ubayd-Allah ibn Jahsh est un des 4 hanif mentionnés par l'historien musulmans Muhammad ibn Ishaq. (Note pour les lecteurs non habitués à l'islam : les hanif sont des arabes qui, avant l'arrivée de l'islam, étaient déjà monothéistes alors que leur peuple était polythéiste ; les hanif affirmaient qu'ils suivaient la religion de leur ancêtre Abraham, ils n'étaient ni Juifs ni chrétiens, mais rejetaient l'idolâtrie des autres arabes et cherchaient à mener une vie pure qui plaisait à Dieu. L'histoire de l'islam en évoque 4 qui étaient contemporains de Muhammad, mais il y en avait d'autres ; le grand-père de Muhammad, et son père que celui-ci n'a jamais connu, en faisaient partie.)

Ubayd-Allah croyait donc déjà en un Dieu unique avant le début de l'islam. L'histoire islamique dit très peu de choses sur lui avant les débuts de la Révélation, mais l'image générale qu'elle donne des hanifs était celle d'hommes qui craignaient Dieu et cherchaient à mener une vie morale pure. Cette description s'applique sans doute aussi à Ubayd-Allah. Il était marié à Ramlah bint Abu Sufyan, la fille d'Abu Sufyan ibn Harb qui était le chef de la tribu Quraysh (et qui est devenu le principal opposant à l'islam et à Muhammad) : ce mariage montre qu'il était considéré comme un personnage important dans la tribu. Enfin, Ibn Ishaq dit que Ubayd-Allah cherchait à connaître Dieu jusqu'à l'arrivée de l'islam. Voilà donc quelques traits généraux qu'on peut tracer : un homme de rang social important, d'une grande intégrité morale, et qui était en recherche spirituellement. Bien longtemps après, il a trouvé ce Dieu qu'il cherchait.

Lorsque Muhammad a reçu ses premières Révélations et commencé à prêcher à La Mecque, Ubayd-Allah et son épouse ont été parmi les premières personnes à se convertir à l'islam. Au tout début de l'islam, lorsque les musulmans étaient peu nombreux et priaient en secret en-dehors de la ville, les païens Mecquois les laissaient relativement tranquilles malgré un certain harcèlement. Après la conversion de Hamza, un oncle de Muhammad qui était un homme puissant capable de les protéger, ils ont commencé à prier publiquement, et les païens ont réagi en intensifiant les persécutions contre les musulmans, et en ont torturé plusieurs. Alors, Muhammad a dit à ses disciples de partir en Ethiopie, parce que le Roi de ce royaume chrétien acceptait de leur offrir l'asyle. Un groupe de musulmans quittent La Mecque pour l'Ethiopie, où ils sont accueillis avec bonté par le Négus. Cet événement est connu dans l'histoire islamique comme la première Hijra (Emigration).. Ubayd-Allah ibn Jahsh et son épouse Ramlah en faisaient partie. Ramlah était d'ailleurs enceinte pendant le voyage, et elle met au monde leur première fille, Habiba bint Ubayd-Allah, peu de temps après leur arrivée en Ethiopie. A son arrivée en Ethiopie, Ubayd-Allah était encore un musulman convaincu et profondément pieux. Mais dans ce nouveau pays, il va découvrir quelque chose de nouveau...

Ibn Ishaq dit très peu de choses sur comment Ubayd-Allah a fait ce choix. Probablement les musulmans immigrés en Ethiopie ont-ils eu des discussions théologiques avec des chrétiens de l'Eglise orthodoxe d'Ethiopie. Toujours est-il que, peu de temps après son arrivée en Ethiopie, Ubayd-Allah a surpris ses compagnons en annonçant qu'il quittait l'islam pour se convertir au christianisme et en confessant sa nouvelle foi en présence des autres immigrés musulmans. Je transcris ici ce qu'Ibn Ishaq dit de ces événements :

Ubayd-Allah a cherché la vérité jusqu'à la venue de l'islam ; ensuite il migra en Abyssinie, prenant avec lui son épouse qui était musulmane Umm Habibah bint Abu Sufyan. Quand il arriva il adopta le christianisme, quitta l'islam, et mourut chrétien en Abyssinie. Muhammad bin Jafar al-Zubayr m'a dit qu'alors qu'il était devenu chrétien, Ubayd-Allah avait l'habitude, alors qu'il passait devant les compagnons du prophète qui étaient là, de dire : "Nous voyons clairement ; mais vos yeux sont seulement à moitié ouverts", ce qui signifie : "Nous voyons, mais vous cherchez seulement à voir et ne voyez pas encore.

Après sa conversion, Ubayd-Allah a cherché à convaincre son épouse de faire elle aussi ce choix. Mais elle a refusé de se laisser convaincre, et finalement ils ont divorcé. Par la suite, elle devint une des épouses de Muhammad.

Ubayd-Allah, lui, mourut en Ethiopie, apparemment assez rapidement après sa conversion. Ibn Ishaq explique qu'après sa conversion il cessa de respecter l'interdit musulman de la consommation d'alcool, et sans le dire clairement il sous-entend que sa mort est due à cela. Cette interprétation est cependant difficilement concevable : on imagine mal qu'un homme réputé pour son intégrité morale, et dont tous y compris ses ex-coreligionnaires admettent que sa conversion s'est faite par une conviction sincère même s'ils ne l'approuvent pas, même s'il ne considère plus la consommation d'alcool comme un péché en elle-même et donc en consomme raisonnablement, se laisse soudainement aller après une vie entière d'abstinence à des excès d'alcool qui mèneraient à sa mort rapide. On ne sait rien d'autre de la fin de sa vie. On se doute qu'il a cherché jusqu'au bout à être un témoin de la vérité auprès de ses compagnons.

Un dernier point important : après la conversion d'Ubayd-Allah, Muhammad n'a pas cherché à le tuer ou à lui faire du mal, il l'a simplement laissé partir. Certes, Muhammad était à ce moment-là étranger et réfugié, qui plus est dans un Royaume chrétien, et même s'il l'avait voulu il aurait difficilement pu s'en prendre à lui. Mais quelles que soient les raisons, Muhammad a accepté cette apostasie. Alors, à l'heure où les chrétiens d'origine musulmane sont de plus en plus nombreux mais souffrent aussi atrocement, l'histoire d'Ubayd-Allah ibn Jahsh, le tout premier musulman qui a quitté l'islam pour devenir chrétien, peut servir d'exemple pour un islam qui accepte l'apostasie même s'il désapprouve ce choix, et respecte les personnes qui choisissent, librement et sans aucune contrainte, de quitter l'islam.

mardi 25 janvier 2011

La persécution des chrétiens d'origine musulmane

Bonjour tout le monde ! Salam aleikoum, que la paix de Jésus-Christ soit sur vous ! Ca va avec le sujet de l'article ^^.

Bon, alors après un retard dû essentiellement aux révisions pour les examens, voici l'article que je vous ai promis dans ma dernière note, à-propos de la persécution des chrétiens dans le monde musulman, plus précisément d'une partie d'entre eux souvent ignorée et méconnue, y compris par l'Eglise dans ces pays : les chrétiens d'origine musulmane.

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Les chrétiens sont présents dans beaucoup de nations du monde musulman depuis plusieurs siècles avant l'arrivée de l'islam. Contrairement aux bêtises que j'entends parfois, les communautés chrétiennes du Moyen-Orient ne sont pas un héritage de la colonisation occidentale : ce sont des communautés nées dans les tout premiers siècles après Jésus-Christ, qui ont gardé leur foi à-travers les siècles et les vagues d'invasions arabo-musulmanes et n'ont absolument aucun lien avec le christianisme occidental. Elles sont passées par des périodes de graves persécutions et d'autres de relative tolérance, mais elles ont toutes terriblement souffert au cours de leur histoire. Certains peuples de tradition chrétienne, comme par exemple les Arméniens, ont préservé leur identité culturelle, d'autres se sont assimilés à la population arabe dominante et forment aujourd'hui les communautés chrétiennes arabes historiques. Maronites, Melkites, Jacobites, Syriaques, Nestoriens, Chaldéens, Assyriens, etc, il y a de nombreuses traditions chrétiennes orientales, toutes d'une très grande richesse, et surtout totalement indépendantes de l'Eglise occidentale.

Pour comprendre ce que vivent ces chrétiens, il faut regarder ce qu'enseigne l'islam par rapport aux relations avec les non-musulmans. Le Coran fait une nette différence entre les païens, "mushrik", et les "Gens du Livre", c'est-à-dire les juifs et les chrétiens, dont les livres sacrés sont reconnus par l'islam comme venant de Dieu. Aux yeux de la charia, loi musulmane, les "Gens du Livre" qui vivent dans des nations musulmanes ont le statut de "dhimmis", ce qui signifie "protégés" en arabe. Ce statut implique qu'ils sont reconnus et ont le droit de vivre leur foi à l'intérieur de leur communauté, que leur personne doit être respectée et que l'Etat islamique a le devoir de les protéger contre les injustices desquelles ils pourraient être victimes en raison de leur f
oi. En même temps, ils ont aussi clairement moins de droits que les musulmans : ils ne peuvent accéder à certaines fonctions importantes, doivent payer un impôt spécial, la "jizya", en échange de la "protection" de l'Etat islamique, ont parfois été forcés à porter des habits spéciaux pour qu'on les reconnaisse, et surtout n'ont pas le droit d'évangéliser des musulmans. Le degré réel de tolérance des dhimmis varie grandement selon les endroits et les époques, en fonctions de la politique des différents souverains musulmans. Je ne vais pas m'étendre sur le sujet de la dhimmitude (j'y consacrerai peut-être un autre article plus tard), puisque dans cet article je souhaite parler de ceux qui, partout dans le monde musulman, du Maroc au Pakistan en passant par l'Egypte, le Liban et la Turquie, et même en Arabie Saoudite et en Iran, issus de la culture musulmane dominante, ont fait le choix de quitter l'islam pour croire que Jésus est tellement plus qu'un prophète : le Fils de Dieu et le Sauveur du monde.

Les conversions de l'islam à Jésus-Christ ont existé depuis le tout début de l'histoire de l'islam
et plusieurs nous sont attestées par l'histoire islamique elle-même. On peut citer par exemple Abou de Tiflis (cf photo), un parfumeur arabe originaire de Bagdad. Il y a même le fils d'un calife abasside ! Toutefois, il s'est toujours agi de quelques individus et c'est seulement depuis la fin du XX° Siècle que ces conversions deviennent plus nombreuses et ont lieu partout dans le monde musulman. Beaucoup de ces personnes se tournent vers Jésus-Christ par des révélations surnaturelles, des rêves et des visions. Ils sont toutefois encore très peu nombreux dans tous les peuples de tradition musulmane (avec une exceptions notable, les berbères Kabyles d'Algérie... sur lesquels un article est prévu). Malheureusement, comme nous allons le voir, ces conversions sont souvent très mal acceptées par la société musulmane. Les chrétiens d'origine musulmane se retrouvent exposés à de fortes pressions, voire des violences et des menaces de mort, de la part de l'Etat, de leurs familles, de la société et de groupes terroristes islamistes.

Je vais commencer par m'intéresser aux raisons qui font que
beaucoup de musulmans acceptent mal de voir un de leurs proches quitter l'islam. Il y a évidemment bien des raisons culturelles, mais il y en a aussi une théologique, qui est liée à l'islam lui-même : l'islam se considère comme l'accomplissement des autres religions révélées, le Coran affirme être la Révélation finale de Dieu qui vient corriger ce que les hommes ont modifié dans les révélations précédentes, et Mohammed le prophète de l'islam est appelé le "Sceau des Prophètes", ce qui signifie qu'il est le dernier et qu'il ne pourra y en avoir d'autres après lui. Par conséquent, un musulman considère qu'il croit déjà tout ce que croient les juifs et les chrétiens, et même qu'il possède le véritable judaïsme et le véritable christianisme, purifié de toutes les falsifications. Donc, puisque pour un musulman l'islam est la Révélation finale et parfaite qui englobe le judaïsme et le christianisme tout en corrigeant les falsifications du message des prophètes avant Mohammed comme Moïse ou Jésus, quitter l'islam pour devenir chrétien équivaut à un retour en arrière, vers une révélation antérieure, inachevée et falsifiée. Les musulmans avec lesquels je dialogue parlent souvent à titre comparatif de "sortir d'une Mercedes pour entrer dans une 2CV". Pour beaucoup de musulmans, l'idée qu'il soit possible de quitter l'islam pour une révélation antérieure est tout simplement inconcevable, et lorsqu'ils voient cela arrive, ils sont choqués... ou bien en nient tout simplement la véracité et accusent les ex-musulmans de n'avoir jamais été musulmans et d'avoir inventé leur histoire, ou encore de s'être convertis par intérêt financier ou politique. (Ces cas de figure existent malheureusement bel et bien, mais une grande partie d'entre eux, bien au contraire, risquent leur vie en faisant ce choix !) Et quand il s'agit d'un proche, d'un être cher, ils peuvent se sentir trahis, blessés. Et ce, d'autant plus que les cultures majoritairement musulmanes, la culture arabe notamment, sont construites sur les notions de honte et d'honneur : un musulman qui quitte l'islam pour devenir chrétien, c'est la "chouma", la honte, il déshonore sa famille, son clan, son peuple. Dans les sociétés traditionnelles, il arrive que les proches qui se sentent déshonorés par cet acte de trahison décident de venger l'affront qui leur a été fait...
Les différences entre les enseignements de la Bible et du Coran sont significatives, tellement profonde qu'il est imp
ossible d'affirmer que l'un soit dans la continuité de l'autre. Les musulmans ne nient pas ces différences, mais les expliquent par les falsifications qui auraient été apportées au message originel de la Bible à-travers les siècles. Je ne vais pas m'étendre sur ce sujet, je dirai seulement que comme le montre cet autre article que j'ai écrit, le mythe musulman selon lequel la Bible aurait été modifiée est contredit par la science.

Lorsqu'un musulman dans une nation musulmane choisit de devenir chrétien, quelles sont les
difficultés qui l'attendent ? Il arrive que cette décision le mette en danger de mort. Tout d'abord parce qu'il risque d'être tué par sa propre famille pour laver leur honneur (la pratique des crimes d'honneur étant évidemment beaucoup plus liée à la culture qu'à l'islam lui-même). Ensuite parce qu'il y a des musulmans qui pensent qu'aux yeux de la charia, l'apostasie (c'est-à-dire le fait de quitter l'islam) est un crime passible de mort. Dans certains pays, Iran, Afghanistan et Arabie Saoudite notamment, c'est la loi elle-même qui prévoit la peine de mort pour apostasie... et dans d'autres pays où ce n'est pas le cas, des groupes terroristes n'hésitent pas à punir les apostats eux-mêmes... Les musulmans qui défendent la peine de mort pour l'apostasie se basent sur une hadith (tradition sur la vie de Muhammad) qui dit : "Celui qui renie sa religion : tuez-le. (Sahîh Bukhari, vol. 9, livre 84, numéro 57, rapporté par Ibn Abbas) Heureusement, de plus en plus de musulmans respectés (par exemple l'islamologue suisse d'origine égyptienne Tariq Ramadan, dont j'apprécie assez les idées) mettent en doute l'authenticité de ce hadith et affirment qu'à cause du principe coranique qui dit qu'"il n'y a pas de contrainte en religion", un musulman devrait avoir toute la liberté de quitter l'islam et de choisir ce qu'il souhaite croire. L'immense majorité de ceux qui défendent cette opinion vivent en Occident, mais il y a des exceptions. La plus notable étant Ali Gomaa (cf photo), le grand moufti d'Egypte, qui pense que l'apostasie est un péché qui sera puni par Dieu au jour du Jugement Dernier, mais qu'il n'y a dans aucun châtiment pour l'apostasie pendant la vie terrestre. Il faut préciser que le Coran fait référence plusieurs fois à l'apostasie, mais jamais pour dire qu'elle doit être punie d'une façon ou d'une autre.
Mais même si cela arrive, sauf dans les sociétés islamiques les plus strictes, la majorité des chrétiens d'origine musulmane ne risquent pas leur vie à cause de leur conversion. Par contre, ils sont très fréquemment rejetés par leur famille et leurs amis et mis au ban de la société. Dans la plupart des pays musulmans, il leur est impossible de faire reconnaître légalement leur conversion, ils sont donc toujours considérés comme musulmans aux yeux de la loi. Cela implique, par exemple, qu'une femme considérée comme musulmane ne peut pas épouser un homme non musulman, et que des enfants nés d'un couple de chrétiens d'origine musulmane seront considérés comme musulmans et recevront donc une éducation islamique. Enfin, ils constituent une des premières cibles pour des violences de la part de groupes islamistes radicaux.

Alors, je crois que c'est extrêmement important pour nous, qui avons la chance de vivre dans une société où tous, y compris les musulmans, ont la liberté de choisir ce qu'ils veulent croire et ne pas croire, de changer de foi et d'exprimer ce qu'ils croient, de prendre position pour dénoncer les injustices que subissent les chrétiens d'origine musulmane partout dans le monde musulman. Nous demandons la réciprocité : tout comme un Américain, un Français, un Allemand, un Britannique ou un Espagnol a le droit de devenir musulman, nous demandons que de même un Marocain, un Iraquien, un Turc, un Iranien, un Saoudien ou un Afghan aie la liberté de devenir chrétien. Tout comme n'importe quel individu de culture chrétienne occidentale peut devenir musulman sans encourir aucune espèce de pressions ni de menaces, et que d'ailleurs de plus en plus le font, nous demandons de même aux musulmans de donner le droit à ceux qui le souhaitent de quitter l'islam, pour devenir chrétiens, athées ou n'importe quoi d'autre, et nous demandons aux Etats musulmans de reconnaître à leurs citoyens musulmans le droit de se convertir au christianisme ! Enfin, puisque je sais que la très grande majorité des musulmans en Europe et dans mon entourage sont d'accord avec ce que j'écris, je les appelle eux aussi à se lever pour défendre la liberté des chrétiens d'origine musulmane dans les pays d'origine. Parce que, comme l'a dit Voltaire : "Je déteste ce que vous pensez, mais je me battrai pour que vous ayiez le droit de le penser."

mercredi 12 janvier 2011

La persécution des chrétiens d'origine musulmane : vidéo de Saïd Oujibou

Salut tout le monde !

Je viens de tomber par le Facebook d'un ami, sur cette vidéo de Saïd Oujibou, pasteur, conférencier et fondateur et Président de la Fédération des Nord-Africains Chrétiens de France. J'avais depuis longtemps envie d'écrire un article sur ce sujet mais je ne savais pas comment l'aborder, alors cette vidéo m'en a donné l'occasion. Il s'agit d'un sujet tabou en France, un fléau que personne ne pense à (ou que personne n'ose) dénoncer : la persécution des chrétiens dans le monde musulman, et plus précisément celle des musulmans qui choisissent de quitter l'islam pour suivre Jésus-Christ.


Le magnifique témoignage du pasteur Saïd
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Précision sur la vidéo : les pays de tradition musulmane (à l'exception de l'Arabie Saoudite dont la Constitution interdit la pratique d'un culte non musulman sur son sol) accordent aux chrétiens étrangers le droit de se réunir et de vivre leur foi, généralement sans trop de problèmes. De même, dans les pays dans lesquels il existe une communauté chrétienne autochtone historique, plus ancienne que l'islam lui-même, ces communautés sont des minorités religieuses reconnues, qui peuvent vivre leur foi et à qui on reconnaît des droits, bien que leurs droits soient inférieurs à ceux de la majorité musulmane et qu'ils n'ont pas le droit d'évangéliser les musulmans (statut de "dhimmis"). Les chrétiens étrangers et les minorités chrétiennes historiques possèdent des lieux de culte et peuvent se réunir en toute légalité, les propos de Saïd Oujibou ne parlent non pas d'eux, mais des chrétiens autochtones issus de la culture islamique dominante, convertis de l'islam au christianisme. Ceux-ci existent bel et bien dans tous les pays du monde musulman, du Maroc au Pakistan, en passant par l'Egypte et la Turquie, et même en Arabie Saoudite et en Iran, mais dans presque tous ces pays, leur conversion est considérée comme illégale, dans les plus extrêmes ils risquent même la peine de mort pour le seul crime d'avoir quitté l'islam, et partout ils sont rejetés, persécutés, emprisonnés, voire tués, par leurs familles musulmanes, la société, le gouvernement ou des groupes terroristes islamistes. Ils sont souvent contraints de garder leur foi cachée et il leur est impossible de vivre leur foi, encore moins d'en parler à d'autres ou de se retrouver entre eux. C'est pour eux que Saïd Oujibou, avec toute l'Eglise en France et en Occident, demande la réciprocité : des mosquées en Europe, des églises en Afrique du Nord et ailleurs, pas pour les chrétiens étrangers ou issus des minorités chrétiennes historiques mais pour les citoyens de ces pays, musulmans, qui choisissent de quitter l'islam pour suivre Issah al-Masih. Saïd Oujibou a affirmé en une autre occasion : "Nous aimons les musulmans, mais nous exigeons la réciprocité : si un occidental a le droit de devenir musulman, un musulman doit avoir de même le droit de devenir chrétien."

Attention toutefois à ne pas tomber dans l'autre extrême, malheureusement une tendance pas totalement absente bien qu'ultra-minoritaire dans les églises en France : vouloir empêcher les musulmans de vivre leur foi dans notre pays, par exemple en empêchant la construction de mosquées. Sinon, eux aussi seraient en droit de demander la réciprocité : au Maroc, en Algérie et en Tunisie, pays desquels sont originaires la majorité des musulmans en France, les chrétiens occidentaux qui y résident ont des lieux de culte et ont le droit de se retrouver pour célébrer des cultes, alors en interdisant aux musulmans originaires de ces pays de faire de même, c'est nous qui enfreignons la loi de la réciprocité.

Un article plus détaillé suivra prochainement, probablement demain, là je suis fatigué alors je vais me coucher.

vendredi 6 août 2010

Interview sur ma protestation contre la Journée Internationale Brûle un Coran

Salut tout le monde !

Une église américaine de Floride est à l'origine d'une initiative profondément irrespectueuse et scandaleuse : le 11 septembre prochain, brûler des exemplaires du Coran dans l'enceinte de l'église, pour "commémorer les victimes des attentats et s'opposer au fléau de l'islam". Soi-disant, brûler le livre saint de l'islam pour montrer symboliquement que l'islam mène dans les flammes de l'Enfer...

Pour protester, j'ai donc créé un autre groupe Facebook pour les chrétiens opposés à cette initiative. Je suis persuadé qu’une majorité de chrétiens, même Américains, sont opposés à cette initiative abominable, sans aucun amour, et totalement anti-chrétienne ! Nous pouvons le prouver si le nombre de membres du groupe dépasse celui des fans de leur page. Merci de le rejoindre si vous avez Facebook, et d’inviter vos amis !!!

Dans le cadre de ce groupe, une journaliste qui écrit un reportage sur ce projet m'a contacté pour me poser des question sur pourquoi je m'y opposais. Je publie ici l'interview (en anglais, j'ai la flemme de traduire maintenant, je le ferai peut-être plus tard si je suis motivé) ^^. Ca vous permettra de mieux comprendre ma démarche.

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- Please, tell me your full name, occupation, where you are from and religion orientation.

My name Is Philip, I'm 20 years old and I'm French. I study foreign languages, English, Spanish and Arabic, at Dijon University, France, in order to become an interpretor. I was raised up in a Christian family, so I had a Christian education, and I personally dedided to accept Christ as my Saviour while I was a teenager. I belong to an evangelical church.

- How did you hear about the International Burn a Koran Day?
Through a link a friend put on his Facebook wall to denounce it. I immediately posted the link on my own Facebook wall, in order to ask my friends to report the group to Facebook at "Hate language", and I also did so myself.

- How was your reaction at the time, as a Christian like them?
I found it absolutely horrifying that other Christians can fall so low. I can't see any Christian love in such an event. I thought it was answering extreme Islamists in the same way as they do - by hatred. I believe God calls us Christians to love Muslims and to share with them his offer of Salvation through Jesus' sacrifice on the cross.
In the Gospel, Jesus says, "In all things, do to others what you would want them to do to you." That's what Christians call the Golden Rule. As we Christians don't want Muslims to burn the Bible, we shouldn't burn their Holy Book, the Koran - although this book means nothing to me.
I believe what worried me most of all was the terrible testimony this would be to Muslims if they saw it.
I also believe it is important to show extreme Islamists that the world won't bow down before them. It is very important to stand firm in front of Islamic terrorism. But this is certainly not the right way to do it - and it can also be easily understood as an amalgam assimilating all Muslims to terrorism. And I know most Muslims in the Western world today hate terrorism just as much as we do.

- How were the reactions among people that you know about this day? Do you know somebody Muslim that got offended?
In fact, the very first person who saw my link was a Berber Moroccan friend from my university. She is a Muslim, although she is not very practicing, and she was shocked. But she also was happy to see that as a Christian was against it, and considered it as being against Christianity and Christian love.
Since than, several other Muslim friends saw it, and they all felt offended - which I completely understand.
By the way, some of the wictims of 9/11 attacks were Muslim, and they surely would feel deeply hurt if they knew that a book which means so much for them will be burnt "in their memory".
As for Christians, I have spoken with many of my Christian friends about it, and all except one single person were against it, and agreed with me that it was completely contrary to Christian love.

- What made you open a group on Facebook against this event? When was it?
Just after I saw the group, I immediately wanted to do something to protest against this event. I wanted this for two main reasons: show the organizers that the Church in its vast majority disapproves of them - I read today the National Association of Evangelicals, the largest evangelical body in the United States, called on the organizers to cancel the event - and show Muslims, who are disgusted by such a sort of Christianity, that there are Christians who are different, who don't act like that.
I spent time in prayer, asking God what he wanted me to do, and the idea of a Facebook group came the next day. I thought it was the best way to do what I wanted to do. So, I created the group on Sunday 1st of August, at the beginning of the afternoon.

- How many people support your cause until now and which is their profile?
At this moment, the group has 51 members, including myself, my father and my sister, which is quite good as the group is only 3 days old. At the beginning, most members were my personal friends, but now as I have posted links on different pages, more and more people I don't know personally are joining. About all are evangelical Christians. Members are Christians from all over the world: USA, Canada, UK, France, Switzerland, Germany, Italy, India, Algeria, South Africa, Ghana, French-speaking Africa, etc - it's the Church in the whole world testifying they are against International Burn a Koran Day. Right now, I'm thinking about reaching Eastern Christians: they are the Christians who suffer the more directly under Islamic extremism, yet from what I heard they also are against this idea.
A few members of the group are Muslims. They are welcome, if they want to discuss faith questions. But the group is firstly there for Christians, to express their disagreement.

- Did you have a chance to talk to the people from this church in Florida? Would you like to?
I didn't speak to them. If they want to contact me, they're welcome, but I don't wish to speak to them. If our group has more members than their page before September 11th, I will write to them on their website, to tell them the worldwide Church condemns what they're doing.
But I am completely aware my group will in no way stop them from doing what they plan to do. So it's not my aim to convince them to cancel the event, I know I would fail. But as I know by far most Christians are against such events, I want to show the world, and the organizers, that we as Christians disagree with people who call themselves Christians and act like this.

- What do you thing about this people from the International Burn a Koran Day? Are they on their right of free speech?
I have thought much about it, and I don't really know if it is their right. Thet fact is, according to American law, which includes in freedom of speech the freedom to insult, what they are doing is legal. According to French law, it would be considered as defamation, and so be illegal.
Anyway, I'm not sure if it should be allowed by the law or not, but I'm sure as Christians they should not act like this. We should be different of our society, and love our neighbors as ourselves. This way of doing is wrong, because it isn't commanded by love, but by fear - and the Bible says true love banishes fear. I read an interview of the pastor who is organizing this event, and he was calling Christians who were against it to share the Gospel with Muslims - I have to ask, how can he ever dream any Muslim would listen to the Gospel if he preaches it, after he will have burnt the Koran? His preaching will be completely useless.
Moreover, there is another point the organizers haven't thought of: Muslim extremists will surely want to avenge themselves, which means even more suffering for Christians in Muslim countries. And I believe God will hold them for accountable for whatever happens to those who believe in him because of their stupid event.

- Should the liberty that exists in America, and other places, allow any kind of manifestation, even if it promotes the increasing of prejudice?
That is an important point - I believe such manifestations should at least be forbidden because they favour prejudice, if not for other reasons. That's why I reported their Facebook page.
There is actually a debate on whether Islam is by nature a violent religion, or whether Islamist terrorism is against the real Islam. I have my opinion on this question, but I think it is far more important to look at what people calling themselves Muslims who live around us are living, than what would be a hypothetical "original Islam". And a large majority of Muslims in Europe and in the Middle-East are very peace-loving, respectful people, who abhor violence and wish to live in a world of religious tolerance. And they claim to find these ideas in the Koran. This event, this useless provocation, deeply hurts them, and also makes it more difficult to share the Gospel with them, by profanating something that is very important in their lives. That's why as a Christian, I am against this event, and I don't believe it glorifies God.
If you allow me to conclude with a message for Brazilian Christians: if you agree with me, please join my group! It is called: Christians AGAINST International Burn a Koran Day.