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jeudi 26 janvier 2012

Essam Sharif : Salafiste et Pharisien moderne

Salut tout le monde !

Alors que mon dernier article suscite beaucoup de controverse, je viens de découvrir un nouvel élément intéressant que j'ai immédiatement souhaité partager aussi. Lu hier dans cet article très intéressant du journal Christianity Today (en anglais).

Shadia Bushra, 45 ans, est une pauvre veuve chrétienne copte d'une banlieue du Caire. Quand il y a quelque temps, elle fut victime d'une injustice de la part d'une famille copte aisée concernant un différend immobilier, l'Eglise du quartier a refusé de la soutenir, préférant la manne financière des dons de la famille riche à la justice divine...

Finalement, c'est auprès de son voisin, Essam Sharif (aucun rapport avec l'actuel Premier Ministre du gouvernement de transition qui porte le même nom), qu'elle a trouvé l'aide de laquelle elle avait besoin : il est intervenu pour elle auprès des autorités locales, a engagé un avocat à ses frais, et c'est grâce à lui que justice a été faite. Le point surprenant : Essam Sharif est... un musulman salafiste, comme vous pouvez le constater sur la photo, et le candidat local du parti islamiste Al-Nour ! Et il revendique haut et fort : "J'aurais fait la même chose s'il s'était agi d'une riche famille musulmane." Et son attitude ne peut pas être purement électoraliste puisque l'incident a eu lieu alors que les élections s'étaient déjà déroulées.

Nous avons ici un musulman fondamentaliste qui a priori n'a vraiment pas de quoi paraître sympathique aux yeux d'un chrétien occidental... et pourtant son attitude a été plus chrétienne que celle de l'Eglise officielle ! Comment Jésus ne pourrait-il pas répliquer à ce Pharisien du XXI° Siècle, qui comme son prédécesseur des temps évangéliques a compris que l'amour et la justice sont ce qui compte en tout premier : "Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu." ?

mardi 24 janvier 2012

Rafiq Habib : Un évangélique chez les Frères Musulmans !

Bonjour à tous mes lecteurs !
L'actualité de ces dernières semaines a été marquée par les élections législatives en Egypte : nées du Printemps arabe, rendues possibles par la chute de l'ex-Président Hosni Moubarak, les premières élections libres, démocratiques et transparentes de l'histoire du plus peuplé des pays arabes (parce que oui, j'en suis convaincu, elles étaient vraiment démocratiques et quoi qu'on en pense leurs résultats reflètent la volonté du peuple égyptien) ont été remportées par... des partis religieux, partisans d'un islam politique. La victoire (avec 47% des sièges de la nouvelle Assemblée) du Hizb al-hurriya wa al-adala (Parti de la Liberté et de la Justice), créé par les Frères Musulmans, le plus grand mouvement islamiste au monde, n'est une surprise pour personne puisque les Frères (dont vous pouvez voir le logo), persécutés sous Moubarak, ont réalisé une énorme montée en puissance depuis la Révolution (alors qu'ils avaient été très hésitants à la soutenir à ses débuts) en se présentant comme tenants d'un "islamisme modéré". Par contre, personne ne s'attendait à ce que la deuxième place revienne aux salafistes, mouvement religieux radical et ultraconservateur, dont le parti Al-Nour (La Lumière) a obtenu 24% des sièges. Avec Al-Wasat (Le Milieu), parti composé de dissidents plus libéraux des Frères Musulmans, les islamistes occuperont donc en tout 74% des sièges. L'ensemble des partis laïcs n'en occuperont que 26%.

Pendant la période électorale, plusieurs médias français (par exemple Le Point et La Croix, ou encore le site Actualité chrétienne du journaliste évangélique Paul Ohlott) ont évoqué un détail pour le moins surprenant : le vice-Président du Parti de la Liberté et de la justice, branche politique des Frères Musulmans, est... un chrétien copte égyptien ! Plus encore : il s'agit d'un protestant évangélique ! Qui est donc cet homme, Rafiq Habib (RafiQ, pas RafiK, un peu de respect pour la belle langue arabe s'il vous plaît !) ? Son nom ne dit sans doute rien à la plupart d'entre vous, mais moi je le connaissais et m'intéressais déjà à lui depuis longtemps, avant même la chute de Mubarak.

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Rafiq Habib, 52 ans, psychologue de formation, est un Copte, c'est-à-dire un chrétien égyptien et un descendant des Egyptiens de l'Antiquité avant les invasions arabes. Il n'y a pas de statistiques fiables sur le nombre de chrétiens coptes, les estimations vont de 5% à 12% de la population égyptienne, voire plus, soit entre 5 et 20 millions de personnes. La communauté chrétienne copte existe en Egypte depuis avant même la naissance de l'islam et a subsisté à-travers les siècles en restant attachée à la foi chrétienne, elle est donc totalement indépendante du christianisme occidental. La majorité d'entre eux appartiennent à l'Eglise orthodoxe copte, dont le patriarche, actuellement Shenouda III, est basé à Alexandrie. Une petite minorité a récemment rejoint des églises protestantes évangéliques d'origine occidentale, les relations entre ces groupes et l'Eglise orthodoxe sont généralement bonnes.

Et c'est de ce dernier groupe, celui des Coptes protestants, que Rafiq Habib est issu. Son père Samuel Habib (cf photo) était un pasteur de l'Eglise anglicane égyptienne. Samuel Habib (1928-1997) est une personnalité chrétienne importante en Egypte : il s'agit du fondateur du Coptic Evangelical Organization for Social Services (Organisation Copte Evangélique pour l'Aide Sociale), une association créée en 1960 afin de venir en aide aux couches les plus pauvres de la population égyptienne et de travailler au développement de l'agriculture, de l'éducation, de la santé et du logement. Parce qu'il faut savoir qu'en Egypte, si presque toute l'aide sociale aux plus démunis est le fait des organisations religieuses, chrétiennes comme musulmanes, cette aide est presque toujours déterminée par la religion : les musulmans ne viennent en aide qu'aux pauvres musulmans et l'Eglise ne soutient que les pauvres parmi les chrétiens. Le CECOS fait exception à cette règle : c'est même le tout premier organisme chrétien à venir en aide aux pauvres en Egypte sans distinction de religion. Alors que chrétiens et musulmans en Egypte sont souvent hostiles l'un à l'autre (la persécution que subissent les chrétiens coptes dans ce pays est épouvantable mais il ne faut pas oublier que face à de telles injustices, certains chrétiens, surtout ceux qui ne le sont que par tradition culturelle, peuvent être tentés de se venger et réagir eux aussi de façon très violente), Rafiq Habib a donc été élevé par un père qui était le pionnier d'un mouvement qui luttait pour réduire le gouffre entre les deux communautés et promouvoir l'amour et le respect du prochain musulman dans l'Eglise.Après sa scolarité, le jeune Rafiq Habib est venu faire ses études au Caire, la capitale égyptienne. Au Caire, il reste un chrétien engagé. Il a obtenu un doctorat en psychologie en 1988. Bien qu'il ait tenté plusieurs fois de trouver un travail dans une Université ou un centre de recherche, ses candidatures n'ont jamais été acceptées, ce qui s'explique à la fois par la discrimination en raison de sa foi chrétienne et le manque de relations haut-placées dans une société égyptienne gangrénée par la corruption et le népotisme. Il a aussi publié une vingtaine d'ouvrages (aucun d'entre eux n'a été traduit), dont Psychologie de la religiosité des Coptes d'Egypte. Au fil des années, il est devenu un intellectuel chrétien respecté en Egypte. Ainsi, il a été le premier non-musulman a être interviewé sur pour Jamaa al-Islamiya, le site officiel des Frères Musulmans.

Au fil de sa carrière, Rafiq Habib a toujours recherché le dialogue avec des personnalités musulmanes sur des questions liées à la place des chrétiens dans une société majoritairement islamique. Ses idées sont profondément influencées par l'enseignement de Jésus sur l'amour des ennemis : les chrétiens égyptiens voient souvent les musulmans comme leurs ennemis, mais Habib croit que Dieu les appelle à aimer les musulmans égyptiens et qu'ils doivent construire l'Egypte ensemble, non pas l'un contre l'autre. Dans Psychologie de la religiosité des Coptes d'Egypte, il distingue deux formes principales d'amour qu'il considère comme tout aussi authentiques et importantes l'une que l'autre : l'amour qui se sacrifie pour protéger l'être aimé de l'ennemi ; et l'amour qui franchit les barrières pour aller vers cet ennemi... même si cela représente un risque. C'est cet amour-là qui inspire Habib à franchir les barrières sociales et religieuses égyptiennes.
Il dialogue même avec les musulmans les plus radicaux : cela fait longtemps déjà qu'il est très proche des Frères Musulmans (cf la photo, où on le voit en discussion avec l'ancien Guide suprême de la confrérie, Mohamed Mehdi Akef). Et, chose surprenante pour un chrétien convaincu, il se reconnaît dans le projet de société proposé par les Frères Musulmans.Rafiq Habib n'a jamais cherché à rejoindre la confrérie, mais il a milité dans plusieurs organisations politiques qui en dépendent, et à présent il est vice-Président de leur parti : il pense en effet que les organisations religieuses sont pour ceux qui appartiennent à cette religion, mais que les organisations politiques sont ouvertes à tous ceux qui partagent leur projet de société.

Qu'est-ce donc qui peut attirer un chrétien convaincu dans le programme politique des Frères Musulmans ? Je vais à présent expliquer ses idées point par point, tout en donnant à chaque fois mon appréciation personnelle.

Le cheminement intellectuel de Rafiq Habib part du constat d'une profonde différence entre les sociétés occidentales et la société égyptienne, valable aussi pour la plupart des autres sociétés arabo-musulmanes : alors qu'en Occident, même chez les croyants convaincus, la pratique religieuse est dissociée de la vie publique et l'Etat et la société sont laïcs, dans sa culture la religion est omniprésente dans tous les domaines de la vie quotidienne, publique et privée. Et ce pour les chrétiens comme pour les musulmans. Il et déduit que la laïcité à l'occidentale est une imposition coloniale et un concept étranger à sa culture. Habib est culturaliste : il pense que les systèmes politiques doivent refléter les valeurs dominantes des sociétés qu'ils régulent. Dans ce cas contraire, comme pour les dictatures arabes laïques comme celles de Moubarak, le pouvoir est illégitime et sera obligé de recourir à la force pour s'imposer. Mais s'il est en accord avec les valeurs de la société, il sera respecté par celle-ci et n'aura pas besoin de recourir à la force. Or, la société égyptienne est profondément religieuse, la population chrétienne comme musulmane attache énormément d'importance aux valeurs religieuses et la religion fait encore partie intrinsèque de la vie publique, sur ce point le récent échec des partis laïcs aux élections lui donne raison. Par conséquent, la société égyptienne a besoin d'un pouvoir religieux. Et, parce que l'islam est la religion majoritaire numériquement (il n'émet ici aucun jugement de valeur, il fait simplement ce constat), il doit d'agir d'un Etat islamique.
Ici, je le rejoins jusqu'à un certain point : je suis très profondément attaché à la laïcité en France, mais je ne pense pas que ce concept soit forcément universel et valable partout. Ou plutôt : le fond l'est oui, le principe d'égalité de toutes les religions et de séparation du pouvoir religieux et politique, temporel et spirituel ; mais la forme peut, et doit, être adaptée aux différentes cultures. Je pense d'ailleurs que vouloir imposer notre version de la laïcité dans des sociétés où ce concept est étranger peut être assimilé à une forme de néo-colonialisme.
Par contre, le programme des Frères Musulmans est sur bien des points contraire aux droits humains les plus élémentaires, universellement reconnus dans toutes les sociétés. Par conséquent, même si depuis que j'en ai entendu parler pour la première fois j'ai toujours eu énormément de respect pour Rafiq Habib, ses idées et son action, je pense qu'il est vraiment allé trop loin après la Révolution en rejoignant ce parti. Il a dit aussi qu'il approuve la position des Frères Musulmans d'interdire aux Coptes l'accès à la Présidence de la République dans la nouvelle Egypte, parce que selon ses propos, "la démocratie, c'est le pouvoir de la majorité et en Egypte, la majorité est musulmane" : là je ne suis évidemment pas du tout d'accord !!!

Rafiq Habib distingue ceux qu'il appelle les "militants", c'est-à-dire ceux qui ont recours à l'action violente pour arriver à leurs fins, des "prêcheurs" qui proposent un projet de société. Avec les premiers le dialogue est impossible et il faut les combattre, mais avec les seconds il est toujours possible d'échanger. Ainsi, il pense que les Frères Musulmans étaient à l'origine une organisation "militante" selon sa définition du terme, qui a organisé notamment l'assassinat de l'ex-Président égyptien Anwar Sadat, mais qu'après ce meurtre, ils sont devenus une organisation de "prêcheurs" avec une aile "militante" minoritaire et combattue par la hiérarchie du mouvement. Quand on regarde l'historique du mouvement c'est en grande partie vrai, cela s'explique facilement par des considérations stratégiques.

Mais, quelle serait la place de l'Eglise chrétienne dans une telle société égyptienne islamique ? Les chrétiens ne seraient-ils pas tout simplement menacés d'extinction ? En fait, et contrairement à l'écrasante majorité des Coptes et des chrétiens occidentaux, Rafiq Habib pense que le plus grand danger pour les chrétiens d'Orient n'est pas l'islamisation : c'est la laïcisation de la société, qui les fait perdre leurs racines et ouvre la voie au matérialisme. Dans une Egypte laïque, l'influence de l'Eglise sur la société serait limitée. Dans ce sens, un islamisme qui reconnaîtrait et protégerait les minorités religieuses comme le Coran stipule que l'Etat islamique doit le faire (mais en faisant d'eux des citoyens de second rang...) serait en réalité la meilleure protection pour les chrétiens d'Orient.
Il croit par ailleurs que, dans une culture théocratique islamique, il y aurait de la place pour une sous-culture théocratique chrétienne. Il pense que les problèmes entre chrétiens et musulmans en Egypte (et ailleurs en Orient) aujourd'hui ne sont pas dus à la nature de l'islam et du christianisme, mais à l'imposition de la laïcité qui a divisé ces communautés (il est tout à fait exact que les régimes laïcs de Nasser, Sadat et Moubarak ont souvent joué sur les dissentions entre communautés religieuses pour renforcer leur pouvoir). Si la société redevenait islamique au sens où les Frères Musulmans le veulent, les chrétiens pourront eux aussi revenir à leurs propres valeurs religieuses, former une sous-société régie non pas par la charia mais par une loi religieuse chrétienne que l'Etat islamique reconnaîtrait, et les deux communautés coexisteraient pacifiquement.
Et qu'est-ce que j'en pense moi, de tout ça ? Bien évidemment, je ne souhaite SURTOUT PAS un retour de l'Egypte à une société islamique fondamentaliste ! MAIS, dans le cas si peu souhaitable mais malheureusement pas impossible où c'est ce qui arriverait, les idées de Rafiq Habib ne seraient-elles pas justement la clé pour permettre à l'église de s'intégrer à une telle société, y survivre... et y être un témoin de l'Evangile !!! A chacun d'en juger, moi je pense que c'est tout à fait possible.

Enfin, Rafiq Habib a toujours cru en la démocratie. Et il croit que l'islamisme "modéré" des Frères Musulmans est compatible avec la démocratie. Il est convaincu que les revendications démocratiques de la confrérie sont sincères. Il souhaite en convaincre la communauté chrétienne égyptienne qui dans son immense majorité ne le croit pas du tout et redoute par-dessus tout que leur situation devienne encore plus précaire si les Frères prennent le pouvoir.
Qu'en penser ? Il faut d'abord remarquer que ce n'est que tout récemment que les Frères Musulmans ont commencé à se réclamer de la démocratie, qu'ils avaient auparavant toujours décriée comme anti-islamique, arguant que la pouvoir appartient à Dieu et non au peuple. Les Frères ont tout simplement pris le train en marche (tardivement en plus) lors de l'émergence des revendications démocratiques de la jeunesse arabe. Le renversement de Moubarak est exclusivement le fait de jeunes proches des milieux politiques libéraux et de gauche, les Frères n'y ont aucunement participé. Cela suffit à se douter qu'il s'agit d'une manoeuvre purement opportuniste. Donc, avec tout le respect que je dois à Rafiq Habib, sur ce point son attitude est empreinte d'un aveuglement flagrant... et qui plus est, elle permet à un mouvement islamiste dangereux de se servir de lui comme vitrine pour rassurer l'Occident et comme "cheval de Troie" pour faire entendre sa voix dans la communauté copte qui leur a toujours été hostile. Certes, il est important d'avoir un témoignage chrétien dans toutes les catégories de la société, même les plus difficiles ; cependant n'est-ce pas compromettre ce témoignage que de cautionner un programme politique qui ne respecte pas les droits de l'homme ?
Mais tout espoir de réel progrès démocratique est-il perdu pour autant ? Je ne pense pas, parce que si l'ensemble des leaders de la confrérie sont effectivement des religieux rigoristes n'ayant que faire de la démocratie et des droits de l'homme, il n'en est pas de même pour leurs militants de base. La majorité de l'électorat des Frères Musulmans (comme des salafistes) est un électorat rural, pauvre et souvent analphabète, qui est reconnaissant aux Frères Musulmans pour leurs réseaux d'aide sociale partout dans le pays. Mais leurs militants actifs, ce sont des jeunes, éduqués, qui s'inspirent des valeurs de justice et de liberté qu'ils trouvent dans leur compréhension de l'islam et qui souhaitent concilier islam politique et démocratie moderne. Ils ont manifesté côte-à-côte avec des jeunes musulmans laïcs et chrétiens pour exiger le départ de Moubarak et réclamer des réformes démocratiques. Après s'être battus pour la liberté, ils n'imposeront certainement pas une nouvelle tyrannie à leurs frères de lutte. Même si je n'ai aucune confiance dans les membres influents des Frères Musulmans (en tout cas la grande majorité d'entre eux, je veux bien croire qu'il y ait quelques exceptions, des "Pharisiens sincères"), leurs militants de base sont de vrais démocrates, surtout les jeunes. Par conséquent, même si la hiérarchie n'est pas démocrate par conviction, elle pourrait se voir contrainte au fil du temps de le devenir par opportunisme et par électoralisme, faute de quoi elle perdra le soutien de ses propres militants.

Et comment l'engagement de Rafiq Habib est-il perçu au sein de la communauté copte ? Très très mal : il est rejeté de toutes parts, considéré comme un traître. Même sa propre mère, qui l'a toujours soutenu dans ses initiatives de dialogue, désapprouve son choix de rejoindre ce parti politique. Et lors des récentes élections, les chrétiens ont très majoritairement votés pour des partis libéraux et laïcs. "Rafik Habib ne nous représente pas. Son choix va être utilisé par les islamistes pour masquer les discriminations," affirme Naguib Gabriel (photo), avocat chrétien, responsable d'une église du Caire et Président de la Fédération Egyptienne des Droits de l'Homme.

Un dernier point, sur lequel je conclurai : la vision de Rafiq Habib sur la place des chrétiens dans une société islamique prend en compte les communautés chrétiennes historiques, présentes depuis des siècles dans les sociétés majoritairement musulmanes et numériquement importantes. Mais il oublie totalement l'existence des chrétiens d'origine musulmane, qui sont exclus de cette communauté et considérés comme des traîtres par leur propre communauté d'origine. C'est la toute première question que j'aimerais beaucoup poser à Habib : quelle est leur place dans une société islamique telle qu'il la propose, sachant que d'après la doctrine officielle des Frères Musulmans, l'apostasie est un crime passible de la peine de mort ? Comment en tant que chrétien Rafiq Habib peut-il accepter une telle position ?
En 2007, le musulman converti au christianisme Mohammed Hegazy (cf photo) a défrayé la chronique en devenant le premier à engager une procédure judiciaire pour que sa conversion soit officiellement reconnue et que la mention "Musulman" sur sa carte d'identité soit remplacée par la mention "Chrétien". Aujourd'hui, même après la Révolution égyptienne, il ne l'a toujours pas obtenue et son combat courageux l'a même contraint à vivre dans la clandestinité. Un autre ex-musulman, Maher al-Gohary, a fait la même démarche en 2009 avec sa fille de 16 ans, Dina... et ils se sont vus contraints de quitter leur pays en 2011 parce qu'ils étaient menacé de mort. Ces deux cas sont révélateurs d'un grave état de fait : en Egypte, avant et même après la Révolution, les chrétiens d'origine musulmane n'ont pas le droit d'exister. Est-ce un gouvernement dominé par les Frères Musulmans qui leur donnera ce droit ? Difficile à concevoir... Comment donc Rafiq Habib peut-il accepter de s'allier à des hommes qui veulent la mort de ses frères ???

Voici donc les idées de Rafiq Habib, qui le poussent à militer pour les Frères Musulmans. Sa nomination comme vice-Président du parti a reçu une forte couverture médiatique (souvent de façon assez caricaturale d'ailleurs, notamment pour l'article du Point), mais peu de médias se sont pris la peine d'analyser plus en détail ses idées, et (à ma connaissance) aucune source chrétienne ne l'a fait. J'estime que ces idées sont novatrices et méritent d'être connues et comprises, notamment par les chrétiens qui ont dans l'ensemble été très surpris d'apprendre la nouvelle et n'ont pas compris sa position. D'aucun font des raccourcis simplistes et l'accusent de relativisme avec l'islam, ou encore de "préférer la gloire des hommes à la gloire de Dieu" (alors que ses choix lui ont plutôt valu la colère et le rejet des hommes qui comptent le plus pour lui, ceux de sa propre communauté). D'autre part, pour quelques-uns de ses (rares) défenseurs, il serait auréolé d'une sorte d'"amour supérieur", mystique, pour les musulmans alors que tous ceux qui s'opposent à lui sont forcément aveuglés par leur haine.... Quoi qu'on en pense, il faut lui reconnaître le courage d'oser avancer à contre-courant tout en s'attirant la haine et l'opposition de toutes parts. A-t-il raison, se trompe-t-il de combat ? A chacun d'en juger, mais pour juger il faut connaître.

Pour ceux qui ont envie d'en savoir plus, je recommande cette excellente analyse de Religioscope, un site de référence en matière de sociologie des religions, duquel je me suis d'ailleurs beaucoup inspiré pour cet article. Et si vous lisez l'anglais, je recommande encore plus chaudement, d'un point de vue chrétien, la réflexion en deux parties (partie 1 et partie 2) d'un chrétien occidental qui vit en Egypte, sur la pensée de Habib et notamment la notion d'amour des ennemis.

Et dans mon prochain article, je compte vous parler de plusieurs autres Coptes qui vont probablement jouer un rôle important dans l'ère post-Moubarak.

mercredi 4 janvier 2012

Index de persécution 2012

Bonjour à tous !

Portes Ouvertes, une ONG chrétienne qui s'occupe d'aider les chrétiens dans les régions du monde où ils sont persécutés en raison de leur foi, publie tous les ans un Index de Persécution qui dresse la liste des 50 pays dans lesquels les chrétiens sont les plus persécutés. L'Index de persécution 2012 a été publié aujourd'hui et a déjà reçu une bonne couverture médiatique, notamment, dans ma ville de Strasbourg, un reportage sur France 3 Alsace. Alors, j'ai souhaité le partager aussi sur mon blog.

Cliquer sur la carte pour l'agrandir. La liste complète, avec les profils de chaque pays et beaucoup d'autres informations très intéressantes, est disponible sur le site de Portes Ouvertes.

vendredi 4 mars 2011

Pakistan : assassinat de Shahwaz Bhatti

As salaamo alaikum ! (Bonjour en ourdou, langue du Pakistan, on note la ressemblance avec l'arabe).

Pourquoi je vous salue en ourdou aujourd'hui ? Parce que, comme vous l'avez peux-être appris aux annonces, un événement tragique pour le Pakistan, surtout sa communauté chrétienne, a eu lieu dans ce pays cette semaine : la mort de Shahwaz Bhatti (cf photo), Ministre des Minorités et seul chrétien (seul non-musulman même) membre du gouvernement pakistanais, assassiné par des islamistes qui lui en voulait en raison de sa lutte contre la loi anti-blasphème en vigueur au Pakistan. Ce meurtre a eu lieu mardi dernier, le 2 mars, alors à l'occasion de la mort de celui qui a été ces dernières années le plus grand défenseur des chrétiens pakistanais, j'ai voulu écrire un article pour rappeler la triste situation des chrétiens dans ce pays.

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Pour comprendre ce que vivent les chrétiens pakistanais aujourd'hui, il faut remonter à la naissance de l'État du Pakistan. Lors de l'indépendance de l'Inde en 1947, la communauté musulmane du pays qui craignait que les musulmans soient discriminés dans le nouvel Etat à majorité hindoue a insisté pour la création d'un Etat séparé pour les musulmans : c'est ainsi qu'est le Pakistan. A l'Ouest, l'ex-Pakistan oriental a pris à son tour son indépendance en 1971, devenant l'actuel Bangladesh. Depuis son indépendance, le Pakistan a connu une histoire turbulente de gouvernements civils inefficaces et corrompus, dictatures militaires et guerres avec l'Inde voisine. Et surtout, une montée permanente des mouvements islamistes violents, notamment les célèbres Talibans, qui sont pour la plupart des Pachtounes, une ethnie dont le territoire est partagé entre le Pakistan et l'Afghanistan.

Pourtant, il y a une grande communauté chrétienne au Pakistan. Ils seraient entre 3 et 4,5 millions selon les sources, soit entre 1,5 et 2,5 de la population pakistanaise (même si évidemment seule une minorité d'entre eux prennent leur foi au sérieux). Ils constituent donc la plus grande minorité religieuse du pays, devant les hindous, les sikhs et les animistes. Seulement, leur influence dans la société pakistanaine est nettement plus faible que leur nombre, parce que dans le passé l'Eglise a grandi surtout parmi les classes sociales les plus pauvres, essentiellement les hindous de caste inférieure. La grande majorité des chrétiens le sont depuis plusieurs générations, et presque tous les convertis sont d'un arrière-plan non musulman (essentiellement des animistes des petites minorités ethniques). Les chrétiens d'origine musulmane, eux, sont beaucoup moins nombreux et hésitent à faire connaître leur foi à cause des risques. Pour ces raisons, les chrétiens sont à la fois souvent pauvres et culturellement isolés de la majorité musulmane, et sont donc particulièrement vulnérables aux discriminations, aux injustices et aux violences.

C'est pour cela qu'en 2011, le Pakistan est à la 11° place de l'Index de Persécution émise tous les ans par l'ONG Portes Ouvertes, qui travaille à aider les chrétiens persécutés. D'après Portes Ouvertes, au moins 29 chrétiens ont été tués en 2010, 58 enlevés, une centaine agressés et 4 autres condamnés pour blasphème.

Le plus gros problème auquel font face les chrétiens au Pakistan est la fameuse loi anti-blasphème, qui punit de prison ou de mort toute "remarque dérogatoire" à l'encontre du Prophète de l'islam. Cette loi profondément injuste sert de plus de prétexte à toutes sortes de règlements de comptes et d'abus. La majorité des personnes qui ont été accusées de blasphème d'après cette loi sont musulmanes, mais elle sert aussi, et de plus en plus souvent, de prétexte aux islamistes pour s'en prendre aux chrétiens. Souvent, une simple accusation de blasphème provoque des émeutes et des représailles avant même que les tribunaux n'aient le temps d'enquêter. Pour l'instant, personne n'a encore été exécutée à cause de cette loi (du moins légalement, parce que souvent ce sont les islamistes qui s'en chargent avant que la justice n'ait le temps de le faire), mais pour la première fois, fin 2010, Asia Bibi (cf photo), une femme chrétienne, a été condamnée à mort par pendaison, ce qui a valu au Pakistan des condamnations de toute la communauté internationale. Sans doute à cause de la pression internationale, Asia Bibi reste emprisonnée mais n'a toujours pas été exécutée. De nombreuses initiatives ont été lancées afin de la sauver.

Shahbaz Bhatti, le Ministre assassiné, était une des principales personnalités
publiques à s'opposer à cette loi injuste, et c'est sans doute la principale raison de son assassinat. Né dans une famille chrétienne de Lahore, Shahbaz Bhatti était lui-même un chrétien convaincu et une des personnalités chrétiennes pakistanaises les plus connues des dernières décennies. Il s'est battu pendant 25 ans pour défendre les chrétiens pakistanais contre cette loi et les autres injustices desquelles ils sont victimes. En 2008, après la démission du dictateur Pervez Musharraf et la formation d'un nouveau gouvernement (relativement) démocratique, c'est donc tout naturellement qu'il a été choisi pour être Ministre des Drois des Minorités, un nouveau ministère qu'il est le premier à occuper. Il était le seul chrétien membre de ce gouvernement. Là encore, en tant que Ministre, il a beaucoup fait pour aider les chrétiens pakistanais, même si certains lui ont reproché d'être trop absorbé par le système (sans doute vrai, mais malheureusement inévitable, et s'il n'avait pas accepté ce poste il n'aurait jamais pu obtenir tous les changements qu'il a obtenus). Il était très souvent menacé, mais il persévérait malgré le danger pour lui, et il répétait souvent qu'il puisant dans sa foi la force pour continuer. Avec l'affaire Asia Bibi, le Ministre est devenu le plus fervent défenseur de cette femme injustement condamnée à mort... et c'est ce qui lui a valu d'être lui-même assassiné. Début janvier, le gouverneur de la province pakistanaise du Punjab Salmaan Taseer, qui bien que musulman s'était lui aussi opposé à la loi anti-blasphème, avait déjà été assassiné. Ce nouveau meurtre de l'unique Ministre pakistanais non-musulman montre une fois de plus le danger que courent tous ceux qui s'opposent à l'islamiste radical au Pakistan. Il apparaît de plus en plus clairement à quel point les milices islamistes sont puissantes dans ce pays, et que même le gouvernement est incapable de les combattre. Et ça, c'est évidemment très très mauvais signe pour l'avenir des chrétiens pakistanais.

En conclusion, je vous propose de signer une pétition contre la loi anti-blasphème au Pakistan.

mardi 25 janvier 2011

La persécution des chrétiens d'origine musulmane

Bonjour tout le monde ! Salam aleikoum, que la paix de Jésus-Christ soit sur vous ! Ca va avec le sujet de l'article ^^.

Bon, alors après un retard dû essentiellement aux révisions pour les examens, voici l'article que je vous ai promis dans ma dernière note, à-propos de la persécution des chrétiens dans le monde musulman, plus précisément d'une partie d'entre eux souvent ignorée et méconnue, y compris par l'Eglise dans ces pays : les chrétiens d'origine musulmane.

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Les chrétiens sont présents dans beaucoup de nations du monde musulman depuis plusieurs siècles avant l'arrivée de l'islam. Contrairement aux bêtises que j'entends parfois, les communautés chrétiennes du Moyen-Orient ne sont pas un héritage de la colonisation occidentale : ce sont des communautés nées dans les tout premiers siècles après Jésus-Christ, qui ont gardé leur foi à-travers les siècles et les vagues d'invasions arabo-musulmanes et n'ont absolument aucun lien avec le christianisme occidental. Elles sont passées par des périodes de graves persécutions et d'autres de relative tolérance, mais elles ont toutes terriblement souffert au cours de leur histoire. Certains peuples de tradition chrétienne, comme par exemple les Arméniens, ont préservé leur identité culturelle, d'autres se sont assimilés à la population arabe dominante et forment aujourd'hui les communautés chrétiennes arabes historiques. Maronites, Melkites, Jacobites, Syriaques, Nestoriens, Chaldéens, Assyriens, etc, il y a de nombreuses traditions chrétiennes orientales, toutes d'une très grande richesse, et surtout totalement indépendantes de l'Eglise occidentale.

Pour comprendre ce que vivent ces chrétiens, il faut regarder ce qu'enseigne l'islam par rapport aux relations avec les non-musulmans. Le Coran fait une nette différence entre les païens, "mushrik", et les "Gens du Livre", c'est-à-dire les juifs et les chrétiens, dont les livres sacrés sont reconnus par l'islam comme venant de Dieu. Aux yeux de la charia, loi musulmane, les "Gens du Livre" qui vivent dans des nations musulmanes ont le statut de "dhimmis", ce qui signifie "protégés" en arabe. Ce statut implique qu'ils sont reconnus et ont le droit de vivre leur foi à l'intérieur de leur communauté, que leur personne doit être respectée et que l'Etat islamique a le devoir de les protéger contre les injustices desquelles ils pourraient être victimes en raison de leur f
oi. En même temps, ils ont aussi clairement moins de droits que les musulmans : ils ne peuvent accéder à certaines fonctions importantes, doivent payer un impôt spécial, la "jizya", en échange de la "protection" de l'Etat islamique, ont parfois été forcés à porter des habits spéciaux pour qu'on les reconnaisse, et surtout n'ont pas le droit d'évangéliser des musulmans. Le degré réel de tolérance des dhimmis varie grandement selon les endroits et les époques, en fonctions de la politique des différents souverains musulmans. Je ne vais pas m'étendre sur le sujet de la dhimmitude (j'y consacrerai peut-être un autre article plus tard), puisque dans cet article je souhaite parler de ceux qui, partout dans le monde musulman, du Maroc au Pakistan en passant par l'Egypte, le Liban et la Turquie, et même en Arabie Saoudite et en Iran, issus de la culture musulmane dominante, ont fait le choix de quitter l'islam pour croire que Jésus est tellement plus qu'un prophète : le Fils de Dieu et le Sauveur du monde.

Les conversions de l'islam à Jésus-Christ ont existé depuis le tout début de l'histoire de l'islam
et plusieurs nous sont attestées par l'histoire islamique elle-même. On peut citer par exemple Abou de Tiflis (cf photo), un parfumeur arabe originaire de Bagdad. Il y a même le fils d'un calife abasside ! Toutefois, il s'est toujours agi de quelques individus et c'est seulement depuis la fin du XX° Siècle que ces conversions deviennent plus nombreuses et ont lieu partout dans le monde musulman. Beaucoup de ces personnes se tournent vers Jésus-Christ par des révélations surnaturelles, des rêves et des visions. Ils sont toutefois encore très peu nombreux dans tous les peuples de tradition musulmane (avec une exceptions notable, les berbères Kabyles d'Algérie... sur lesquels un article est prévu). Malheureusement, comme nous allons le voir, ces conversions sont souvent très mal acceptées par la société musulmane. Les chrétiens d'origine musulmane se retrouvent exposés à de fortes pressions, voire des violences et des menaces de mort, de la part de l'Etat, de leurs familles, de la société et de groupes terroristes islamistes.

Je vais commencer par m'intéresser aux raisons qui font que
beaucoup de musulmans acceptent mal de voir un de leurs proches quitter l'islam. Il y a évidemment bien des raisons culturelles, mais il y en a aussi une théologique, qui est liée à l'islam lui-même : l'islam se considère comme l'accomplissement des autres religions révélées, le Coran affirme être la Révélation finale de Dieu qui vient corriger ce que les hommes ont modifié dans les révélations précédentes, et Mohammed le prophète de l'islam est appelé le "Sceau des Prophètes", ce qui signifie qu'il est le dernier et qu'il ne pourra y en avoir d'autres après lui. Par conséquent, un musulman considère qu'il croit déjà tout ce que croient les juifs et les chrétiens, et même qu'il possède le véritable judaïsme et le véritable christianisme, purifié de toutes les falsifications. Donc, puisque pour un musulman l'islam est la Révélation finale et parfaite qui englobe le judaïsme et le christianisme tout en corrigeant les falsifications du message des prophètes avant Mohammed comme Moïse ou Jésus, quitter l'islam pour devenir chrétien équivaut à un retour en arrière, vers une révélation antérieure, inachevée et falsifiée. Les musulmans avec lesquels je dialogue parlent souvent à titre comparatif de "sortir d'une Mercedes pour entrer dans une 2CV". Pour beaucoup de musulmans, l'idée qu'il soit possible de quitter l'islam pour une révélation antérieure est tout simplement inconcevable, et lorsqu'ils voient cela arrive, ils sont choqués... ou bien en nient tout simplement la véracité et accusent les ex-musulmans de n'avoir jamais été musulmans et d'avoir inventé leur histoire, ou encore de s'être convertis par intérêt financier ou politique. (Ces cas de figure existent malheureusement bel et bien, mais une grande partie d'entre eux, bien au contraire, risquent leur vie en faisant ce choix !) Et quand il s'agit d'un proche, d'un être cher, ils peuvent se sentir trahis, blessés. Et ce, d'autant plus que les cultures majoritairement musulmanes, la culture arabe notamment, sont construites sur les notions de honte et d'honneur : un musulman qui quitte l'islam pour devenir chrétien, c'est la "chouma", la honte, il déshonore sa famille, son clan, son peuple. Dans les sociétés traditionnelles, il arrive que les proches qui se sentent déshonorés par cet acte de trahison décident de venger l'affront qui leur a été fait...
Les différences entre les enseignements de la Bible et du Coran sont significatives, tellement profonde qu'il est imp
ossible d'affirmer que l'un soit dans la continuité de l'autre. Les musulmans ne nient pas ces différences, mais les expliquent par les falsifications qui auraient été apportées au message originel de la Bible à-travers les siècles. Je ne vais pas m'étendre sur ce sujet, je dirai seulement que comme le montre cet autre article que j'ai écrit, le mythe musulman selon lequel la Bible aurait été modifiée est contredit par la science.

Lorsqu'un musulman dans une nation musulmane choisit de devenir chrétien, quelles sont les
difficultés qui l'attendent ? Il arrive que cette décision le mette en danger de mort. Tout d'abord parce qu'il risque d'être tué par sa propre famille pour laver leur honneur (la pratique des crimes d'honneur étant évidemment beaucoup plus liée à la culture qu'à l'islam lui-même). Ensuite parce qu'il y a des musulmans qui pensent qu'aux yeux de la charia, l'apostasie (c'est-à-dire le fait de quitter l'islam) est un crime passible de mort. Dans certains pays, Iran, Afghanistan et Arabie Saoudite notamment, c'est la loi elle-même qui prévoit la peine de mort pour apostasie... et dans d'autres pays où ce n'est pas le cas, des groupes terroristes n'hésitent pas à punir les apostats eux-mêmes... Les musulmans qui défendent la peine de mort pour l'apostasie se basent sur une hadith (tradition sur la vie de Muhammad) qui dit : "Celui qui renie sa religion : tuez-le. (Sahîh Bukhari, vol. 9, livre 84, numéro 57, rapporté par Ibn Abbas) Heureusement, de plus en plus de musulmans respectés (par exemple l'islamologue suisse d'origine égyptienne Tariq Ramadan, dont j'apprécie assez les idées) mettent en doute l'authenticité de ce hadith et affirment qu'à cause du principe coranique qui dit qu'"il n'y a pas de contrainte en religion", un musulman devrait avoir toute la liberté de quitter l'islam et de choisir ce qu'il souhaite croire. L'immense majorité de ceux qui défendent cette opinion vivent en Occident, mais il y a des exceptions. La plus notable étant Ali Gomaa (cf photo), le grand moufti d'Egypte, qui pense que l'apostasie est un péché qui sera puni par Dieu au jour du Jugement Dernier, mais qu'il n'y a dans aucun châtiment pour l'apostasie pendant la vie terrestre. Il faut préciser que le Coran fait référence plusieurs fois à l'apostasie, mais jamais pour dire qu'elle doit être punie d'une façon ou d'une autre.
Mais même si cela arrive, sauf dans les sociétés islamiques les plus strictes, la majorité des chrétiens d'origine musulmane ne risquent pas leur vie à cause de leur conversion. Par contre, ils sont très fréquemment rejetés par leur famille et leurs amis et mis au ban de la société. Dans la plupart des pays musulmans, il leur est impossible de faire reconnaître légalement leur conversion, ils sont donc toujours considérés comme musulmans aux yeux de la loi. Cela implique, par exemple, qu'une femme considérée comme musulmane ne peut pas épouser un homme non musulman, et que des enfants nés d'un couple de chrétiens d'origine musulmane seront considérés comme musulmans et recevront donc une éducation islamique. Enfin, ils constituent une des premières cibles pour des violences de la part de groupes islamistes radicaux.

Alors, je crois que c'est extrêmement important pour nous, qui avons la chance de vivre dans une société où tous, y compris les musulmans, ont la liberté de choisir ce qu'ils veulent croire et ne pas croire, de changer de foi et d'exprimer ce qu'ils croient, de prendre position pour dénoncer les injustices que subissent les chrétiens d'origine musulmane partout dans le monde musulman. Nous demandons la réciprocité : tout comme un Américain, un Français, un Allemand, un Britannique ou un Espagnol a le droit de devenir musulman, nous demandons que de même un Marocain, un Iraquien, un Turc, un Iranien, un Saoudien ou un Afghan aie la liberté de devenir chrétien. Tout comme n'importe quel individu de culture chrétienne occidentale peut devenir musulman sans encourir aucune espèce de pressions ni de menaces, et que d'ailleurs de plus en plus le font, nous demandons de même aux musulmans de donner le droit à ceux qui le souhaitent de quitter l'islam, pour devenir chrétiens, athées ou n'importe quoi d'autre, et nous demandons aux Etats musulmans de reconnaître à leurs citoyens musulmans le droit de se convertir au christianisme ! Enfin, puisque je sais que la très grande majorité des musulmans en Europe et dans mon entourage sont d'accord avec ce que j'écris, je les appelle eux aussi à se lever pour défendre la liberté des chrétiens d'origine musulmane dans les pays d'origine. Parce que, comme l'a dit Voltaire : "Je déteste ce que vous pensez, mais je me battrai pour que vous ayiez le droit de le penser."

mercredi 12 janvier 2011

La persécution des chrétiens d'origine musulmane : vidéo de Saïd Oujibou

Salut tout le monde !

Je viens de tomber par le Facebook d'un ami, sur cette vidéo de Saïd Oujibou, pasteur, conférencier et fondateur et Président de la Fédération des Nord-Africains Chrétiens de France. J'avais depuis longtemps envie d'écrire un article sur ce sujet mais je ne savais pas comment l'aborder, alors cette vidéo m'en a donné l'occasion. Il s'agit d'un sujet tabou en France, un fléau que personne ne pense à (ou que personne n'ose) dénoncer : la persécution des chrétiens dans le monde musulman, et plus précisément celle des musulmans qui choisissent de quitter l'islam pour suivre Jésus-Christ.


Le magnifique témoignage du pasteur Saïd
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Précision sur la vidéo : les pays de tradition musulmane (à l'exception de l'Arabie Saoudite dont la Constitution interdit la pratique d'un culte non musulman sur son sol) accordent aux chrétiens étrangers le droit de se réunir et de vivre leur foi, généralement sans trop de problèmes. De même, dans les pays dans lesquels il existe une communauté chrétienne autochtone historique, plus ancienne que l'islam lui-même, ces communautés sont des minorités religieuses reconnues, qui peuvent vivre leur foi et à qui on reconnaît des droits, bien que leurs droits soient inférieurs à ceux de la majorité musulmane et qu'ils n'ont pas le droit d'évangéliser les musulmans (statut de "dhimmis"). Les chrétiens étrangers et les minorités chrétiennes historiques possèdent des lieux de culte et peuvent se réunir en toute légalité, les propos de Saïd Oujibou ne parlent non pas d'eux, mais des chrétiens autochtones issus de la culture islamique dominante, convertis de l'islam au christianisme. Ceux-ci existent bel et bien dans tous les pays du monde musulman, du Maroc au Pakistan, en passant par l'Egypte et la Turquie, et même en Arabie Saoudite et en Iran, mais dans presque tous ces pays, leur conversion est considérée comme illégale, dans les plus extrêmes ils risquent même la peine de mort pour le seul crime d'avoir quitté l'islam, et partout ils sont rejetés, persécutés, emprisonnés, voire tués, par leurs familles musulmanes, la société, le gouvernement ou des groupes terroristes islamistes. Ils sont souvent contraints de garder leur foi cachée et il leur est impossible de vivre leur foi, encore moins d'en parler à d'autres ou de se retrouver entre eux. C'est pour eux que Saïd Oujibou, avec toute l'Eglise en France et en Occident, demande la réciprocité : des mosquées en Europe, des églises en Afrique du Nord et ailleurs, pas pour les chrétiens étrangers ou issus des minorités chrétiennes historiques mais pour les citoyens de ces pays, musulmans, qui choisissent de quitter l'islam pour suivre Issah al-Masih. Saïd Oujibou a affirmé en une autre occasion : "Nous aimons les musulmans, mais nous exigeons la réciprocité : si un occidental a le droit de devenir musulman, un musulman doit avoir de même le droit de devenir chrétien."

Attention toutefois à ne pas tomber dans l'autre extrême, malheureusement une tendance pas totalement absente bien qu'ultra-minoritaire dans les églises en France : vouloir empêcher les musulmans de vivre leur foi dans notre pays, par exemple en empêchant la construction de mosquées. Sinon, eux aussi seraient en droit de demander la réciprocité : au Maroc, en Algérie et en Tunisie, pays desquels sont originaires la majorité des musulmans en France, les chrétiens occidentaux qui y résident ont des lieux de culte et ont le droit de se retrouver pour célébrer des cultes, alors en interdisant aux musulmans originaires de ces pays de faire de même, c'est nous qui enfreignons la loi de la réciprocité.

Un article plus détaillé suivra prochainement, probablement demain, là je suis fatigué alors je vais me coucher.