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mercredi 29 mai 2013

Alexis Masson, philosophe, sur Epistheo : connaître Dieu par la raison

Bonjour à tous ! Mon blog était en standby depuis quelque temps, pour cause de mémoire de fin d'études à terminer. J'ai rendu mon mémoire ce matin et ai donc maintenant plus de temps pour mes occupations habituelles.

Voici donc un article prévu depuis longtemps déjà. Dans cet article, je voulais vous présenter un ami, Alexis Masson, et son site : Epistheo.com. Alexis est diplômé en philosophie de l'Université de Strasbourg. Au début de ses études de philosophie, il était athée militant, nihiliste, et ne faisait aucun cas de la foi chrétienne qu'il considérait comme irrationnelle et tout juste bonne pour les faibles d'esprit. Sa rencontre avec un camarade de promo chrétien et ses discussions avec cet ami lui font découvrir la réalité d'un christianisme intellectuellement beaucoup plus respectable qu'il ne l'aurait pensé. En 2005, il se convertit finalement à Jésus-Christ à la suite d'une expérience spirituelle. A la suite de sa conversion, il se met à étudier les rapports entre la foi chrétienne et la raison. Alexis a d'ailleurs servi de relecteur pour mon article précédent, je le remercie de ses conseils.
Epistheo, jeu de mots grec signifiant "connaître Dieu", est le fruit de ce travail. Il s'agit d'une émission radio hebdomadaire, diffusée sur plusieurs radios locales (en Alsace et dans le Territoire de Belfort). Chaque émission aborde une question relative à la foi chrétienne d’un point de vue philosophique.
Le format est court, vivant et accessible, permettant d’informer les auditeurs sur des questions qu’ils se sont probablement déjà posés : peut-on prouver l’existence de Dieu ? Pourquoi Dieu a-t-il créé l’univers ? Pourquoi Dieu permet-il le mal ? Comment peut-on comprendre la Trinité ?
Le site Internet permet de découvrir les thèmes traités dans cette émission.
Dans cette vidéo, Alexis raconte sa propre histoire, comment il a lui-même découvert Dieu. Pour en savoir plus, n'hésitez pas à explorer son site, plein de réflexions de qualité.

samedi 2 mars 2013

Arguments théistes

Bonjour tout le monde !

Socrate, auteur des
 premiers arguments théistes

A-travers les siècles d'histoire de la philosophie, de nombreux raisonnements logiques très divers ont été développés afin de démontrer l'existence de Dieu : les arguments théistes. Les premiers à avoir formulé de tels arguments étaient les 3 grands philosophes de la Grèce antique, Socrate Platon et Aristote, pour qui Dieu, qu'ils voyaient comme un être absolu en tout point, était nécessaire au fonctionnement du monde. Peu usités par les chrétiens des premiers siècles (surprenant d'ailleurs), ces arguments ont ensuite été repris au Moyen-Âge par des théologiens musulmans (Averroès, Al-Kindi...), puis chrétiens (surtout Thomas d'Aquin), avant d'être développés par des philosophes théistes ou déistes comme Leibnitz, Descartes, Voltaire et Kant. Par contre, ils semblent n'avoir jamais eu une grande importance dans la pensée philosophique chrétienne et apparaissent peu chez les plus grands philosophes chrétiens comme Augustin, Pascal ou Kierkegaard. Ils ont cependant toujours joué un rôle très important dans la théologie catholique jusqu'à aujourd'hui. La Réforme protestante les a généralement mis de côté en insistant sur la Révélation, par opposition à la raison, comme base de la foi, mais les arguments théistes reviennent sur le devant de la scène aujourd'hui dans la pensée de plusieurs apologètes évangéliques contemporains (Alister McGrath, Ravi Zacharias, etc). Alors, j'ai eu envie de consacrer moi aussi un article sur mon blog à ces arguments.

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L'argument ontologique, ou argument de l'essence
Cet argument, énoncé pour la première fois par le théologien catholique médiéval Anselme de Canterbury puis repris notamment pas Descartes, veut établir l'existence de Dieu par la seule analyse de son essence, de ce qu'il est, au contraire des autres arguments théistes qui reposent sur l'observation du monde, c'est pourquoi je le mets en premier même s'il n'est pas le plus important.
L'argument consiste à montrer que la nature même de Dieu implique forcément son existence. Pour résumer : Dieu, par définition, est un être infini et parfait ; s'il était inexistant, il ne serait plus parfait ; donc, il doit forcément exister.
Le raisonnement d'Anselme de Canterbury : Dieu est un être parfait, infini, sans aucune limite. L'esprit humain est capable de concevoir un tel être infini et il lui donne le nom de Dieu. Or, un être qui existe dans la réalité du monde est plus grand, plus parfait, qu'un être qui existe seulement dans l'esprit humain. Donc, un tel être infini doit forcément exister dans la réalité.
Le mathématicien et logicien autrichien Kurt Gödel, un ami d'Einstein, connu surtout pour son théorème d'incomplétude, a proposé une reformulation de l'argument ontologique en langage mathématique : la preuve ontologique de Gödel. Il n'a fait circuler ce travail que parmi ses connaissances et ne voulait pas le publier, de peur qu'il ne soit interprété à tort comme une tentative de preuve finale de l'existence de Dieu.
Cet argument repose de toute évidence sur un sophisme et peut être facilement réfuté : si Dieu n'existe pas, alors il n'est évidemment pas parfait ni infini et tout le raisonnement s'effondre. L'argument a donc été très souvent critiqué, notamment par Emmanuel Kant et même par Thomas d'Aquin, qui répond que l'esprit humain, dans sa finitude, n'est pas capable de comprendre l'infinité de Dieu. Pourtant, malgré toutes les critiques, l'argument ontologique continue de fasciner les philosophes, qu'ils l'acceptent comme valide ou non. Le philosophe gallois Bertrand Russell, un des plus grands penseurs athées du 20° Siècle, a dit au sujet de cet argument : « Il est plus facile d’être convaincu que l’argument doit être fallacieux que de trouver précisément où repose l’erreur. » La preuve ontologique a récemment été revalorisée par le philosophe américain contemporain Alvin Plantinga.


L'argument téléologique, ou argument du dessein
Voltaire
Cet argument est certainement l'argument théiste le plus connu. Sa formulation la plus célèbre est celle de Voltaire, connue sous le nom d' « argument de l'horloger ».

Selon cet argument, l'existence même de l'Univers, la complexité de son fonctionnement et l'équilibre qui le régit, sont la preuve de l'existence d'une intelligence créatrice, dont l'action créatrice a un but. Tout ce qui existe et dont le fonctionnement est régi par un mécanisme précis a forcément été conçu par une intelligence créatrice ; or, l'Univers existe et fonctionne selon les lois de la nature ; donc, l'Univers a nécessairement été conçu par une intelligence créatrice, dans un but.

Voltaire, qui s'inspire du philosophe chrétien anglais William Paley, explique que si un jour, en se promenant, il trébuche sur une pierre et se demande ce qu'elle fait là, on pourrait lui répondre tout simplement que cette pierre a toujours été là, que c'est l'endroit où elle se trouve naturellement. Par contre, s'il trouve une horloge par terre, la réponse à la même question sera différente : c'est qu'il a forcément du y avoir, à un moment donné et en un endroit donné, un horloger qui a fabriqué cette horloge. Sans cet horloger, l'horloge ne pourrait pas exister. Même si l'horloge est abimée, qu'elle fonctionne mal, nous savons tout de même avec certitude qu'elle a été conçue par un être intelligent (l'horloger) dans un but précis (montrer l'heure). De même que l'existence de l'horloge prouve l'existence d'un horloger qui l'a conçue, de même l'existence de l'Univers prouve celle d'une intelligence qui l'a créé. Voltaire conclut son argument par sa célèbre formule : « L'Univers m'embarrasse et je ne puis songer Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger. »

Cet argument a été de plus en plus mis en avant avec les découvertes scientifiques modernes, notamment en physique, sur la complexité du fonctionnement du monde et le réglage fin et précis des constantes physiques nécessaires à l'apparition de la vie. Il balaie d'un revers de main l'idée selon laquelle le progrès scientifique a rendu caduque l'idée de Dieu : avec cet argument, au contraire, plus la science progresse, plus notre compréhension du monde augmente, plus il devient infiniment probable qu'il y a un Dieu qui l'a créé.



Les arguments cosmologiques

Thomas d'Aquin
L'argument cosmologique, sous ses diverses formes, trouve son origine chez les 3 grands philosophes athéniens, Socrate, Platon et Aristote. Il a par la suite été abondamment repris, notamment Thomas d'Aquin. Il s'agit ici de partir de l'observation du monde (du cosmos, d'où le nom d'argument cosmologique) pour en déduire l'existence de Dieu. Pour les philosophes athéniens, l'existence d'un être suprême, infini et parfait dans toutes ses caractéristiques est nécessaire à l'existence du monde et de la raison humaine.

Dans sa Somme théologique, Thomas d'Aquin propose trois variantes de cet argument :


  • La voie par le mouvement : Tout, dans l'Univers, est en mouvement (c'est-à-dire, en termes philosophiques, tout change, rien ne reste éternellement identique). Or, tout ce qui est en mouvement est forcément mû par autre chose, il n'y a pas de mouvement sans moteur. Il est donc nécessaire qu'il y ait un premier moteur qui soit le moteur de toute chose.
  • La voie par la cause : Tout ce qui existe a forcément une cause. En remontant arrière la chaîne de cause à effet, il est donc nécessaire qu'il y ait une cause première qui soit la cause de tout.
  • La voie par la contingence : Tout, dans le monde, a un commencement et une fin, donc la possibilité d'exister et de ne pas exister. Par conséquent, puisque ces choses existent alors que leur existence n'est pas nécessaire, il doit y avoir quelque chose qui les fait exister.

Cette cause première, ce moteur premier, cette nécessité première, c'est Dieu. Une réponse facile à cet argument serait : « Dieu a créé le monde mais... qui a créé Dieu ? » Quelle est la cause de cette cause première, le moteur de ce moteur premier ? En réalité, cette question est un non-sens : d'après les lois de la logique, tout ce qui a un commencement a une cause ; tout ce qui est en mouvement a un moteur ; tout ce qui n'est pas nécessaire a quelque chose qui le fait exister. Ce qui est éternel, qui a toujours été et sera toujours, n'a pas de cause puisque rien ne l'a amené à l'existence ; ce qui n'est pas en mouvement, qui reste éternellement identique, n'a pas besoin de moteur ; ce qui est nécessaire, qui existe par lui-même, n'a besoin de rien pour le faire exister. D'ailleurs, puisqu'elle est la cause de tout et qu'il n'y avait rien avant elle qui puisse en être la cause, la cause première doit forcément ne pas avoir elle-même de cause.
La forme la plus simple de l'argument cosmique, et aussi la plus célèbre et la plus âprement étudiée aujourd'hui, nous vient du penseur musulman soufi Al-Ghazâli. Il s'agit de l'argument dit du kalam : « Tout ce qui a commencé à exister a une cause. Or, l'Univers a commencé à exister. Donc, l'Univers a une cause. »

L'argument moral
La présentation la plus célèbre de l'argument moral pour l'existence de Dieu se trouve dans le roman Les frères Karamazov, de l'écrivain russe Féodor Dostoïevski, dans lequel un des personnages s'interroge : « Mais alors, que deviendra l’homme, sans Dieu et sans immortalité ? Tout est permis, par conséquent, tout est licite ? »
Cet argument se résume au raisonnement suivant : si Dieu n'existe pas, les valeurs morales objectives n'existent pas ; or, les valeurs morales objectives existent ; donc, Dieu doit exister.
Cet argument ne vaut évidemment que si on part du fait que le bien et le mal sont des valeurs absolues. On pourrait répondre en défendant une morale purement sociale, dont le seul but serait de garantir le bon fonctionnement de la vie en communauté. Dans ce cas, cette morale varierait en fonction des époques et des cultures, selon l'organisation différente des sociétés humaines, et il n'existerait aucune morale universelle. C'est là que ce raisonnement pose problème : imaginons par exemple si les nazis avaient gagné la Seconde Guerre Mondiale, réalisé leur but d'extermination de tous les Juifs et endoctriné la totalité de la population mondiale ; dans ce cas, avec une morale culturaliste, la Shoah serait moralement bonne dans cette société ! Si, au contraire, la morale est absolue, alors même dans une telle société la Shoah restera moralement mauvaise, en dépit du fait que l'humanité entière la considérerait comme moralement bonne.

Les autres arguments :
En plus des quatre principaux arguments théistes (ontologique, téléologique, cosmologique et moral), d'autres arguments moins connus ont été proposés. En voici quelques-uns :
  • L'argument historique : L'homme est par nature trop anxieux pour développer de lui-même sa créativité et trop égocentrique pour s'orienter de lui-même vers une société organisée ; s'il y est parvenu c'est qu'il y a donc forcément une force extérieure à lui-même qui l'a guidé. Cette idée était répandue surtout dans les sociétés antiques pré-grecques.
  • L'argument de l'absolu : Une chose, une action, n'est bonne ou mauvaise que par rapport à une échelle de valeurs donnée. Or, pour que cette échelle puisse mesurer objectivement le bien et le mal, il faut qu'elle ait une valeur maximale. Donc, il y a forcément un Bien absolu. (Le même raisonnement marche aussi avec les notions de Vrai et de Beau.) Cet argument est tiré de la Somme théologique de Thomas d'Aquin.
  • L'argument spatio-temporel : C'est une variante intéressante de l'argument cosmologique, très utilisé dans la pensée islamique. L'espace et le temps ayant tous les deux eu un commencement, ils doivent avoir une cause. Or, puisque l'espace-temps n'existaient pas avant leur création, leur créateur doit être extérieur à l'espace et au temps, infini et éternel.
  • L'argument du consensus universel : Le fait que toutes les civilisations du monde, même celles qui n'avaient aucune relation entre elles, ont en commun l'idée du divin sous diverses formes, prouvent qu'une forme de divin doit exister réellement. Cet argument a été émis par Cicéron ; il est faible car s'agit d'un argument de la tradition, une forme d'argument d'autorité.
  • L'argument de la limite de la connaissance humaine : La conscience humaine est limitée ; donc il doit forcément exister autre chose qui dépasse sa conscience. L'auteur de cet argument est Kant.
  • L'argument pragmatique : Le fait que, même sans preuve empirique préalable, l'acceptation de l'existence de Dieu et des conséquences qui en découlent (efficacité de la prière notamment) fonctionne dans la vie du croyant, est la preuve que ce que ce croyant croit est vrai. Ce raisonnement vient du philosophe et psychologue américain William James.
  • L'argument anthropique : Nous, humains, sommes des êtres personnels (c'est-à-dire conscients, rationnels, moraux, aimants, etc.), donc la nature dont nous sommes issus doit également avoir pour origine un être personnel ; sinon, ce serait comme si la nature donnait vie à un poisson alors que l'eau n'existe pas. L'auteur de cet argument est le Dr Gregory Boyd, un pasteur et apologète évangélique contemporain.

Un dernier pour la route
Un dernier argument, peu connu mais qui me plaît beaucoup personnellement : celui développé par C.S Lewis, professeur de littérature à l'Université d'Oxford pendant la 1° moitié du XX° Siècle, passé de l'athéisme au théisme puis au christianisme et devenu après sa conversion un des auteurs chrétiens les plus réputés de son époque. Des prémisses de cette idée se trouvent déjà chez Augustin et Pascal, dans leur célèbre formule disant qu'« il y a dans le coeur de tout homme un vide en forme de Dieu. »
Au début de sa carrière universitaire, Lewis était athée. Pourtant, il a toujours gardé une profonde soif de spiritualité, qui se manifestait surtout par sa passion pour les mythologies antiques, soif que sa vision du monde athée et matérialiste ne parvenait pas à satisfaire. Or, la nature est ainsi faite que tout besoin naturel peut être assouvi de façon naturelle : la nourriture répond à la faim ; l'eau à la soif ; etc. Aucun désir n'existe sans que l'assouvissement n'en soit possible. Il en est finalement venu à la conclusion, qui a été une étape importante dans son cheminement intellectuel vers le théisme, que puisque son besoin de spiritualité ne peut être comblé par le monde matériel, c'est qu'il doit exister une réalité au-delà du matériel qui soit en mesure de l'assouvir. Je cite sa conclusion en ses propres mots : « Si je découvre en moi un désir qu’aucune expérience dans ce monde ne peut satisfaire, l’explication la plus probable est que j’ai été fait pour un autre monde. »

Et alors ?!
Pour conclure, je poserais tout simplement la question : à quoi a servi cet article ? Quel est l'intérêt de tels arguments ? Aucun d'entre eux ne prouve l'existence de Dieu de façon absolue ; dans le cas contraire, il n'y aurait plus la liberté de croire qui est si vitale à tout croyant. Quid du pari de Pascal ? D'ailleurs, bien peu d'athées n'ont jamais été convaincu de l'existence de Dieu uniquement par de tels arguments (un exemple où c'était le cas est celui du philosophe britannique Antony Flew, un des plus importants penseurs athées militants de son époque qui, en 2004, a déclaré adhérer à présent au déisme aristotélicien). Et puis de toute façon, la foi chrétienne, c'est beaucoup plus que de croire seulement en l'existence de Dieu.
Je pense tout de même que sans être décisifs, ces arguments ont leur intérêt : ils ne peuvent pas, dans l'absolu, prouver que Dieu existe ; mais ils peuvent servir à défendre la crédibilité de la foi en montrant qu'il est cohérent de le croire. Qui sait, peut-être que l'un ou l'autre de mes lecteurs sera amené à réfléchir par mon article et qu'il se posera plus sérieusement cette question essentielle : et si c'était vrai ?

vendredi 2 décembre 2011

Si Dieu est bon, pourquoi la souffrance ?

Salut tout le monde !

Cette semaine, j'ai assisté à trois excellentes conférences sur le campus de Strasbourg, avec pour orateurs David Brown, Secrétaire Général des Groupes Bibliques Universitaires en France, et Emmanuel Maennlein, pasteur et évangéliste itinérant dans toute la Francophonie, sur des thèmes choisis par les étudiants strasbourgeois eux-mêmes par l'intermédiaire de plus de 200 sondages (voir article précédent). Et accessoirement, 2 des 3 soirées ont été animées par mon colocataire, David, pour qui cela représentait une excellente préparation à son futur métier de journaliste.
Le thème de la dernière des trois soirées : Pourquoi tant de souffrance dans le monde ? Pourquoi un Dieu bon, qui aime l'humanité, permet-il sa souffrance et l'injustice ? C'est sans doute LA question la plus souvent posée quand on aborde aujourd'hui le thème de la foi chrétienne : la souffrance est l'argument avancé par d'innombrables penseurs athées comme preuve ultime de la non-existence de Dieu, et elle représente pour beaucoup de personnes en quête d'un sens à leur vie un obstacle insurmontable. Ça fait longtemps déjà que j'avais envie d'écrire un article sur ce thème alors je profite de l'occasion du Dialogue Véritas pour le faire.

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Nous sommes tous d'une façon ou d'une à la souffrance. La souffrance est injuste, elle nous révolte. Et Dieu dans tout ça ? Il paraît qu'il nous aime... ben, heureusement, qu'est-ce que ce serait s'il nous aimait pas ?! Comment un Dieu d'amour peut-il permettre que ses créatures souffrent, surtout s'ils sont innocents et victimes d'injustices contre lesquelles ils ne peuvent rien ? Et même, comme le suggèrent certains philosophes athées : si Dieu est Tout-Puissant, donc que rien n'arrive contre sa volonté, n'a-t-il pas la responsabilité morale de toute la souffrance de l'humanité ?
Lorsque dans des discussions entre étudiants je suis confronté à la question de la souffrance, c'est toujours délicat pour moi d'y répondre. En effet, on ne répondra pas de la même manière à la question : Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? si elle est posée de manière purement théorique, que si elle est posée par l'homme qui vient d'apprendre qu'il a un cancer en phase terminale, par quelqu'un qui vient de perdre sa famille dans un acciden
t de voiture ou par la jeune fille violée au cours d'une soirée arrosée. Dans le premier cas, la discussion pourra rester philosophique et intellectuelle, dans le deuxième je devrai faire preuve de tact et de compassion. Mais dans tous les cas, je commencerais par dire une chose : la souffrance n'a jamais fait partie du plan de Dieu pour les hommes.

Qu'en était-il au commencement ?
D'après la Bible, la souffrance n'existait pas dans le monde tel qu'il a été créé. Dans le récit de la Création dans la Genèse, chaque jour se termine par : "Et Dieu vit que c'était très bon." Le plan de Dieu était que les hommes vivent heureux, en relation avec lui, entre eux et avec la nature, dans le monde magnifique qu'il avait créé. D
ans ce plan, la souffrance n'avait pas sa place et n'était pas prévue. Mais un jour, quelque chose ne s'est pas passé comme prévu.

Connexion lost
Le premier homme que Dieu avait créé vivait dans un monde parfait, dans lequel la souffrance
n'existait pas. Et il était en relation directe et personnelle avec son Créateur. Mais un jour il y a eu un bug, un virus dans le système, quelque chose qui est venu briser à cette relation. Pourquoi ?
Parce que l'homme a fait un choix. Dieu l'avait créé pour vivre une relation d'amour avec lui. Une relation totalement libre, parce qu'il n'y a pas d'amour sans liberté. Et l'homme a choisi de tourner le dos à Dieu, de l'exclure de sa vie et de vivre pour lui-même, de faire ses propres choix. Ce choix de l'homme était exactement le contraire de ce qui était prévu, mais parce que Dieu nous aime tellement profondément, il a respecté notre liberté. L'homme a mis Dieu à la porte et Dieu s'est retiré. A partir de là, d'une certaine manière on peut dire que l'homme est devenu son propre Dieu. Il a choisi de ne viv
re plus que pour lui-même et de choisir lui-même ce qui est bon pour lui, sans se soucier des plans que son Créateur avait pour lui, du but dans lequel il avait été créé. C'est ainsi que par ses choix, l'homme libre refuse d'entrer dans les plans du Créateur et détruit tout ce que Dieu a créé. La réelle liberté et le bonheur véritable ne se trouvent que dans une relation d'amour avec Dieu, mais l' "homme-dieu" préfère courir après sa fausse liberté et construire lui-même son propre paradis de bonheur illusoire... et cela le mène droit à la catastrophe. Il ne s'agit pas à proprement parle d'une punition : l'homme qui proclame sa divinité et refuse d'écouter la voix de son Créateur fabrique lui-même son propre malheur ; Dieu n'en est pas l'auteur, mais seulement le spectateur malheureux des mauvais choix de sa créature libre.
Et comme la relation de l'homme avec Dieu était brisée, les relations des hommes entre eux se sont détériorées elles aussi, puisque les intérêts d'un individu ou du groupe auquel il appartient divergent souvent de ceux d'un autre individu
ou autre groupe, qui est dès lors vu comme un obstacle à la liberté et au bonheur. Depuis ce moment, l'homme s'est toujours montré d'une très grande ingéniosité quand il s'agit de faire souffrir son prochain. Et ainsi, des hommes innocents deviennent tragiquement les victimes innocentes de la fausse "liberté" d'autres hommes... Quand l'homme pousse son inhumanité à l'extrême, on en aboutit aux horreurs de la guerre du Vietnam, du génocide rwandais ou des camps de concentration nazis (cf photo).

Et qu'en est-il des catastrophes naturelles ? Des maladies ?

D'accord, mais... dans ce cas, qu'en est
-il de la souffrance causée par des phénomènes totalement indépendants de l'action humaine ? Pourquoi Dieu a-t-il permis, par exemple, le tsunami de Noël 2004 ou le tremblement de terre au Japon l'année dernière ? Pourquoi permet-il que des maladies comme le SIDA ou le cancer tuent des millions d'innocents ?
Le choix de l'homme de vivre séparé de Dieu a eu des conséquences non seulement sur lui, mais aussi sur l'ensemble de la Création. Ainsi, l'homme déchu a entraîné la nature entière dans sa déchéance.

Un châtiment divin ?
Régulièrement, lors de grandes catastrophes, on entend des religieux
de tout bord prendre la parole pour déclarer qu'il s'agit d'un châtiment de Dieu pour les fautes de ceux qui ont été les victimes des évènements. A la lumière de la Bible, que devons-nous en penser ?
Il y a effectivement dans la Bible des exemples de catastrophes que Dieu a provoquées pour punir certains hommes ou peuples à cause de fautes concrètes qu'il avaient commises. Mais c'est quelque chose d'assez rare, et ce n'est pas le cas pour la grande majorité des événements douloureux décrits dans la Bible.
Est-ce que cela arrive aujourd'hui encore ? Sans doute parfois. Mais attention : non seulement de tels jugements divins ne sont pas fréquents, mai
s de plus, personne ne peut savoir si tel événement était un jugement de Dieu ou non. En faisant de telles affirmations, nous nous mettons à la place de Dieu en prétendant connaître sa volonté mieux que lui-même. Et de plus, l'intempestivité de tels jugements peuvent causer une douleur encore plus grande pour les victimes.
Quoi qu'il en soit, même s'il s'agit réellement d'un châtiment divin (ce que, je le répète, nous ne pouvons pas savoir), cela ne signifie certainement pas que nous ne devons pas aimer les victimes, leur manifester de la compassion et venir à leur secours dans leur détresse.

Une seule solution...
Jusqu'ici, j'ai parlé des origines de la souffrance et tenté d'expliquer pourquoi un Dieu d'amour permet que la souffranc
e existe. Un verset de la Bible, qui se trouve dans le livre du prophète Esaïe, chapître 59 verset 1, résume de façon complète mais succincte tout ce que j'ai dit : "Non, le bras de l'Eternel n'est pas trop court pour vous sauver, ni son oreille trop dure pour vous entendre. Mais ce sont vos péchés qui mettent une barrière entre lui et vous, ce sont vos fautes qui vous cachent sa face et l'empêchent de vous écouter."
Mais si je m'arrêtais là, ce serait totalement insuffisant. Les hommes ayant ruiné le monde magnifique que Dieu a créé, Dieu aurait tout à fait pu nous abandonner à notre sort. Mais il ne l'a pas fait, parce que même si nous le rejetons, il continue de nous aimer. C'est ça, la bonne nouvelle !!!
Et la réponse de Dieu à notre abandon, la réponse de Dieu à la souffrance, c'est une personne : Jésus. Jésus, c'est Dieu incarné, le Créateur qui devient créature et qui choisit de s'abaisser jusqu'à nous, jusque dans notre misère et notre souffrance. Jésus a connu toutes les souffrances contre lesquelles nous nous débattons : il s'est senti seul, abandonné, trahi par ses amis les plus proches, il a été battu, torturé, il a souffert... et il est mort. La très bonne nouvelle : Dieu peut comprendre ta souffrance, parce qu'il a e
nduré tout ce que tu endures actuellement, et même pire encore. L'écrivain français Paul Claudel a écrit : "En Jésus, Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, il n’est pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence."
Et maintenant, LA PLUS-QUE-
TRES-BONNE NOUVELLE : Jésus a aussi apporté une solution à la souffrance.
Nous avons vu que l'origine de toute souffrance dans ce monde, c'est ce choix de l'homme de rejeter Dieu. Ce choix nous rend coupables devant lui et le mal que nous avons fait mérite une juste punition : l'Enfer, c'est-à-dire la séparation éternelle de Dieu. Dieu aurait été injuste de passer tout simplement au-dessus de nos mauvaises actions au nom de son amour pour nous : imaginez un criminel reconnu coupable lors d'un procès, mais acquitté parce que le juge l'aime ! Il doit donc bien y avoir une punition. Mais par Jésus, Dieu lui-même a reçu la punition pour toutes nos mauvaises actions : Jésus a été crucifié, il a souffert d'être séparé de s
on Père, et il est mort, volontairement, par amour pour nous. Je ne méritais rien, toi non plus, mais il l'a fait, rien que parce qu'il nous aime. Mais ce n'est pas tout : non seulement il est mort, mais il est ressuscité. Il a vaincu la mort. Jésus a pris ta punition, pour que toi tu puisses être pardonné et que ta relation avec Dieu soit rétablie. Si tu crois qu'il est mort sur la croix à ta place et si tu l'acceptes comme ton Sauveur, il peut guérir ton passé et te donner une nouvelle vie. Il ne mettra pas fin à la souffrance, mais il la guérira et t'aidera à y faire face. Jésus, c'est la solution à la souffrance.

Le mot de la fin
La première partie de mon article parle du commencement. Il est donc logique de conclure par ce qui en sera lors de la fin. Et de terminer cet article avec un message d'espoir : tout comme le mal, la souffrance et l'injustice n'existaient pas au début, pour ceux qui auront mis leur confiance en Jésus ils n'existeront plus après la fin.
Le dernier livre de la Bible s'appelle l'Apocalypse, un livre dont le titre signifie tout simplement "Révélation", et pas "scénario de film catastrophe à la Steven Spielberg". Ce livre est une vision de la fin des temps. Et voici comment il décrit ce que sera le nouveau monde dans l'avenir :

Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre, car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus. Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s'est parée pour son époux. Et j'entendis du trône une forte voix qui disait : "Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes ! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu." Et celui qui était assis sur le trône dit : "Voici, je fais toutes choses nouvelles."


(Le dernier dessin a été réalisé par une amie pour le magazine Ta Jeunesse.)

mercredi 8 décembre 2010

C.S. Lewis

Salut chers lecteurs !

Alors voici comme promis l'article prévu depuis longtemps sur C.S. Lewis, l'auteur des Chroniques de Narnia. On en a beaucoup parlé ces dernières années, puisque Disney est en train d'adapter ses œuvres au cinéma, et il y a eu beaucoup de polémiques autour des films. Surtout, au sujet de l'inspiration chrétienne de ces "histoires pour enfants"... certains allant jusqu'à s'inquiéter de la production par Disney d'un "outil de prosélytisme" par lequel nos chères têtes blondes qui ne sont pas encore en âge d'en comprendre le danger de cette manipulation seraient "endoctrinés" au christianisme... alors comme ça le cinéma a le droit de s'inspirer de tout et n'importe quoi, ça ne choque personne, mais pas de l'Evangile, là c'est choquant... Mais effectivement, on ne peut pas nier que l'inspiration chrétienne est omniprésente dans les Chroniques de Narnia, et même J.R.R. Tolkien, le meilleur ami de Lewis par lequel celui-ci est devenu chrétien (et accessoirement l'auteur du Seigneur des Anneaux) lui reprochera la présence de symboles chrétiens trop évidents dans L'Armoire magique. J'avais depuis longtemps prévu d'écrire un article sur la vie de C. S. Lewis, et sur comment il a découvert cette foi chrétienne qui est devenue la source d'inspiration de son œuvre. Je profite donc de la sortie aujourd'hui du 3° film pour écrire cet article.

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Clive Staples Lewis est né le 29 novembre 1898 à Belfast en Irlande du N
ord. Il était professeur de littérature dans une des deux plus prestigieuses universités britanniques : l'Université d'Oxford. Il est considéré comme un des plus grands écrivains et philosophes britanniques du XX° Siècle, et il est surtout connu dans le milieu chrétien comme un fameux théologien et apologète. Pourtant, rien ne le destinait a priori à devenir connu dans le monde entier comme philosophe chrétien ! Au contraire, à l'âge de 30 ans alors qu'il était jeune professeur à Oxford, il était athée convaincu. Comment donc a-t-il pu changer aussi radicalement ? Il raconte son cheminement d'une façon très détaillée dans son autobiographie, Surpris par la Joie... enfin, je ne sais pas si on peut vraiment appeler ça une autobiographie, dans la mesure où les 3/4 ne parlent pas de sa vie mais des livres qu'il a lus à différents moments de sa vie. Il y aurait énormément de choses à dire, pas facile du tout de résumer... je vais néanmoins essayer de faire une synthèse pour que mon article ne soit pas trop long.

Sa famille appartient à l'Eglise anglicane, et Lewis est élevé dans la foi chrétienne, mais il écrit dans son autobiographie que ses parents ne participaient à la vie de l'église que d'une façon formelle, parce qu'ils considèrent que la religion fait partie des devoirs de la vie publique comme le service militaire ou le payement des impôts, mais sans avoir de réelle foi personnelle. C'est toutefois par les cantiques de l'Eglise anglicane qu'alors que Lewis n'est qu'un enfant naîtra sa passion pour la littérature et la poésie. Pendant son adolescence, il découvre les mythologies, d'abord nordique puis celte et grecque, et il est fasciné par ses nouveaux mondes merveilleux. C'est durant cette période qu' il s'éloigne de la foi chrétienne, et à l'âge de 15 ans il devient athée.

Immédiatement après, le jeune Lewis passera par une courte période où il s'intéresse à l'occultisme, notamment à la Rose-Croix. Il expliquera plus tard que même s'il ne croyait désormais plus en l'ex
istence d'un quelconque Dieu, il avait encore besoin de spirituel dans sa vie. Toutefois cette période ne durera que très peu de temps : très vite, il en arrivera à la conclusion que puisqu'il n'existe ni Dieu ni rien d'autre en-dehors du monde matériel, toute forme de spiritualité est vaine.

Pendant ses années d'études à Oxford, puis pendant ses premières années en tant que professeur dans la même Université, Lewis est athée par conviction. En même temps, il reste fasciné de mythologie, et il passe des heures a rêver à ces univers grandioses. Et presque paradoxalement, ce sont ces rêves qui, sans qu'il ne s'y attende lui-même, vont le conduire à la foi chrétienne.

L'évolution de la pensée de Lewis dure plusieurs années, et plusieurs dizaines de pages dans son autobiographie, il serait donc beaucoup trop long de la décrire en détail ici. Une personne, en particulier, jouera un grand rôle dans la conversion de Lewis : son collègue à Oxford qui est rapidement devenu son meilleur ami, J.R.R. Tolkien. Tolkien est catholique pratiquant, et en même temps il est lui aussi fasciné par les mondes mythologiques... et même, il pense que toutes ces mythologies préfigurent l'Evangile chrétien. Par ses longues discussions avec Tolkien, et par de multiples lectures à-travers les années, l'athéisme de Lewis est de plus en plus ébranlé.

C'est en 1929, à l'âge de 32 ans, que C.S. Lewis se met à genoux dans sa chambre pour la toute première fois de sa vie, et qu'il prie pour confier sa vie à ce Dieu dont il a pendant si longtemps nié l'existence. Toutefois, ce Dieu n'est pas encore pour lui le Dieu chrétien, le Dieu de la Bible : il s'agit uniquement d'une conversion au théisme, à un Dieu inconnu et inconnaissable, totalement étranger à l'humanité, qui ne se trouve dans aucune religion et dans aucun Livre saint. A partir de ce moment-là, Lewis participera régulièrement aux cultes de la chapelle anglicane de l'Université, pas parce qu'il se considère comme chrétien mais seulement parce qu'il estime qu'il a le devoir d'une façon ou d'une autre de rendre un culte à ce Dieu qu'il a découvert. Mais le temps passe, et petit à petit, au fur et à mesure qu'il redécouvre les fondements de la foi chrétienne, Lewis se rend compte que le personnage de Jésus est radicalement différent de tous les autres personnages mythologiques. Dans un de ces livres, il écrit : Il n'y a que deux possibilités : ou bien Jésus-Christ est le plus grand fou, le psychopathe le plus dangereux de toute l'histoire de l'humanité, ou bien il est réellement le Fils de Dieu et le Sauveur du monde. Le texte des Evangiles ne nous laisse pas d'autre choix."
Lewis affirme qu'il n'y a pas un instant précis auquel il est devenu chrétien, sa conversion au christianisme est le fruit d'un long cheminement de pensée. Mais c'est 3 ans environ après avoir découvert la foi en Dieu, à 35 ans donc, qu'il en arrive à la certitude que l'Evangile est la vérité et qu'il déclare ouvertement qu'il est chrétien.

Lewis devient un membre fidèle de l'Eglise anglicane (à la déception de son ami Tolkien qui espérait qu'il se convertisse au catholicisme). Vers la fin de sa vie, il se rapproche de la tendance "high Anglican", une branche de l'Eglise anglicane qui est restée proche de la théologie catholique. Et il passe la plus grande partie de son temps libre à écrire des livres qui parlent de la foi chrétienne, tout en restant le plus large possible pour éviter les particularismes des différentes tendances et dénominations. Son idée : rendre le message de l'Evangile facilement compréhensible à tous, en le débarrassant de toutes les notions secondaires pour se concentrer uniquement sur l'essentiel : Jésus-Christ mort sur la croix à notre place. Les Chroniques de Narnia, une série de 7 livres fantastiques pour enfants, sont ses œuvres les plus connes aujourd'hui.

Puisque cet article est déjà long, je vais très prochainement en écrire un autre, plus spécifiquement sur Les Chroniques de Narnia.

lundi 25 mai 2009

Le pari de Pascal

Salut !

Comme promis, cette semaine je vous propose de découvrir le "Pari de Pascal"...

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Pascal, dans ses Pensées, ne donne jamais aucun argument en faveur de l'existence de Dieu, ou de la véracité de la foi chrétienne, même si pour sa part il en est entièrement convaincu. Il propose tout simplement à son lecteur de "faire comme si" Dieu existait. C'est la très célèbre idée du "pari de Pascal" : Pascal s'adressait à des nobles libertins, les tout premiers athées "libres penseurs", disciples du marquis de Sade. et gens qui menaient la belle vie. Ils étaient notamment grands amateurs de jeux de hasard, l'idée du pari est donc parlante pour eux. Pascal leur propose un pari : parier pour, ou contre, l'existence de Dieu. L'enjeu, c'est la vie du joueur. Ensuite, il explique son raisonnement : si je parie que Dieu existe, et qu'il existe effectivement, j'ai gagné la vie éternelle ; si je parie qu'il existe, et qu'en fait il n'existe pas, j'ai perdu mon pari, mais en réalité je ne perds rien, je ne me rendrai même jamais compte de mon erreur ; si je parie qu'il n'existe pas, et qu'il n'existe pas, j'ai gagné mon pari, mais en fait je ne gagne rien ; si je parie qu'il n'existe pas, et qu'il existe, je perds tout, ma vie sur Terre et l'Éternité. Puisqu'il s'agit de foi, donc d'improuvable, rien de permet de déterminer laquelle des deux possibilités est la plus probable. J'ai donc tout intérêt à parier pour l'existence de Dieu, à "faire comme si" il existait. Évidemment, Pascal ne croit pas en l'existence de Dieu que parce que s'il n'y croit pas et qu'il se trompe, il perdra tout, il est convaincu que Dieu existe bel et bien. Mais il ne cherche pas à argumenter en faveur de sa foi, il préfère inviter son lecteur à "faire comme si" Dieu existait, et tout le reste des Pensées montrent ce qu'est la vie si Dieu existe réellement, et si la foi chrétienne est vraie, si Jésus est réellement Dieu, le Sauveur du monde mort sur la croix pour nous. Les Pensées sont dès lors un voyage auquel Pascal invite son lecteur, un voyage à-travers l'espérance chrétienne. Durant ce voyage, le lecteur découvre comment serait la vie "si c'était vrai", et ensuite, chacun a la liberté de faire ce choix de la foi, ce "grand saut dans le vide" comme Pascal l'appelle : croire que tout cela est vrai.

Si vous voulez lire les Pensées, je vous avertis d'abord que c'est une lecture difficile : Pascal faisait partie des plus grands intellectuels de son époque, et il écrit dans un niveau de langage très élevé. De plus, il s'agit de français ancien. Mais je vous encourage tout de même tous à cette lecture, ce voyage au coeur de la foi chrétienne auquel Pascal vous invite, voyage duquel vous ne pourrez que revenir transformés.

Et la semaine prochaine, je vous proposerai de découvrir le témoignage de Pascal, sa vie, et sa découverte du Sauveur.

lundi 18 mai 2009

Un véritable athée

Salut à tous !

Pour cette semaine je voulais publier un article qui vous donnera à réfléchir. Je vais partager des idées qui sont ressorties d'un entretien que j'ai eu l'année dernière, à propos des Pensées de Pascal, avec M. Alain CHESTIER (cf photo), docteur ès Philosophie et ès Lettres, conférencier, chargé de cours à l'Université de Besançon, et professeur de littérature au lycée Nodier de Dole, mon ancien lycée.

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Vers la fin de ma classe de terminale, j'étais en train de lire les Pensées du philosophe Blaise Pascal, d'une part parce que j'aimais bien la philosophie et que Pascal était au programme, et d'autre part parce que Pascal est considéré comme le plus grand philosophe chrétien. Je m'étais déjà entretenu sur le sujet de ce livre avec M. LOUIS, mon prof de philosophie, et M. GEOFFROY, mon prof de littérature de terminale. Et tous deux m'ont conseillé d'aller voir leur collègue, M. CHESTIER, un prof que je n'avais jamais eu en cours mais dont je connaissais la réputation puisqu'il était célèbre dans tout le lycée, parce que c'est apparemment un grand admirateur de Pascal, que les Pensées sont son livre de chevet, et qu'il connaît bien ce livre et la pensée de l'auteur. En bon élève sérieux de terminale L, je suis donc allé vers ce prof, et je lui ai demandé un rendez-vous pour parler du bouquin en question. J'étais d'autant plus curieux de savoir ce que M. CHESTIER pouvait penser de Pascal, que je savais qu'il était athée convaincu et matérialiste.

Et quelque temps après nous nous sommes vus, et en avons discuté pendant près de deux heures. Je ne vais pas résumer tout ce que nous avons dit ici, ce serait beaucoup trop long. Mais il y au une idée, l'idée essentielle de ce que M. CHESTIER m'a dit, que j'avais envie de partager, parce que c'est une idée qui m'a donné beaucoup à réfléchir.

M. CHESTIER a reçu une éducation athée, et a toujours été athée, sans se poser de questions à ce sujet pendant sa jeunesse. Il a découvert les Pensées en classe de terminale, et elles sont vite devenues sa lecture préférée. Et il m'a dit
que l'idée essentielle qu'il avait retirée de sa première lecture de Pascal était : qu'un croyant qui n'a jamais douté de sa foi n'est pas un vrai croyant, et que de même un athée qui n'a jamais douté de son athéisme n'est pas un vrai athée. Il est resté toute sa vie fasciné par Pascal, et c'est en doutant de son athéisme, à la lumière des Pensées, qu'il est devenu un véritable athée convaincu, et qui s'affiche comme tel.

J'ai trouvé l'idée intéressante, et vraie. La foi (et on peut considérer ici l'athéisme comme étant une foi également) est par définition quelque chose d'improuvable, et qu'on ne doit pas chercher à prouver par des arguments, quels qu'ils soient. Le verbe qui définit la science, c'est savoir ; le verbe qui définit la philosophie, c'est penser ; le verbe qui définit la foi, c'est croire. Personne ne "croit" en l'existence du Soleil, c'est quelque chose de visible, de sensible, et que personne de raisonnable ne met en doute. Le Soleil existe, pas besoin de foi pour ça, on le sait, parce qu'on le voit briller, qu'on sent sa lumière et sa chaleur. Ce n'est pas du domaine de la foi, de "croire", mais de celui de la science, de "savoir".
Mais trop souvent le "croire", notamment quand il a été inculqué par l'éducation reçue, devient comme une sorte de "savoir", qui paraît évident et qu'on refuse de mettre en doute. Mais non seulement cette attitude n'est pas une réelle foi, mais de plus elle peut s'avérer fausse. Je vais faire une analogie, avec la Révolution Copernicienne puisque celle-ci est encore très présente dans les mentalités à l'époque où Pascal écrit. Très peu de temps encore avant Pascal, tous, même des gens tout à fait sincères et pleins d'honnêteté intellectuelle, croyaient, et pensaient savoir, que le Soleil et les autres planètes tournaient toutes autour de la Terre. A l'époque de Pascal, tous savent qu'en réalité c'est la Terre qui, avec les autres planètes, tourne toutes autour du Soleil. Des hommes intelligents, des scientifiques de très haut niveau, ont dû admettre qu'ils s'étaient trompés. Parce que penser savoir n'est pas savoir. Si je donne cette exemple, c'est parce que l'ancienne science se basait plus sur le "croire" justement que sur la véritable recherche scientifique au sens actuel : les théories géocentristes, tout comme la théorie de la Terre plate ou celle de l'existence de 3 continents (d'après les 3 fils de Noé), étaient toutes tirées de mauvaises interprétations de la Bible et de la philosophie aristotélicienne. Au moment où Pascal écrit ses Pensées, personne n'a encore oublié ça : le système sur lequel était basée toute l'ancienne science s'est avéré faux, parce qu'il était basé uniquement sur des spéculations théologiques et idéologiques, des croyances. Et très souvent, en ce qui concerne la foi, que ce soit la foi en l'existence ou en la non-existence de Dieu, c'est la même chose : on croit savoir, alors qu'on n'y a jamais sérieusement réfléchi, et on ne pense même pas à se remettre en question. Alors, tout comme l'ancien système géocentrique a été bouleversé par les découvertes de Copernic et de Galilée, quand survient quelque chose de contraire à ce que nous pensions savoir, comme ce fut le cas pour M. CHESTIER lors de sa lecture des Pensées de Pascal en classe de terminale, on doute pour la première fois de ce qu'on pensait savoir. Mais l'analogie avec la Révolution Copernicienne s'arrête ici, parce que celle-ci concerne la science, donc le domaine du savoir et du prouvable, alors que nous parlons de la foi, de l'improuvable. Donc, lorsqu'on remet en question ses idées reçues, ce qu'on croyait savoir, et qu'on doute de ce qu'on croit, il reste deux possibilités : soit on change d'avis sur la question, soit par le doute notre foi en devient encore plus forte. C'est le principe de base de la philosophie : Socrate, considéré comme le père de la philosophie, cherchait déjà à faire sortir ses concitoyens Athéniens de leur "sommeil dogmatique", par le doute, et c'est ce principe qui a donné naissance à la philosophie chez les Grecs. Donc, on peut effectivement dire qu'un croyant qui n'a jamais douté de sa foi n'est pas un véritable croyant, et un athée qui n'a jamais douté de son athéisme n'est pas un véritable athée : sa foi ne sera qu'une idée reçue, pas une véritable foi.

Voilà, j'espère que je vous ai donné de quoi réfléchir. La semaine prochaine, je vous partagerai une idée importante des Pensées de Pascal : l'idée du pari.