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mardi 12 octobre 2010

Turquie : L'Arche de Noé découverte ?

Salut tout le monde !

Pour commencer, comme d'habitude, quelques nouvelles de moi : je suis cette année à Cordoue en Espagne, où je vais étudier un an avec Erasmus. Je suis en coloc avec un jeune chrétien espagnol, la vie et les études ici me plaisent beaucoup :-).

Ce matin, je suis tombé sur une nouvelle intéressante : le 29 avril, une équipe de chercheurs turcs et chinois, qui effectuent des fouilles depuis plusieurs années sur le Mont Ararat en Turquie, pense avoir peut-être découvert l'Arche de Noé ! Ils affirment avoir retrouvé des restes en bois de la structure d'un bateau dont la datation au carbone 14 remonte à 4800 ans. D'après Yeung Wing-cheung, originaire de Hong-Kong et un des quinze membres de l'équipe de recherche, "nous ne sommes pas sûrs à 100% qu'il s'agit de l'arche mais nous le sommes à 99,9%". Tout au long de l'article, vous verrez des photos de cette découverte (cliquez dessus pour les agrandir), et vous pourrez constater que ça a l'air tout à fait sérieux. Les sceptiques expliqueront difficilement la présence d'un bateau au sommet d'une montagne, à plusieurs centaines de kilomètres de la mer.

Pour l'instant, le scepticisme est de rigueur, des analyses scientifiques sont encore en cours pour déterminer l'authenticité de cette découverte, et il pourrait même s'agir d'un canular. Mais la piste paraît sérieuse, plus sérieuse en tout cas que les autres "découvertes" fantaisistes qui ont été faites sur ce sujet dans le passé. Et si cela s'avérait vrai, ce serait la preuve la plus convaincante de la véracité de la Bible depuis la découverte des manuscrits de Qumran en 1947.

Pour que chacun puisse se faire une opinion objective, je vous propose deux liens vers des articles parlant du sujet : l'un rédigé par l'AFP et publié sur le site du Figaro, journal français d'actualité réputé pour son sérieux ; l'autre d'une source chrétienne, le site Actualité chrétienne du journaliste Paul Ohlott, personnage connu dans les milieux évangéliques français, qui travaille également pour le TopChrétien.

EDIT janvier 2014 : Entretemps, il s'est avéré que cette affaire était un canular. Je garde cependant l'article en ligne parce que la réflexion reste pertinente.

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D'après la Bible, à la fin du Déluge, l'Arche de Noé s'est échouée sur le Mont Ararat, dans l'actuelle Turquie. Depuis toujours, et encore plus avec l'essor des sciences modernes comme l'archéologie, des explorateurs, scientifiques ou aventuriers plus ou moins sérieux, se sont lancés à la recherche de cette Arche perdue. Le Dr Gilbert Crosvener, du National Geographic Magazine de Washington, déclarait il y a quelque temps : Si l'on découvrait une fois l'Arche de Noé sur le Mont Ararat, ce serait à coup sûr la plus grande découverte archéologique de tous les temps." Si elle s'avérait authentique, il s'agirait d'une preuve indéniable de la véracité historique du récit biblique du Déluge, et d'un argument de poids en faveur de la crédibilité historique et scientifique de la Bible. Pourtant, à part le Figaro, très peu de médias français se sont intéressés à cette découverte...

Pourquoi n'en a-t-on pas parlé ? En partie sans doute parce que l'authenticité de cette découverte n'est pas encore clairement avérée. Dans l'attente des résultats des analyses scientifiques, la prudence est donc de mise. Mais il ne saurait s'agir que de cela. Sans aucun doute possible, la principale raison est que, si l'histoire du Déluge était vraie, cela contredirait énormément de choses que la science actuelle considère comme indiscutables. Et cela montrerait qu'une fois de plus, comme lors de l'affaire Galilée, les scientifiques se sont trompés.

Parce qu'aujourd'hui, pour l'européen moyen, croire que le Déluge a vraiment eu lieu, c'est tout simplement absurde. Tout comme en général, que quelqu'un qui au XXI° Siècle puisse croire que la Bible est vraie, c'est un signe inquiétant d'arriération mentale. Donc si une découverte scientifique comme celle-ci venait montrer le contraire... La société occidentale entière en serait bousculée dans ses certitudes.

Pourtant, la mémoire d'un Déluge universel se retrouve dans énormément de peuples, très divers, très éloignés les uns des autres, et sans relations entre eux. Dans la civilisation suméro-chaldéenne de Mésopotamie, l'Epopée de Gilgamesh, la plus ancienne oeuvre littéraire au monde, évoque des pluies torrentielles que les dieux auraient envoyées comme punition pour exterminer les hommes. La mythologie gréco-romaine relate l'histoire de Deukalyon et Pyrrha, les deux seuls survivants d'un Déluge provoqué par Zeus. En Perse, les textes sacrés de la religion zoroastrienne racontent comment les dieux ont sauvé le seul homme juste de l'extermination de l'humanité en le cachant dans une grotte (ici, le Déluge prend la forme de neige). Dans le Véda, livre sacré de l'hindouisme, le premier homme est sauvé du Déluge par Matsya, le premier avatar du dieu Vishnou, en construisant un bateau. Un mythe scandinave raconte que les géants ont été exterminés de la terre par un Déluge causé par le sang du géant Ymir, tué par Odin : là encore, il n'y a qu'un seul survivant, Bergelmir, le petit-fils d'Ymir. En Chine, les textes anciens parlent d'une "grande crue qui monta jusqu'au Ciel". Dans la mythologie maya, en Amérique, la 2° des 3 générations successives d'hommes est détruite par un Déluge (contrairement aux autres mythologies, il n'y a ici aucun survivant). Et je pourrais multiplier les exemples, il y a des traces du Déluge dans la mythologie égyptienne, celte, slave, germaine, arabe, inca, aztèque, etc. Le Coran, qui reprend beaucoup d'événements bibliques, le mentionne également. Quand une telle mémoire universelle existe, on ne peut logiquement qu'en conclure que cet événement est bien réel, il n'y a pas de fumée sans feu. De plus, la grande distance géographique qui sépare les différents mythes diluviens montre que ce Déluge était très certainement universel, puisque le monde entier en a gardé la mémoire.

Mais, est-ce crédible de considérer qu'à une époque tellement ancienne, la technologie était assez avancée pour pouvoir faire une telle construction, capable de contenir toutes les espèces d'animaux ayant existé ? Il faut ici préciser que la Bible donne elle-même les dimensions précises de l'Arche, et un plan de construction précis, digne du meilleur architecte moderne. D'après le texte biblique, l'Arche mesurait 300 coudées de longueur, 50 coudées de largeur et 30 de hauteur. Compte tenu du fait que la coudée est une unité de mesure quelque peu variable, on peut en déduire que l'Arche faisait au minimum 135m de long, 22,5m de large et 13,5m de haut, et au maximum 157m de long, 26m le large et 16m de haut. Ces proportions sont idéales pour contrebalancer les besoins de confort sur la mer, la force de la coque, et la stabilité du navire. L'Arche avait des ponts inférieur, moyen et supérieur, et même un espace additionnel d'une coudée en-dessous du toit, qui pourrait servir de système d'aération. Un groupe de scientifiques contemporains ont fait un calcul (tout à fait approximatif), compte tenu du nombre et de la taille des espèces ayant besoin de prendre place dans l'Arche (parce qu'évidemment les animaux marins et ceux vivant sous terre n'en avaient pas besoins), la nourriture stockée, et l'espace de vie de Noé et sa famille, et est arrivé à sa conclusion qu'une Arche de cette dimension aurait tout à fait pu flotter.

Mais certains répondront qu'il n'est pas possible qu'à une époque aussi ancienne, une technologie tellement développée ait existé ! Par conséquent, il est certain que ce plan de construction a été rajouté par après. A cela, le scientifique répondra qu'on sait aujourd'hui que les anciens Égyptiens (qui, rappelons-le, ont bâti des pyramides dont la méthode de construction restent un mystère encore aujourd'hui pour la technologie moderne) disposaient d'une technologie assez développée pour construire une telle Arche, alors pourquoi n'aurait-elle pas existé peu de temps avant eux ? Le croyant, lui, répondra que même si Noé lui-même n'avait pas les connaissances nécessaires pour construire cette Arche, le plan lui a été révélé par Dieu directement, et il verra dans une telle précision une preuve de l'omniscience de Dieu.

Bien sûr, ma foi n'a pas besoin d'une découverte archéologique pour subsister. La foi est, comme l'a définie le philosophe Blaise Pascal, un "grand saut dans le vide", le choix de croire, sans preuve, que le message de la Bible est réellement la Parole de Dieu. Mais cette foi, bien que non vérifiable, repose sur des fondements solides, sur des faits historiques et des données scientifiques vérifiables. Et de plus en plus de découvertes de la science moderne, et tout spécialement de l'archéologie, ont confirmé à maintes reprises que le récit biblique. L'archéologie a déjà découvert que plus de 1000 lieux, personnages et peuples mentionnés dans la Bible ont réellement existé à la bonne époque. Et tous les ans, de nouvelles découvertes de ce type sont faites. Si elle s'avérait vraie, la découverte de l'Arche de Noé viendrait s'inscrire dans cette lignée, mais il s'agirait toutefois de la plus importante preuve archéologique de l'authenticité historique de la Bible.

Mais, n'est-ce pas dangereux de vouloir baser la foi sur la science et la raison ? Oui, si on fait de la raison le motif pour lequel on croit. Mais non, si on part de la foi, dans ce qu'elle a de plus irrationnel, et qu'ensuite on cherche à comprendre, et à expliquer à d'autres, ce qu'on croit et pourquoi on le croit, par la raison. Une approche rationnelle de la foi conduit à l'obscurantisme, à l'enfermement et à l'intolérance, mais une approche de la raison par la foi conduit à la réfléchir sur ce qu'on croit, au doute constructif, à la remise en question et à comprendre ce qu'on croit. Et la défense de la foi par des arguments de la raison, tant qu'elle n'est pas faite dans une attitude de vouloir prouver la foi (ce qui serait un contresens) peut donner lieu à des discussions très intéressantes. Non pas prouver par la raison que la foi est vraie, mais montrer par des arguments raisonnables qu'elle est crédible : c'est tout l'art de l'apologétique, la défense de la foi par la raison.

J'en reviens à la découverte de ce qui est peut-être l'Arche de Noé. Un point important : les scientifiques ayant fait cette découverte sont croyants, et dépendent d'un organisme de recherche qui s'affiche clairement comme chrétien. Face à une telle découverte, on peut donc légitimement se poser des questions sur leur neutralité. Sans qu'il s'agisse forcément de mauvaise foi volontaire, n'ont-ils pas été trompés par leur propre foi, au point de voir en cela ? Possible, l'avenir nous le dira, avec les nouvelles recherches sur l'authenticité de cette découverte. Mais, pourquoi partir du point qu'ils ne peuvent forcément pas être objectifs parce qu'ils sont croyants ? La malhonnêteté intellectuelle, volontaire comme involontaire, concerne aussi bien les croyants qui cherchent à tout prix à faire coïncider toutes les découvertes scientifiques avec leur interprétation, parfois bien fantaisiste, de la Bible (et ils existent !) que la position d'une grande partie des scientifiques actuels, qui est d'exclure systématiquement tout élément pouvant donner à penser qu'il existe un Créateur.