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mercredi 9 juin 2010

Black Eyed Peas

Salut tout le monde ! Aujourd'hui j'ai eu envie d'écrire un article sur un clip des Black Eyed Peas.



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Je n'aime pas du tout les Black Eyed Peas en général, mais cette chanson là me plaisait bien depuis longtemps. Where is the love est une chanson très engagée, ce qui peut surprendre d'un groupe ayant la réputation d'être hyper commercial. J'aimais bien les paroles, mais j'avoue que je n'avais jamais fait spécifiquement attention à celles du refrain, ou plutôt je ne les avais jamais vraiment comprises. Jusqu'à ce qu'il y a quelque temps je voie par hasard le clip sur M6 Music, chez un ami...

Cette chanson est une critique de la société traditionnelle américaine. Il y a aussi des choses dans les paroles avec lesquelles je ne suis pas d'accord, où je trouve qu'ils y vont beaucoup trop fort. Par exemple, qu'ils traîtent la CIA de "terroristes" et les mettent au même rang que des gangs de rue ou le Ku Klux Klan... Et rassurez-vous : ce clip montre une facette de la société Américaine, je sais très bien que toute la société Américaine n'est pas comme ça, et qu'il y a aussi des choses admirables !

Mais ce qui m'a marqué surtout dans le clip, et ça on ne peut pas s'en rendre compte juste en écoutant la chanson, s'est la centralité dans la vidéo d'un personnage très présent dans l'imaginaire culturel américain : le prédicateur, grosse barbe, chapeau de cow-boy et Bible à la main. Il apparaît à un moment important dans la vidéo, et sur la couverture de la Bible qu'il tient à la main, on voit un de ces points d'interrogation qui apparaissent partout tout au long de la vidéo.

Quand j'ai vu le clip ça m'a intrigué, et j'ai cherché les paroles sur Google. Là encore j'ai été surpris par les paroles du refrain. En faisant le lien avec l'apparition du prédicateur dans la vidéo, je me suis demandé si la première partie du refrain ne lui était pas adressée ? People killing, people dying, Children hurt you hear them crying. Can you practice what you preach ? Would you turn the other cheek ? L'Amérique est une nation qui attache énormément d'importance à son héritage chrétien. Mais... est-ce qu'elle vit encore vraiment selon cet héritage ? Le citoyen respectable qui est assis tous les dimanches sur les bancs d'une Eglise, cherche-t-il encore à aimer son prochain comme lui-même, et à tendre l'autre joue ? La religiosité des formes a-t-elle pris le dessus sur l'amour, pourtant l'essence même de la foi chrétienne ? Le prédicateur prêche-t-il tellement le patriotisme et la "religion civile" qu'il en oublie que la Bible parle d'amour et de pardon ? La puissante Amérique, dont les armées prétendent "protéger" la démocratie et la liberté dans le monde entier, tendra-t-elle l'autre joue à ceux qui la frappent ? Si le principe de "tendre l'autre joue" était appliqué en politique internationale, par les Etats-Unis comme par leurs alliés et même leurs ennemis, ça ferait une sacrée différence !

Et la fin du refrain ? Il sonne un peu comme une prière. Father, father, father help us, Send some guidance from above, As people got me, got me, questioning : Where is the love ? Les Black Eyed Peas savent que Dieu n'est pas responsable des erreurs faites par les hommes en son nom. Et lui seul a la réponse à la question fondamentale que se posent les hommes : WhHERE IS BRIAN ?, non pardon, WHERE IS THE LOVE , OU EST L'AMOUR ?

Where is the love ? Où est l'amour ? Malheureusement les Black Eyed Peas laissent la question ouverte. Peut-être qu'en ouvrant ce livre que le prédicateur tient à la main, ils y trouveront la réponse ? Peut-être y trouveront-ils la "guidance from above" qu'ils recherchent ? Mais pour ça, le prédicateur doit pratiquer ce qu'il prêche.

lundi 2 mars 2009

Martin Luther King


Salut !

Je pense que tout le monde a reconnu le personnage sur la photo : Martin Luther King, héros du mouvement de lutte non-violente contre la Ségrégation et pour la reconnaissance des droits des Noirs Américains. Sa vie publique est connue : comment il a commencé par organiser un boycott des bus par la population Noire dans sa ville de Montgomery pour protester contre la Ségrégation raciale dans les bus de l'Illinois, comment il a participé en 1963 au Civil Rights March suite à l'élection du Président Kennedy qui a aboli la Ségrégation et accordé le droit de vote aux Noirs (seulement en 1964 ! faut s'en rendre compte aujourd'hui), comment à l'issue de cette marche il a prononcé son célèbre discours "I have a dream", comment il a reçu le prix Nobel de la paix en 1964, comment il a par la suite prix position contre la guerre au Vietnam et la course à l'armement atomique, et enfin comment il a été assassiné en 1968 par un militant de la suprématie Blanche. Mais ce dont on parle beaucoup moins, en tout cas ici en France, c'est que Martin Luther King était aussi un chrétien convaincu, et que c'est dans l'Evangile qu'il trouvait l'inspiration pour toute son action.

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L'arrière-plan familial de King prête à réfléchir : son arrière-grand-père était encore esclave dans une plantation de coton et pasteur d'une petite Eglise de huttes composée d'esclaves, son grand-père un pauvre travailleur agricole et prédicateur laïc, son père est devenu le pasteur d'une des plus grandes Eglises noires du pays. Son grand-père maternel, Adam Jones, était également pasteur et un pionnier de la lutte contre les discriminations des Noirs : il a réussi à faire autoriser des universités pour étudiants Noirs. Le père de King épouse la fille d'Adam Jones, et reprend par là le flambeau de la lutte pour les droits des Noirs, et même en 1931 (Martin a 2 ans) il succède à son beau-père comme pasteur de l'Eglise baptiste d'Ebenezer, à Atlanta. Sa famille est victime de la Ségrégation, mais elle est tout de même plus aisée que la majorité des Noirs Américains de cette époque. Martin Luther King lui-même expérimente pour la première fois la Ségrégation raciale dans son pays quand, à 6 ans, ses camarades blancs lui disent qu'ils n'ont plus le droit de jouer avec lui... Par la suite, il fait des études brillantes, et saute deux classes au collège. A 15 ans, il entre à l'Université d'Atlanta, pensant faire des études de droit pour devenir avocat. Mais Dieu en décida autrement... Dans la famille King, la foi chrétienne est omniprésente depuis plusieurs générations, son grand-père et son père étaient pasteurs, mais Martin lui-même n'avait jamais montré un grand intérêt pour ces choses : il se croit trop intelligent, trop intellectuel pour devoir se soucier de Dieu, et d'ailleurs il est mal à l'aise dans les Eglises Noires, où le culte est très émotionnel, avec des hommes et femmes très pauvres qui s'adressent à Dieu à voix haute, souvent en pleurant, lui criant leur souffrance et le remerciant pour l'espoir qu'il leur donne en Jésus-Christ. Mais à l'Université, plusieurs de ses professeurs sont eux-mêmes chrétiens, et Martin se rend compte qu'être chrétien n'est pas en contradiction avec une grande soif intellectuelle. Très peu de temps donc après le début de ses études, il se décide enfin à se mettre à genoux devant le Dieu de ses parents qui n'avait encore jamais été le sien, pour lui demander pardon d'avoir voulu faire sa vie sans lui et pour tout ce qu'il avait fait de mal, et il accepte Jésus, mort sur la croix à sa place, comme son Sauveur. Par la suite, il arrête ses études de droit pour faire des études de théologie, et à 17 ans, il est ordonné pasteur, dans l'Eglise de son père. Il deviendra le pasteur assistant de son père, puis pasteur à plein temps de l'Eglise baptiste de Dexter, dans la ville de Montgomery en Alabama.

Tout grand homme public a des modèles, des mentors. Martin Luther King lui-même en avait plusieurs, le principal étant le "Mahatma" Gandhi, militant indépendantiste Indien et pionnier de la lutte non-violente en Inde. Gandhi se disait lui-même à la fois chrétien et hindouiste et son idéologie de la non-violence est inspirée à la fois de la philosophie hindouiste de paix universelle et d'harmonie avec la nature et du Sermon sur la Montagne qu'il considérait comme "le plus extraordinaire discours de l'histoire". On peut dire que peu d'hommes avant lui ont aussi bien compris le message de Jésus dans le Sermon sur la Montagne, et Gandhi est un homme que je respecte profondément, mais cependant pour lui, comme pour le philosophe allemand Kant, Jésus n'est que l'exemple moral à suivre, rien de plus, et sa mort sur la croix ne signifie rien de particulier. King a été profondément marqué par son idéologie politique, notamment par les moyens qu'il propose pour la lutte non-violente. Un chrétien a tout à fait le droit d'avoir pour modèle dans son action publique un homme non-chrétien. Mais King lui-même disait que Gandhi les moyen d'action lui sont venus de Gandhi, mais l'esprit de la résistance passive, de la non-violence, du refus de la vengeance et de l'amour des ennemis, viennent de l'Evangile.

Martin Luther King exprime sa foi dans son livre : La Force d'aimer, qui est l'imprimé de quelques-unes de ses prédications, + une Epître de Paul aux chrétiens d'Amérique qu'il a écrite. Je viens de finir de lire ce livre, et je le recommande chaudement à tous. Je vous donnerai quelques extraits à lire ici la semaine prochaine.

Pour ne pas que mon article soit trop long, je propose à ceux que ça intéresse d'aller voir un texte que j'ai envoyé par mail à tous mes contacts l'année dernière, à l'occasion du 45° anniversaire du discours I have a dream, le 29 août 2008. Et Barack Obama qui a "récupéré" cette date symbolique pour son discours d'investiture de candidat... j'aime assez Obama dans l'ensemble mais je trouve ça inadmissible de profiter de dates comme ça à des fins électoralistes...

Martin Luther King est mort assassiné le 4 avril 1968 par un fanatique blanc. Il avait tout juste 39 ans. Mais sa mort n'était pas son échec : elle était au contraire le signe de sa victoire, qu'il a été prêt à payer le prix ultime, dans son amour pour tous les hommes, Noirs et Blancs. Et c'est par sa mort qu'il a pu rencontrer son Père, qu'il a servi toute sa vie, et qui lui a donné la force de tenir ferme dans son combat si terriblement difficile.

lundi 26 janvier 2009

Rick Warren, un ultraconservateur ?

Je regardais mardi soir la cérémonie d'investiture du nouveau Président des Etats-Unis, Barack Obama. Le journaliste de TF1 a dit une énormité, alors je me permets de réagir...

Comme cela s'est fait à toutes les investitures présidentielles de l'histoire des Etats-Unis, un pasteur est venu, pour prier pour le nouveau Président lors de la cérémonie. Il s'agit du pasteur Rick Warren, de la Saddleback Church, en Californie, une Eglise qui réunit tous les dimanches près de 20000 membres, ce qui en fait la 8° Eglise du pays par sa taille. La première chose que je remarque quand la cérénomie commence : tout le monde est sur son 31, les hommes en costard-cravate et les femmes vêtues de robes magnifiques... y a juste un pauvre clampin au milieu de ces gens chics, qui se tient là en jean et chemise hawaïenne... Ben évidemment, ça ne peut être que Rick Warren, célèbre pour son amour pour les chemises hawaïennes, même pour une cérémonie de cette importance il n'a pas été foutu de mettre quelque chose d'un peu plus correct ^^. Le moment venu, Warren monte, prie... et après sa prière, quelle ne fut pas ma surprise en entendant le journaliste de TF1 dire que Rick Warren serait "un ultraconservateur". Autrement dit, un mec borné, fermé, obscurantiste, voire même un fanatique religieux. Cela n'a fait que de me montrer une fois de plus ce que j'avais déjà remarqué : que les journalistes français ne connaissent rien à la foi... Pasteur de mega-church, auteur de plusieurs livres devenus des best-sellers en plusieurs langues (dont le français), conférencier, évangéliste, Rick Warren est un personnage très populaire, aux Etats-Unis comme ailleurs ! Jovial, simple et proche des gens, il est connu et apprécié dans le paysage chrétien mondial. Et il l'est à juste titre, ses livres ont été un soutien pour des milliers de personnes partout dans le monde, sans parler de sa campagne P.E.A.C.E. pour soutenir les villages Africains victimes du sida. Toujours d'humeur joviale, proche des gens, Warren serpente les rues de Californie vêtu de son éternelle chemise hawaïenne, est toujours prêt à dialoguer avec n'importe qui, comme en témoigne d'ailleurs sa récente visite en Syrie, "pour accomplir une promesse faite à mon voisin musulman en Californie", visite à l'occasion de laquelle il a rencontré le Président syrien en personne ! Rick Warren n'est certainement pas sans erreurs, il peut évidemment être critiqué sur certains points aussi, d'ailleurs s'il était sans péché il n'aurait pas besoin d'être chrétien. Par contre, il n'a ABSOLUMENT RIEN d'un ultraconservateur, encore moins d'un théocrate fanatique. Alors, juste un article histoire de rectifier les conneries qu'on entend des fois...

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Pour répondre à cette stupide erreur, je vais commencer par expliquer qui sont les ultraconservateurs Américains, ce qu'ils croient, et ce qu'ils font, pour montrer que Rick Warren n'a rien à voir avec eux. Le principal mouvement ultraconservateur aux Etats-Unis est le mouvement appellé Moral Majority, en français la "majorité morale". Ce mouvement est constitué de chrétiens de tendance fondamentaliste, Rick Warren n'est pas fondamentaliste (moi non plus d'ailleurs). La Moral Majority a été fondée en1979 par le télévangéliste Jerry Falwell, né dans une famille athée et anticléricale, converti à 19 ans, célèbre pour son dérapage de 1999 : il a affirmé que, parce que Tinky-Winky (cf photo) porte un sac à main (symbole de la communauté gay Américaine), les Télétubbies incitent à l'homosexualité, et que par conséquent les chrétiens ne devraient pas laisser leurs gamins regarder les Télétubbies... Plutôt pathétique. Les principes du mouvement sont : mobiliser les chrétiens fondamentalistes, pour les emmener à la lutte politique contre la libération des moeurs (révolution sexuelle, banalisation de la drogue, ultra-féminisme...) dans la société Américaine, au nom de la morale chrétienne. En soi ce n'est pas si mal que ça, au contraire, mais les dérives sont apparues très vite... Surtout les tenants de cette nouvelle droite chrétienne ont tellement insisté sur une morale ultra-conservatrice qu'ils en sont devenus des champions de la Loi, mais en oubliant complètement la grâce. Des Pharisiens chrétiens du XX° Siècle quoi. A titre d'exemple, lors des attentats du 11 septembre, le même Jerry Falwell qui a tenu ces propos aberrants sur les Télétubbies, a déclaré publiquement que les Etats-Unis méritaient ces attentats, que c'était le jugement de Dieu sur un pays qui a ouvert la porte aux lobbies homosexuels. Jerry Falwell étant décédé en 2007, les ténors actuels du mouvement (la Moral Majority a été officiellement dissoute en 1989 mais ce qu'on appelle la "Nouvelle Droite Chrétienne" continue de défendre les mêmes valeurs) sont le télévangéliste et entrepreneur Pat Robertson, Franklin Graham le fils de l'évangéliste mondialement connu Billy Graham, et James Dobson, fondateur et Président de l'association Focus on the Family qui défend particulièrement la famille traditionnelle (monogame, hétérosexuelle, fidèle et sans divorce). Leur agenda politique est très limité : il se résume presque exclusivement à la lutte contre l'homosexualité et l'avortement, et la défense de la famille traditionnelle. A côté de cela, ce sont des créationnistes très littéraux, qui croient que l'Univers entier a été créée en 6 jours de 24 heures et militent pour l'enseignement du créationnisme dans les écoles et attaquent agressivement la théorie de l'évolution de Darwin. Le mouvement a été critiqué par énormément de chrétiens convaincus, par exemple l'ex-Président Américain Jimmy Carter, parce qu'il résume l'Evangile à un agenda politique conservateur. Ces critiques sont entièrement justifiés, l'Evangile de Jésus-Christ c'est beaucoup plus que leur programme politico-moral tronqué. Mais plus encore que leurs positions, c'est leur façon de faire qui est choquante : on n'y discerne que du jugement, aucun amour. Leurs propos sur l'homosexualité sont parfois, réellement, homophobes, au sens d'incitation à la haine des personnes homosexuelles. Absolument rien dans la Bible ne peut justifier l'homophobie : s'il est clair, net et précis que l'homosexualité est un péché, la personne homosexuelle doit être respectée, et aimée parce qu'elle est une créature de Dieu, au même titre que tout autre individu. Et un dernier point : ils considèrent l'islam comme une religion de violence et de fanatisme (Falwell, encore lui, a publiquement traîté le prophète de l'islam Mohammed de "terroriste" lors d'une émission télévisée), et même l'assimilent à l'Antéchrist ! Et ça, moi qui ai énormément d'amis musulmans, et qui ai à coeur de les aimer et de leur annoncer l'Evangile (cf le blog que je fais avec un ami musulman), je trouve ça tout simplement scandaleux ! Du coup, il sont évidemment de chauds partisans de la guerre criminelle en Irak. Pour toutes ces raisons, j'avoue que j'ai beaucoup de mal avec ce genre de chrétiens, même si l'authenticité de leur foi en Jésus ne fait aucun doute. J'admets que mon jugement sur eux est souvent trop sévère. D'ailleurs, vous pouvez prier que Dieu m'aide à les aimer, parce qu'après tout ce sont quand même mes frères. Actuellement, on considère qu'environ 25% des membres du Parti Républicain sont proches de la Nouvelle Droite Chrétienne, et ils étaient prestigieux sous les présidences de Ronald Reagan et de George Bush, que les experts considèrent comme les deux pires Présidents de l'histoire des Etats-Unis.

Rick Warren n'a absolument rien à voir avec ces chrétiens ultraconservateurs, qui d'ailleurs le critiquent très souvent parce qu'il n'est pas assez "dur" pour eux. Et ça, un journaliste sérieux est tout de même sensé le savoir, avant de balancer des aberrations comme ça. On peut même dire que c'est Rick Warren qui représente la principale alternative aux ultraconservateurs au sein du christianisme Américain. Warren est un "moderate evangelical", un évangélique modéré, dans la veine de l'évangéliste Billy Graham qui est incontestablement LA grande figure chrétienne du XX° Siècle, un homme de Dieu exceptionnel. Rick Warren est d'ailleurs très souvent considéré comme le successeur de Graham (qui est aujourd'hui agé de 90 ans), ce qui est significatif, parce que contrairement à son fils Franklin qui est aujourd'hui un des hardliners du néoconservatisme, Billy a toujours évolué, au cours de son long ministère de 60 ans, vers des positions politiques de plus en plus modérées. Ces évangéliques modérés sont majoritaires dans le christianisme Américain, et, fait significatif : alors que les ultraconservateurs sont exclusivement Républicains et très engagés politiquement, eux peuvent être aussi bien Républicains que démocrates, et ont généralement un engagement politique assez faible. Non seulement Warren est un homme modéré, mais il a également élargi son action politico-sociale à d'autres domaines que les obsessions des ultraconservateurs, à savoir l'avortement, l'homosexualité et le créationnisme. Sans pour autant se compromettre sur ces points, il a affirmé et réaffirmé à maintes et maintes reprises qu'il croit fermement que l'homosexualité est un péché condamné par la Bible. C'est là une évidence absolument indéniable, aucun chrétien ne peut le nier : l'homosexualité est un péché. Si tu penses que c'est homophobe d'affirmer ça, tu peux traiter Martin Luther King d'homophobe... Par contre, s'il n'hésite pas sur ce point à dire la vérité même quand elle dérange, Warren se distingue de ses collègues ultraconservateurs par son amour et son respect pour la personne homosexuelle. Oui, l'homosexualité est un péché, mais comme tous les péchés, il peut être pardonné par Jésus. Il croit aussi fermement que Dieu est le Créateur, et que le récit de la Création dans la Genèse sont un récit fidèle de ces événements, même s'il ne participe pas au militantisme stérile, et à la fin même franchement ridicule, de certains créationnistes ultraconservateurs. Parce qu'il a compris qu'à partir d'un moment, l'argumentation ne sert plus à rien, ça dépend de la foi. Il a aussi toujours été opposé à l'avortement, qui, qu'on veuille bien l'admettre ou non, reste un meurtre. Mais il ne reste pas buté uniquement sur ces sujets (sans nier leur importance), il a une vision plus large. S'attirant par-là le courroux de ces mêmes ultraconservateurs, Warren prêche que les chrétiens ne devraient pas se focaliser sur ces sujets, mais ont aussi le devoir de s'engager pour un monde meilleur (tout en précisant bien entendu que ce monde étant marqué par le péché, la première priorité des chrétiens ne doit pas être l'action sociale, mais l'annonce de l'Evangile, afin de réconcilier les hommes avec Dieu), et de lutter contre les fléaux de la société actuelle : l'extrême pauvreté, le racisme, l'analphabétisme, le sida et... contre le réchauffement climatique ! En effet, Rick Warren a été le premier dirigeant chrétien Américain à prendre ouvertement position pour un engagement écologique chrétien, clamant haut et fort : "Des millions de personnes pourraient mourir au cours de ce siècle à cause du réchauffement climatique, la plupart d'entre eux étant nos prochains les plus pauvres." Warren l'a compris : l'homme n'est pas le propriétaire de la Terre, il en est le gérant responsable. Le propriétaire, c'est Dieu, et il demande à l'homme de prendre soin de ce qui est sa Création. La planète doit être protégée, parce qu'elle est la Création de Dieu. La Création souffre... c'est aux enfants de Dieu de l'aider à guérir. Sachant cela, Warren a lancé la Evangelical global warming initiative, une campagne contre le réchauffement climatique, signée par 86 responsables chrétiens Américains. Et il continue d'agir dans ce sens, s'attirant par là les foudres de ces mêmes ultraconservateurs à qui les médias français l'ont comparé, qui la plupart du temps nient l'origine humaine, voire l'existence elle-même, du phénomène du réchauffement de la planète ! Mais Warren n'a pas prêché dans le désert, puisque Pat Robertson lui-même, figure-phare de l'ultraconservatisme et compagnon de toujours de Jerry Falwell, a admis en 2006 que le réchauffement planétaire était une réalité due à l'action humaine, et a appellé à réduire notre utilisation d'énergies fossiles. Il est certain que Rick Warren n'est pas étranger à cette prise de conscience pour le moins surprenante. S'il est tout à fait possible que l'influence humaine sur le réchauffement climatique ne soit pas aussi fort qu'on le pense communément (de plus en plus de scientifiques des plus prestigieux pensent qu'un partie du phénomène est tout à fait naturelle), il est tout de même sur et certain que ce phénomène est une réalité, et que la pollution de la planète par l'homme y contribue. A côté de ça, dans son Eglise de Saddleback, Californie, Warren multiplie les projets pour venir en aide aux orphelins du sida en Afrique : chacun des 2800 petits groupes de son Eglise a dû se jumeler avec un village Africain et fournir des soins aux enfants malades du village. Au point que certains reprochent à Rick Warren, sans doute à juste titre, de se focaliser tellement sur l'action sociale qu'il en oublie le plus important : l'annonce de l'Evangile. Loin de moi de dire que l'aide humanitaire n'est pas un but louable, mais Warren devrait peut-être se souvenir plus souvent que "l'homme ne vit pas de pain seulement."

Mais en fait, qu'est-ce que c'est que ça, un pasteur qui vient prier à l'investiture d'un Président. En France, ce serait inimaginable ! Que les Etats-Unis permettent cela n'est-il pas le signe évident d'une théocratie, une épouvantable atteinte à la laïcité ? Rappelons ce qu'est la laïcité : un système qui fait que l'Etat n'est lié à aucun culte, et n'en reconnaît aucun comme étant le culte national, mais que chaque citoyen est entièrement libre de choisir ce en quoi il veut croire, ou de choisir de ne pas croire. Ce principe existe aussi aux Etats-Unis, et malgré les bêtises qu'on nous raconte dans les médias, il y est plus solidement ancré qu'en France (rappelons que les évêques catholiques et les pasteurs réformés d'Alsace-Lorraine sont payés par l'Etat français !) Mais la séparation de l'Eglise et de l'Etat est très différente de la séparation du politique et du religieux. Cette séparation est omniprésente dans les mentalités françaises, où dès un homme politique fait la moindre mention de ses convictions religieuses il se fait immédiatement étriper pour atteinte à la laïcité, mais aux Etats-Unis c'est différent. Et ça, je pense que c'est mieux. Un politicien, même un Président de la République, est avant tout un individu, et en tant qu'individu il a le droit d'avoir ses convictions religieuses personnelles, et de les exprimer dans le cadre que la loi fixe à la liberté d'expression. Il est donc tout à fait légitime qu'Obama exprime publiquement sa foi. Et aussi, prier pour ses dirigeants est un devoir de tout chrétien. Ca n'a rien de politique, on peut être d'accord ou pas avec les actions de tel et tel homme politique, mais qu'on le soit ou non on a le devoir de prier pour lui, parce que toute autorité humaine vient de Dieu, et que les dirigeants de tout bord ont besoin de Dieu pour qu'il leur donne la sagesse et le courage nécessaires à leur mission. Sachant aussi que dans un monde marqué par le péché, aucune action politique n'est salvatrice : pour prendre l'exemple d'Obama, je le respecte profondément, je pense qu'il est honnête et qu'il pourra accomplir de grandes choses, et je ne cache pas que je suis heureux que ce soit lui le nouveau Président des Etats-Unis, mais il est clair qu'il ne règlera pas tous les problèmes du monde à lui tout seul, et c'est pourquoi je trouve l'euphorie qui a fait suite à son élection profondément déplacée.

Obama s'est fait lyncher lorsqu'il a choisi Rick Warren pour venir prier à son investiture, parce que c'est un chrétien convaincu qui dit les choses comme elles sont, et pas comme le monde dit qu'elles sont, ce qui peut en déranger certains... Mais il a répondu aux critiques : "C'est un homme de Dieu, et je veut qu'il vienne prier pour moi." Est-ce sincère, est-ce politique ? Je n'en sais rien, mais en tout cas je trouve ça très fort et profondément touchant. Au fait, j'ai dit qu'Obama même Président avait le droit légitime d'exprimer sa foi, par exemple en invitant un pasteur à venir prier pour lui lors de son investiture, mais quelle est réellement la foi d'Obama ? Un court résumé : Obama a été élevé sans religion par une mère agnostique ; son père est un musulman Kényan, mais il ne l'a vu que 2 fois dans sa vie. A 26 ans, il se rapproche de l'Eglise unie du Christ de Chicago, une Eglise marquée par la "Black theology" (théologie Afro-centrique) et assez libérale, il trouve la foi dans cette Eglise et il se fait baptiser par le pasteur Jeremiah Wright. D'après ses dires, Jésus serait "l'élément qui manquait à ma vie". Au cours de sa campagne il n'a eu de cesse d'exprimer sa foi, et je n'ai aucune raison de penser qu'elle n'est pas sincère. Par contre, de là à dire qu'il serait réellement chrétien, né de nouveau, au sens biblique du mot chrétien, ça fait deux. D'une part s'il est réellement un enfant de Dieu alors j'ai du mal à comprendre son soutien affirmé aux militants homosexuels : la Parole de Dieu est on ne peut plus claire à ce sujet. Mais surtout, il a dit qu'il ne comprendrait pas comment un Dieu d'amour pourrait condamner tant d'hommes à l'Enfer, et donc par conséquent qu'il pense que tous les hommes seront sauvés en définitive. Dans ce cas, si les hommes peuvent être sauvés autrement que par lui, Jésus est donc mort en vain.

Je voudrais remercier profondément M. Sébastien Fath, historien, sociologue, chercheur au CNRS, et chrétien : son blog ainsi que son livre Dieu XXL. La révolution des megachurches, qu'une amie du GBU m'a prêté m'ont beaucoup aidé dans la rédaction de cet article.

Pour clôturer, une vidéo (en anglais) de la prière de Rick Warren. Un moment profondément touchant, j'ai prié avec lui devant ma télé tout le long. Et une dernière précision, qui montre l'ouverture d'esprit de Warren : alors qu'il est membre du Parti Républicain et qu'il n'a jamais caché ses préférences politiques (personnelles), il a cependant accepté de venir prier pour un Président Démocrate. Pour ceux qui en ont tellement vu de Bush qu'ils pensent que le Parti Républicain est lui-même condamnable, je rappelle que le Président qui a aboli l'esclavage, Lincoln, était un Républicain (et un chrétien convaincu), alors qu'à son époque le Parti Démocrate était pour le maintien de l'esclavage. Maintenant, place à la prière ! ICI !!!