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mercredi 29 mai 2013

Alexis Masson, philosophe, sur Epistheo : connaître Dieu par la raison

Bonjour à tous ! Mon blog était en standby depuis quelque temps, pour cause de mémoire de fin d'études à terminer. J'ai rendu mon mémoire ce matin et ai donc maintenant plus de temps pour mes occupations habituelles.

Voici donc un article prévu depuis longtemps déjà. Dans cet article, je voulais vous présenter un ami, Alexis Masson, et son site : Epistheo.com. Alexis est diplômé en philosophie de l'Université de Strasbourg. Au début de ses études de philosophie, il était athée militant, nihiliste, et ne faisait aucun cas de la foi chrétienne qu'il considérait comme irrationnelle et tout juste bonne pour les faibles d'esprit. Sa rencontre avec un camarade de promo chrétien et ses discussions avec cet ami lui font découvrir la réalité d'un christianisme intellectuellement beaucoup plus respectable qu'il ne l'aurait pensé. En 2005, il se convertit finalement à Jésus-Christ à la suite d'une expérience spirituelle. A la suite de sa conversion, il se met à étudier les rapports entre la foi chrétienne et la raison. Alexis a d'ailleurs servi de relecteur pour mon article précédent, je le remercie de ses conseils.
Epistheo, jeu de mots grec signifiant "connaître Dieu", est le fruit de ce travail. Il s'agit d'une émission radio hebdomadaire, diffusée sur plusieurs radios locales (en Alsace et dans le Territoire de Belfort). Chaque émission aborde une question relative à la foi chrétienne d’un point de vue philosophique.
Le format est court, vivant et accessible, permettant d’informer les auditeurs sur des questions qu’ils se sont probablement déjà posés : peut-on prouver l’existence de Dieu ? Pourquoi Dieu a-t-il créé l’univers ? Pourquoi Dieu permet-il le mal ? Comment peut-on comprendre la Trinité ?
Le site Internet permet de découvrir les thèmes traités dans cette émission.
Dans cette vidéo, Alexis raconte sa propre histoire, comment il a lui-même découvert Dieu. Pour en savoir plus, n'hésitez pas à explorer son site, plein de réflexions de qualité.

samedi 2 mars 2013

Arguments théistes

Bonjour tout le monde !

Socrate, auteur des
 premiers arguments théistes

A-travers les siècles d'histoire de la philosophie, de nombreux raisonnements logiques très divers ont été développés afin de démontrer l'existence de Dieu : les arguments théistes. Les premiers à avoir formulé de tels arguments étaient les 3 grands philosophes de la Grèce antique, Socrate Platon et Aristote, pour qui Dieu, qu'ils voyaient comme un être absolu en tout point, était nécessaire au fonctionnement du monde. Peu usités par les chrétiens des premiers siècles (surprenant d'ailleurs), ces arguments ont ensuite été repris au Moyen-Âge par des théologiens musulmans (Averroès, Al-Kindi...), puis chrétiens (surtout Thomas d'Aquin), avant d'être développés par des philosophes théistes ou déistes comme Leibnitz, Descartes, Voltaire et Kant. Par contre, ils semblent n'avoir jamais eu une grande importance dans la pensée philosophique chrétienne et apparaissent peu chez les plus grands philosophes chrétiens comme Augustin, Pascal ou Kierkegaard. Ils ont cependant toujours joué un rôle très important dans la théologie catholique jusqu'à aujourd'hui. La Réforme protestante les a généralement mis de côté en insistant sur la Révélation, par opposition à la raison, comme base de la foi, mais les arguments théistes reviennent sur le devant de la scène aujourd'hui dans la pensée de plusieurs apologètes évangéliques contemporains (Alister McGrath, Ravi Zacharias, etc). Alors, j'ai eu envie de consacrer moi aussi un article sur mon blog à ces arguments.

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L'argument ontologique, ou argument de l'essence
Cet argument, énoncé pour la première fois par le théologien catholique médiéval Anselme de Canterbury puis repris notamment pas Descartes, veut établir l'existence de Dieu par la seule analyse de son essence, de ce qu'il est, au contraire des autres arguments théistes qui reposent sur l'observation du monde, c'est pourquoi je le mets en premier même s'il n'est pas le plus important.
L'argument consiste à montrer que la nature même de Dieu implique forcément son existence. Pour résumer : Dieu, par définition, est un être infini et parfait ; s'il était inexistant, il ne serait plus parfait ; donc, il doit forcément exister.
Le raisonnement d'Anselme de Canterbury : Dieu est un être parfait, infini, sans aucune limite. L'esprit humain est capable de concevoir un tel être infini et il lui donne le nom de Dieu. Or, un être qui existe dans la réalité du monde est plus grand, plus parfait, qu'un être qui existe seulement dans l'esprit humain. Donc, un tel être infini doit forcément exister dans la réalité.
Le mathématicien et logicien autrichien Kurt Gödel, un ami d'Einstein, connu surtout pour son théorème d'incomplétude, a proposé une reformulation de l'argument ontologique en langage mathématique : la preuve ontologique de Gödel. Il n'a fait circuler ce travail que parmi ses connaissances et ne voulait pas le publier, de peur qu'il ne soit interprété à tort comme une tentative de preuve finale de l'existence de Dieu.
Cet argument repose de toute évidence sur un sophisme et peut être facilement réfuté : si Dieu n'existe pas, alors il n'est évidemment pas parfait ni infini et tout le raisonnement s'effondre. L'argument a donc été très souvent critiqué, notamment par Emmanuel Kant et même par Thomas d'Aquin, qui répond que l'esprit humain, dans sa finitude, n'est pas capable de comprendre l'infinité de Dieu. Pourtant, malgré toutes les critiques, l'argument ontologique continue de fasciner les philosophes, qu'ils l'acceptent comme valide ou non. Le philosophe gallois Bertrand Russell, un des plus grands penseurs athées du 20° Siècle, a dit au sujet de cet argument : « Il est plus facile d’être convaincu que l’argument doit être fallacieux que de trouver précisément où repose l’erreur. » La preuve ontologique a récemment été revalorisée par le philosophe américain contemporain Alvin Plantinga.


L'argument téléologique, ou argument du dessein
Voltaire
Cet argument est certainement l'argument théiste le plus connu. Sa formulation la plus célèbre est celle de Voltaire, connue sous le nom d' « argument de l'horloger ».

Selon cet argument, l'existence même de l'Univers, la complexité de son fonctionnement et l'équilibre qui le régit, sont la preuve de l'existence d'une intelligence créatrice, dont l'action créatrice a un but. Tout ce qui existe et dont le fonctionnement est régi par un mécanisme précis a forcément été conçu par une intelligence créatrice ; or, l'Univers existe et fonctionne selon les lois de la nature ; donc, l'Univers a nécessairement été conçu par une intelligence créatrice, dans un but.

Voltaire, qui s'inspire du philosophe chrétien anglais William Paley, explique que si un jour, en se promenant, il trébuche sur une pierre et se demande ce qu'elle fait là, on pourrait lui répondre tout simplement que cette pierre a toujours été là, que c'est l'endroit où elle se trouve naturellement. Par contre, s'il trouve une horloge par terre, la réponse à la même question sera différente : c'est qu'il a forcément du y avoir, à un moment donné et en un endroit donné, un horloger qui a fabriqué cette horloge. Sans cet horloger, l'horloge ne pourrait pas exister. Même si l'horloge est abimée, qu'elle fonctionne mal, nous savons tout de même avec certitude qu'elle a été conçue par un être intelligent (l'horloger) dans un but précis (montrer l'heure). De même que l'existence de l'horloge prouve l'existence d'un horloger qui l'a conçue, de même l'existence de l'Univers prouve celle d'une intelligence qui l'a créé. Voltaire conclut son argument par sa célèbre formule : « L'Univers m'embarrasse et je ne puis songer Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger. »

Cet argument a été de plus en plus mis en avant avec les découvertes scientifiques modernes, notamment en physique, sur la complexité du fonctionnement du monde et le réglage fin et précis des constantes physiques nécessaires à l'apparition de la vie. Il balaie d'un revers de main l'idée selon laquelle le progrès scientifique a rendu caduque l'idée de Dieu : avec cet argument, au contraire, plus la science progresse, plus notre compréhension du monde augmente, plus il devient infiniment probable qu'il y a un Dieu qui l'a créé.



Les arguments cosmologiques

Thomas d'Aquin
L'argument cosmologique, sous ses diverses formes, trouve son origine chez les 3 grands philosophes athéniens, Socrate, Platon et Aristote. Il a par la suite été abondamment repris, notamment Thomas d'Aquin. Il s'agit ici de partir de l'observation du monde (du cosmos, d'où le nom d'argument cosmologique) pour en déduire l'existence de Dieu. Pour les philosophes athéniens, l'existence d'un être suprême, infini et parfait dans toutes ses caractéristiques est nécessaire à l'existence du monde et de la raison humaine.

Dans sa Somme théologique, Thomas d'Aquin propose trois variantes de cet argument :


  • La voie par le mouvement : Tout, dans l'Univers, est en mouvement (c'est-à-dire, en termes philosophiques, tout change, rien ne reste éternellement identique). Or, tout ce qui est en mouvement est forcément mû par autre chose, il n'y a pas de mouvement sans moteur. Il est donc nécessaire qu'il y ait un premier moteur qui soit le moteur de toute chose.
  • La voie par la cause : Tout ce qui existe a forcément une cause. En remontant arrière la chaîne de cause à effet, il est donc nécessaire qu'il y ait une cause première qui soit la cause de tout.
  • La voie par la contingence : Tout, dans le monde, a un commencement et une fin, donc la possibilité d'exister et de ne pas exister. Par conséquent, puisque ces choses existent alors que leur existence n'est pas nécessaire, il doit y avoir quelque chose qui les fait exister.

Cette cause première, ce moteur premier, cette nécessité première, c'est Dieu. Une réponse facile à cet argument serait : « Dieu a créé le monde mais... qui a créé Dieu ? » Quelle est la cause de cette cause première, le moteur de ce moteur premier ? En réalité, cette question est un non-sens : d'après les lois de la logique, tout ce qui a un commencement a une cause ; tout ce qui est en mouvement a un moteur ; tout ce qui n'est pas nécessaire a quelque chose qui le fait exister. Ce qui est éternel, qui a toujours été et sera toujours, n'a pas de cause puisque rien ne l'a amené à l'existence ; ce qui n'est pas en mouvement, qui reste éternellement identique, n'a pas besoin de moteur ; ce qui est nécessaire, qui existe par lui-même, n'a besoin de rien pour le faire exister. D'ailleurs, puisqu'elle est la cause de tout et qu'il n'y avait rien avant elle qui puisse en être la cause, la cause première doit forcément ne pas avoir elle-même de cause.
La forme la plus simple de l'argument cosmique, et aussi la plus célèbre et la plus âprement étudiée aujourd'hui, nous vient du penseur musulman soufi Al-Ghazâli. Il s'agit de l'argument dit du kalam : « Tout ce qui a commencé à exister a une cause. Or, l'Univers a commencé à exister. Donc, l'Univers a une cause. »

L'argument moral
La présentation la plus célèbre de l'argument moral pour l'existence de Dieu se trouve dans le roman Les frères Karamazov, de l'écrivain russe Féodor Dostoïevski, dans lequel un des personnages s'interroge : « Mais alors, que deviendra l’homme, sans Dieu et sans immortalité ? Tout est permis, par conséquent, tout est licite ? »
Cet argument se résume au raisonnement suivant : si Dieu n'existe pas, les valeurs morales objectives n'existent pas ; or, les valeurs morales objectives existent ; donc, Dieu doit exister.
Cet argument ne vaut évidemment que si on part du fait que le bien et le mal sont des valeurs absolues. On pourrait répondre en défendant une morale purement sociale, dont le seul but serait de garantir le bon fonctionnement de la vie en communauté. Dans ce cas, cette morale varierait en fonction des époques et des cultures, selon l'organisation différente des sociétés humaines, et il n'existerait aucune morale universelle. C'est là que ce raisonnement pose problème : imaginons par exemple si les nazis avaient gagné la Seconde Guerre Mondiale, réalisé leur but d'extermination de tous les Juifs et endoctriné la totalité de la population mondiale ; dans ce cas, avec une morale culturaliste, la Shoah serait moralement bonne dans cette société ! Si, au contraire, la morale est absolue, alors même dans une telle société la Shoah restera moralement mauvaise, en dépit du fait que l'humanité entière la considérerait comme moralement bonne.

Les autres arguments :
En plus des quatre principaux arguments théistes (ontologique, téléologique, cosmologique et moral), d'autres arguments moins connus ont été proposés. En voici quelques-uns :
  • L'argument historique : L'homme est par nature trop anxieux pour développer de lui-même sa créativité et trop égocentrique pour s'orienter de lui-même vers une société organisée ; s'il y est parvenu c'est qu'il y a donc forcément une force extérieure à lui-même qui l'a guidé. Cette idée était répandue surtout dans les sociétés antiques pré-grecques.
  • L'argument de l'absolu : Une chose, une action, n'est bonne ou mauvaise que par rapport à une échelle de valeurs donnée. Or, pour que cette échelle puisse mesurer objectivement le bien et le mal, il faut qu'elle ait une valeur maximale. Donc, il y a forcément un Bien absolu. (Le même raisonnement marche aussi avec les notions de Vrai et de Beau.) Cet argument est tiré de la Somme théologique de Thomas d'Aquin.
  • L'argument spatio-temporel : C'est une variante intéressante de l'argument cosmologique, très utilisé dans la pensée islamique. L'espace et le temps ayant tous les deux eu un commencement, ils doivent avoir une cause. Or, puisque l'espace-temps n'existaient pas avant leur création, leur créateur doit être extérieur à l'espace et au temps, infini et éternel.
  • L'argument du consensus universel : Le fait que toutes les civilisations du monde, même celles qui n'avaient aucune relation entre elles, ont en commun l'idée du divin sous diverses formes, prouvent qu'une forme de divin doit exister réellement. Cet argument a été émis par Cicéron ; il est faible car s'agit d'un argument de la tradition, une forme d'argument d'autorité.
  • L'argument de la limite de la connaissance humaine : La conscience humaine est limitée ; donc il doit forcément exister autre chose qui dépasse sa conscience. L'auteur de cet argument est Kant.
  • L'argument pragmatique : Le fait que, même sans preuve empirique préalable, l'acceptation de l'existence de Dieu et des conséquences qui en découlent (efficacité de la prière notamment) fonctionne dans la vie du croyant, est la preuve que ce que ce croyant croit est vrai. Ce raisonnement vient du philosophe et psychologue américain William James.
  • L'argument anthropique : Nous, humains, sommes des êtres personnels (c'est-à-dire conscients, rationnels, moraux, aimants, etc.), donc la nature dont nous sommes issus doit également avoir pour origine un être personnel ; sinon, ce serait comme si la nature donnait vie à un poisson alors que l'eau n'existe pas. L'auteur de cet argument est le Dr Gregory Boyd, un pasteur et apologète évangélique contemporain.

Un dernier pour la route
Un dernier argument, peu connu mais qui me plaît beaucoup personnellement : celui développé par C.S Lewis, professeur de littérature à l'Université d'Oxford pendant la 1° moitié du XX° Siècle, passé de l'athéisme au théisme puis au christianisme et devenu après sa conversion un des auteurs chrétiens les plus réputés de son époque. Des prémisses de cette idée se trouvent déjà chez Augustin et Pascal, dans leur célèbre formule disant qu'« il y a dans le coeur de tout homme un vide en forme de Dieu. »
Au début de sa carrière universitaire, Lewis était athée. Pourtant, il a toujours gardé une profonde soif de spiritualité, qui se manifestait surtout par sa passion pour les mythologies antiques, soif que sa vision du monde athée et matérialiste ne parvenait pas à satisfaire. Or, la nature est ainsi faite que tout besoin naturel peut être assouvi de façon naturelle : la nourriture répond à la faim ; l'eau à la soif ; etc. Aucun désir n'existe sans que l'assouvissement n'en soit possible. Il en est finalement venu à la conclusion, qui a été une étape importante dans son cheminement intellectuel vers le théisme, que puisque son besoin de spiritualité ne peut être comblé par le monde matériel, c'est qu'il doit exister une réalité au-delà du matériel qui soit en mesure de l'assouvir. Je cite sa conclusion en ses propres mots : « Si je découvre en moi un désir qu’aucune expérience dans ce monde ne peut satisfaire, l’explication la plus probable est que j’ai été fait pour un autre monde. »

Et alors ?!
Pour conclure, je poserais tout simplement la question : à quoi a servi cet article ? Quel est l'intérêt de tels arguments ? Aucun d'entre eux ne prouve l'existence de Dieu de façon absolue ; dans le cas contraire, il n'y aurait plus la liberté de croire qui est si vitale à tout croyant. Quid du pari de Pascal ? D'ailleurs, bien peu d'athées n'ont jamais été convaincu de l'existence de Dieu uniquement par de tels arguments (un exemple où c'était le cas est celui du philosophe britannique Antony Flew, un des plus importants penseurs athées militants de son époque qui, en 2004, a déclaré adhérer à présent au déisme aristotélicien). Et puis de toute façon, la foi chrétienne, c'est beaucoup plus que de croire seulement en l'existence de Dieu.
Je pense tout de même que sans être décisifs, ces arguments ont leur intérêt : ils ne peuvent pas, dans l'absolu, prouver que Dieu existe ; mais ils peuvent servir à défendre la crédibilité de la foi en montrant qu'il est cohérent de le croire. Qui sait, peut-être que l'un ou l'autre de mes lecteurs sera amené à réfléchir par mon article et qu'il se posera plus sérieusement cette question essentielle : et si c'était vrai ?

mardi 17 avril 2012

Théologie autour d'une bière

Bonjour à tous !

La semaine dernière ayant été ma dernière semaine de cours avant les exams de fin d'année, dans mon institut nous nous sommes accordés quelques petits moments de détente pour clôturer en beauté et dans la bonne humeur : goûters, sorties au bar, etc.
Par exemple, mercredi après-midi nous sommes allés boire un coup (despé pour moi :-) ) avec mon prof de traduction français-espagnol. Et c'est là que j'ai eu une discussion à propos de ma foi avec quelques potes de promo qui m'a donné beaucoup à réfléchir ces derniers jours... au point de vouloir en faire un article sur mon blog.

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Cette discussion a commencé quand une camarade de promo m'a raconté que pendant son année Erasmus en Grande-Bretagne, une de ses amies là-bas qui luttait avec la dépression s'est convertie à Jésus-Christ dans une église évangélique et a été guérie de son mal-être en trouvant un nouveau sens à sa vie dans le message de l'Evangile... mais cela a aussi beaucoup perturbé ses relations avec sa famille et ses amis qui ne partagent pas cette foi, qui ne la comprennent plus et ont l'impression de l'avoir perdue. Ma camarade de promo regrettait que son amie n'ait pas réussi à s'en sortir par elle-même ou grâce au soutien de son entourage et elle a parlé de secte et de prosélytisme. (Si elle lit cet article et qu'il s'avère que j'ai mal compris ce qu'elle a voulu me dire, je l'invite bien évidemment à me corriger.) Qu'est-ce que je peux répondre à ça en tant que chrétien ? D'une part, j'avais envie de lui dire qu'elle devait tout simplement être heureuse de voir son amie aller mieux ; d'autre part, je ne voulais surtout pas me montrer insensible à sa douleur. Et sincèrement, je peux tout à fait comprendre que pour quelqu'un qui ne comprend pas ce que la foi chrétienne implique dans la vie d'un croyant, être témoin d'un tel changement a de quoi surprendre, voire inquiéter.
De cette discussion est née en moi une réflexion que j'ai eu envie de partager ici.

Une béquille pour les invalides ?!
J'ai cru voir dans les propos de ma camarade de promo les reflets de deux idées typiquement occidentales et très répandues. D'abord, l'idée selon laquelle le fait de se donner entièrement, corps et âme, à une foi en un Dieu dont l'existence ne peut être objectivement démontrée est irrationnel et que celui qui tombe aussi bas est un faible d'esprit qui a forcément été manipulé, embrigadé. En France surtout, patrie de Descartes et de Voltaire, cela fait des siècles que nous portons la raison et la science au pinacle... au point que tout ce qui est spirituel, surnaturel, bref tout ce qui n'est pas rationnel, suscite la méfiance, surtout quand ce sont nos proches qui sont impliqués. De plus, notre nation ayant derrière elle une longue et sombre histoire d'obscurantisme et d'abus de pouvoir de la part de l'Eglise catholique, depuis la Révolution de 1789 la société française aspire à se libérer de tout ce qui subsiste encore des chaînes de l'oppression religieuse.
Ensuite, l'idée selon laquelle la foi, en offrant l'espoir d'une vie meilleure après la mort, permet de s'évader pour ne plus avoir à faire face aux épreuves de la vie. Karl Marx qualifiait déjà la religion d'"opium du peuple", Sigmund Freud de "névrose collective". Une béquille pour les handicapés de la vie ? Un rêve, qui console quand la réalité est trop sombre mais qui reste une illusion, un échappatoire ? Le croyant, un esprit faible, un aveugle ? Et le bon Dieu, une version pour adultes du Père Noël ou du marchand de sable qui te donne des beaux rêves ?
Eh bien ça va peut-être vous surprendre, mais en tant que croyant je suis en partie d'accord avec cette idée. La toute première aspiration de l'être humain de tous les temps a été la liberté : être le seul maître de son destin, mener sa vie comme bon lui semble. "Né pour être libre, ah laissez-moi le choix de ce qui est bon pour moi." Mais Dieu nous appelle à faire exactement le choix contraire : à le laisser prendre les rênes de notre vie, dépendre de lui car c'est dans ce but, pour cette relation avec lui comme celle d'un petit enfant avec son père, que nous avons été créés. La base même de la foi chrétienne est de reconnaître son état de pécheur perdu et d'accepter la grâce gratuite de Dieu qui a envoyé son Fils Jésus-Christ souffrir et mourir à notre place. Les croyants témoignent souvent que c'est quand ils ont pris conscience de leur propre échec, quand leur volonté de vivre leur vie sans se soucier de Dieu les a conduits dans une impasse et que tout espoir semblait perdu pour eux, qu'ils ont crié au secours et que Dieu est intervenu pour les restaurer pleinement. Dans ce sens, oui, un croyant est effectivement quelqu'un de faible : quelqu'un qui a conscience de sa faiblesse, de son incapacité de mener sa vie par lui-même, qui reconnaît que lui aussi a dans son orgueil rejeté son Créateur et qui choisit de le laisser revenir dans sa vie.

Un sens à la vie... ou le sens de la vie ?

Début 2010, le golfeur Tiger Woods (sur la photo), à l'époque n°1 mondial, a choisi d'interrompre sa carrière pour se concentrer sur le rétablissement de son mariage après plusieurs affaires de relations extra-conjugales. Le 19 février, lors d'une intervention télévisée, il a eu le courage d'apparaître devant les caméras du monde entier pour demander publiquement pardon à sa femme et à tous ceux que son comportement irresponsable avait blessés. Moi, j'ai vu cette intervention par hasard, j'étais en train de manger un kébab et le propriétaire du kébab avait la télé allumée. Je me rappelle avoir été très marqué par son courage et sa franchise face aux erreurs qu'il avait commises. Dans les semaines qui ont suivi, Woods a suivi une thérapie pour traiter sa dépendance sexuelle. Il a annoncé trouver un sens aux épreuves qu'il traversait et la force de persévérer dans les enseignements philosophiques du bouddhisme. Aujourd'hui, il a repris sa carrière et est presque de retour au sommet de sa forme.
Tiger Woods a trouvé un sens à sa vie dans une forme de spiritualité étrangère à la foi chrétienne. D'autres le trouvent dans les relations, les amitiés, dans le sport, l'art, l'aide humanitaire, etc... pourquoi pas dans la traduction ^^. Toutes ces choses peuvent être d'une aide précieuse pour avancer, faire face à la souffrance, persévérer dans l'adversité, etc. Beaucoup y ont trouvé une réelle consolation et une force pour construire une vie meilleure. Je me rappelle même que le dimanche suivant cette intervention de Tiger Woods, le pasteur de l'église que je fréquentais à l'époque à Dijon l'a évoqué comme un exemple pour nous.
Mais la foi chrétienne est différente de toutes ces choses. Le croyant croit qu'il a été créé par Dieu. Il croit que l'incroyant aussi a été créé par Dieu, qu'il n'en a seulement pas conscience. Pour le croyant, la vie humaine a un but précis, l'homme a été créé dans ce but : être en relation avec le Créateur, de le connaître. Il ne s'agit pas d'un sens subjectif que je choisis en tant qu'individu de donner à ma vie, mais du sens même de la vie, de la raison pour laquelle j'existe, pour laquelle chaque personne existe, qu'il accepte de vivre dans ce but ou non car c'est là son libre arbitre. Donc, lorsqu'une personne découvre cette vérité, il découvre la raison objective de son existence et entre dans les plans pour lesquels il a été créé. Il n'y a évidemment rien de plus épanouissant que de suivre les plans pour lesquels on a été conçu.

Deux visions du monde, de l'homme et de la vie
La discussion s'est poursuivie et ma camarade m'a expliqué notamment qu'elle était gênée par l'approche "prosélyte" qu'elle avait vue dans l'église de son amie. Elle m'a dit qu'elle, qui se considère athée et croit en la science, ne se permettrait jamais de chercher à me convaincre du bien-fondé de sa vision du monde. Je lui ai répondu que ça ne me choquerait pas qu'elle le fasse ! Au contraire : je trouve beaucoup plus intéressant et constructif de discuter avec quelqu'un qui pense que je me trompe et souhaite me convaincre (évidemment tant que la discussion reste respectueuse dans la forme et soit accompagnée d'une réelle remise en question des deux côtés). J'ai toujours dit que si un jour j'étais convaincu que ce que je crois est faux, j'étais entièrement prêt à changer d'avis du jour au lendemain, et je m'attends à la même chose de la part des personnes avec lesquelles je parle.
Une autre camarade qui était assise à côté de moi a réagi en disant que pour une personne non croyante, la question n'était pas d'une importance fondamentale et que si la foi était bénéfique à un croyant pour sa vie sur terre, un athée n'avait aucune raison de vouloir l'en dissuader, alors que pour un croyant la question est beaucoup plus importante puisque les enjeux dépassent la seule vie terrestre.
En effet, la question de la véracité ou non de la foi chrétienne implique d'énormes différences dans les visions du monde, de l'homme et de la vie qui en découlent. Si Dieu n'existe pas et qu'il n'y a rien en-dehors du monde que nous connaissons, alors l'homme est le seul maître de son destin, son existence est le fruit du hasard et n'a pas de raison ni de but particulier. A partir de là, c'est chaque individu de choisir lui-même quel sens il veut donner à sa vie (par exemple la construction d'un monde meilleur pour les idéologies "politiques" comme le communisme ou le libéralisme, ou encore profiter un maximum de tous ses plaisirs pour l'hédonisme individualiste). Si la foi chrétienne est la vérité, alors au contraire, l'homme a été créé par Dieu, son existence a donc une raison et un but. Dès lors, le libre arbitre de l'homme sera d'accepter de vivre sa vie avec Dieu, ce pourquoi il a été créé, ou de le rejeter et d'être séparé de lui.
Dans ce sens, oui : je suis prosélyte (encore qu'il faut s'entendre sur ce terme, qui sous-entend souvent une forme de manipulation psychologique). Parce que je crois que ce que je crois est la vérité, je souhaite que d'autres découvrent aussi cette vérité que j'aie découverte, parce que je veux le meilleur pour eux. C'est la raison notamment pour laquelle je tiens ce blog, c'est la raison aussi pour laquelle lorsque ce sujet survient dans une conversation, je dis clairement ce que je pense, sans pour autant baratiner mon entourage ou exercer une quelconque pression sur qui que ce soit. Mon souhait le plus cher pour tous ceux que j'aime est qu'ils connaissent Celui qui les a créés et les aime d'un amour infini. Mais, parce que je sais que Dieu laisse à chacun la liberté la plus totale de lui ouvrir ou non les portes de sa vie, je respecte moi aussi cette liberté.

Conditionnés par l'éducation ?
Pendant notre discussion, une autre étudiante a dit qu'il lui paraissait important de donner une éducation religieuse à ses enfants, qu'on soit soi-même croyant ou non, pour leur permettre de connaître ; puis de les laisser libres de faire leur choix. Ce à quoi la première camarade a répondu que pour elle, la foi ou l'absence de foi était déterminée par l'éducation reçue.
Sommes-nous conditionnés par notre éducation, celle-ci nous enlève-t-elle notre liberté de choisir ? Non, je ne crois pas. Bien sûr, l'éducation joue ici un rôle extrêmement important, dans le sens où elle permet de connaître les bases de la foi. D'ailleurs, les personnes ayant reçu une éducation chrétienne, même si elles s'en sont détournées, gardent pour toujours cet héritage et si elles choisissent d'y revenir par la suite elles ont encore la connaissance de ce qu'elles avaient appris dans leur enfance. Et je vous fais un aveu : en effet, j'ai moi-même été élevé dans une famille pour laquelle la foi chrétienne avait une grande importance et je ne peux pas nier que cet héritage a été pour beaucoup dans ma propre découverte de la foi. Mais il n'aurait aucun fondement sans une décision personnelle fondée sur mon propre libre arbitre.Par ailleurs, les innombrables témoignages de personnes dont le rapport à la foi a subitement changé à l'âge adulte sont la preuve que nous ne sommes pas conditionnés par notre éducation. Depuis le début de mes études, je suis engagé au Groupe Biblique Universitaire, une association étudiante que j'ai d'ailleurs déjà évoquée plusieurs fois sur mon blog, qui réunit des étudiants de tous horizons pour lire et échanger autour de la Bible sur le campus, comme par exemple sur cette photo d'une de nos soirées. Une des choses qui me frappe le plus au sein de ce groupe, c'est la diversité des personnes qui le composent : il y a des jeunes qui, comme moi, ont grandi dans des familles chrétiennes et ont toujours baigné dans ce milieu, d'autres issus de familles chrétiennes qui se sont longtemps éloignés de la foi avant d'y revenir, d'autres encore qui n'ont qu'une éducation religieuse purement traditionnelle, d'autres enfin d'arrière-plan athée, scientifique rationaliste, gauchiste anticlérical ou tout simplement indifférent à ces questions, ou encore issus d'autres formes de spiritualités comme l'islam, le judaïsme ou les religions extrême-orientales. Ce qui les réunit : chacun d'eux a, à un moment donné de sa vie, fait la découverte d'une foi authentique et vivante en Jésus-Christ.

Conclusion
Voici un résumé de mes réflexions suite à cette conversation avec des camarades de promo mercredi dernier. J'aurais eu encore d'autres choses à dire mais l'article est déjà bien long. Pour conclure, je dirais simplement que j'encourage chacun à ne pas s'arrêter à ce que j'ai écrit ni à d'autres choses qu'il aurait pu entendre, en bien comme en mal, sur la foi chrétienne, mais à faire ses propres recherches pour vérifier par lui-même si ce que je dis est vrai. Cette question est d'une importance tellement vitale que j'encourage chacun à oser y réfléchir sérieusement pour lui-même. Et aussi : je pensais déjà avant, et maintenant j'en suis encore plus convaincu, que le meilleur endroit pour parler de tels sujets, sans tabous ni clichés, est... dans un bar, devant une bonne bière !

mercredi 8 décembre 2010

C.S. Lewis

Salut chers lecteurs !

Alors voici comme promis l'article prévu depuis longtemps sur C.S. Lewis, l'auteur des Chroniques de Narnia. On en a beaucoup parlé ces dernières années, puisque Disney est en train d'adapter ses œuvres au cinéma, et il y a eu beaucoup de polémiques autour des films. Surtout, au sujet de l'inspiration chrétienne de ces "histoires pour enfants"... certains allant jusqu'à s'inquiéter de la production par Disney d'un "outil de prosélytisme" par lequel nos chères têtes blondes qui ne sont pas encore en âge d'en comprendre le danger de cette manipulation seraient "endoctrinés" au christianisme... alors comme ça le cinéma a le droit de s'inspirer de tout et n'importe quoi, ça ne choque personne, mais pas de l'Evangile, là c'est choquant... Mais effectivement, on ne peut pas nier que l'inspiration chrétienne est omniprésente dans les Chroniques de Narnia, et même J.R.R. Tolkien, le meilleur ami de Lewis par lequel celui-ci est devenu chrétien (et accessoirement l'auteur du Seigneur des Anneaux) lui reprochera la présence de symboles chrétiens trop évidents dans L'Armoire magique. J'avais depuis longtemps prévu d'écrire un article sur la vie de C. S. Lewis, et sur comment il a découvert cette foi chrétienne qui est devenue la source d'inspiration de son œuvre. Je profite donc de la sortie aujourd'hui du 3° film pour écrire cet article.

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Clive Staples Lewis est né le 29 novembre 1898 à Belfast en Irlande du N
ord. Il était professeur de littérature dans une des deux plus prestigieuses universités britanniques : l'Université d'Oxford. Il est considéré comme un des plus grands écrivains et philosophes britanniques du XX° Siècle, et il est surtout connu dans le milieu chrétien comme un fameux théologien et apologète. Pourtant, rien ne le destinait a priori à devenir connu dans le monde entier comme philosophe chrétien ! Au contraire, à l'âge de 30 ans alors qu'il était jeune professeur à Oxford, il était athée convaincu. Comment donc a-t-il pu changer aussi radicalement ? Il raconte son cheminement d'une façon très détaillée dans son autobiographie, Surpris par la Joie... enfin, je ne sais pas si on peut vraiment appeler ça une autobiographie, dans la mesure où les 3/4 ne parlent pas de sa vie mais des livres qu'il a lus à différents moments de sa vie. Il y aurait énormément de choses à dire, pas facile du tout de résumer... je vais néanmoins essayer de faire une synthèse pour que mon article ne soit pas trop long.

Sa famille appartient à l'Eglise anglicane, et Lewis est élevé dans la foi chrétienne, mais il écrit dans son autobiographie que ses parents ne participaient à la vie de l'église que d'une façon formelle, parce qu'ils considèrent que la religion fait partie des devoirs de la vie publique comme le service militaire ou le payement des impôts, mais sans avoir de réelle foi personnelle. C'est toutefois par les cantiques de l'Eglise anglicane qu'alors que Lewis n'est qu'un enfant naîtra sa passion pour la littérature et la poésie. Pendant son adolescence, il découvre les mythologies, d'abord nordique puis celte et grecque, et il est fasciné par ses nouveaux mondes merveilleux. C'est durant cette période qu' il s'éloigne de la foi chrétienne, et à l'âge de 15 ans il devient athée.

Immédiatement après, le jeune Lewis passera par une courte période où il s'intéresse à l'occultisme, notamment à la Rose-Croix. Il expliquera plus tard que même s'il ne croyait désormais plus en l'ex
istence d'un quelconque Dieu, il avait encore besoin de spirituel dans sa vie. Toutefois cette période ne durera que très peu de temps : très vite, il en arrivera à la conclusion que puisqu'il n'existe ni Dieu ni rien d'autre en-dehors du monde matériel, toute forme de spiritualité est vaine.

Pendant ses années d'études à Oxford, puis pendant ses premières années en tant que professeur dans la même Université, Lewis est athée par conviction. En même temps, il reste fasciné de mythologie, et il passe des heures a rêver à ces univers grandioses. Et presque paradoxalement, ce sont ces rêves qui, sans qu'il ne s'y attende lui-même, vont le conduire à la foi chrétienne.

L'évolution de la pensée de Lewis dure plusieurs années, et plusieurs dizaines de pages dans son autobiographie, il serait donc beaucoup trop long de la décrire en détail ici. Une personne, en particulier, jouera un grand rôle dans la conversion de Lewis : son collègue à Oxford qui est rapidement devenu son meilleur ami, J.R.R. Tolkien. Tolkien est catholique pratiquant, et en même temps il est lui aussi fasciné par les mondes mythologiques... et même, il pense que toutes ces mythologies préfigurent l'Evangile chrétien. Par ses longues discussions avec Tolkien, et par de multiples lectures à-travers les années, l'athéisme de Lewis est de plus en plus ébranlé.

C'est en 1929, à l'âge de 32 ans, que C.S. Lewis se met à genoux dans sa chambre pour la toute première fois de sa vie, et qu'il prie pour confier sa vie à ce Dieu dont il a pendant si longtemps nié l'existence. Toutefois, ce Dieu n'est pas encore pour lui le Dieu chrétien, le Dieu de la Bible : il s'agit uniquement d'une conversion au théisme, à un Dieu inconnu et inconnaissable, totalement étranger à l'humanité, qui ne se trouve dans aucune religion et dans aucun Livre saint. A partir de ce moment-là, Lewis participera régulièrement aux cultes de la chapelle anglicane de l'Université, pas parce qu'il se considère comme chrétien mais seulement parce qu'il estime qu'il a le devoir d'une façon ou d'une autre de rendre un culte à ce Dieu qu'il a découvert. Mais le temps passe, et petit à petit, au fur et à mesure qu'il redécouvre les fondements de la foi chrétienne, Lewis se rend compte que le personnage de Jésus est radicalement différent de tous les autres personnages mythologiques. Dans un de ces livres, il écrit : Il n'y a que deux possibilités : ou bien Jésus-Christ est le plus grand fou, le psychopathe le plus dangereux de toute l'histoire de l'humanité, ou bien il est réellement le Fils de Dieu et le Sauveur du monde. Le texte des Evangiles ne nous laisse pas d'autre choix."
Lewis affirme qu'il n'y a pas un instant précis auquel il est devenu chrétien, sa conversion au christianisme est le fruit d'un long cheminement de pensée. Mais c'est 3 ans environ après avoir découvert la foi en Dieu, à 35 ans donc, qu'il en arrive à la certitude que l'Evangile est la vérité et qu'il déclare ouvertement qu'il est chrétien.

Lewis devient un membre fidèle de l'Eglise anglicane (à la déception de son ami Tolkien qui espérait qu'il se convertisse au catholicisme). Vers la fin de sa vie, il se rapproche de la tendance "high Anglican", une branche de l'Eglise anglicane qui est restée proche de la théologie catholique. Et il passe la plus grande partie de son temps libre à écrire des livres qui parlent de la foi chrétienne, tout en restant le plus large possible pour éviter les particularismes des différentes tendances et dénominations. Son idée : rendre le message de l'Evangile facilement compréhensible à tous, en le débarrassant de toutes les notions secondaires pour se concentrer uniquement sur l'essentiel : Jésus-Christ mort sur la croix à notre place. Les Chroniques de Narnia, une série de 7 livres fantastiques pour enfants, sont ses œuvres les plus connes aujourd'hui.

Puisque cet article est déjà long, je vais très prochainement en écrire un autre, plus spécifiquement sur Les Chroniques de Narnia.

mardi 12 octobre 2010

Turquie : L'Arche de Noé découverte ?

Salut tout le monde !

Pour commencer, comme d'habitude, quelques nouvelles de moi : je suis cette année à Cordoue en Espagne, où je vais étudier un an avec Erasmus. Je suis en coloc avec un jeune chrétien espagnol, la vie et les études ici me plaisent beaucoup :-).

Ce matin, je suis tombé sur une nouvelle intéressante : le 29 avril, une équipe de chercheurs turcs et chinois, qui effectuent des fouilles depuis plusieurs années sur le Mont Ararat en Turquie, pense avoir peut-être découvert l'Arche de Noé ! Ils affirment avoir retrouvé des restes en bois de la structure d'un bateau dont la datation au carbone 14 remonte à 4800 ans. D'après Yeung Wing-cheung, originaire de Hong-Kong et un des quinze membres de l'équipe de recherche, "nous ne sommes pas sûrs à 100% qu'il s'agit de l'arche mais nous le sommes à 99,9%". Tout au long de l'article, vous verrez des photos de cette découverte (cliquez dessus pour les agrandir), et vous pourrez constater que ça a l'air tout à fait sérieux. Les sceptiques expliqueront difficilement la présence d'un bateau au sommet d'une montagne, à plusieurs centaines de kilomètres de la mer.

Pour l'instant, le scepticisme est de rigueur, des analyses scientifiques sont encore en cours pour déterminer l'authenticité de cette découverte, et il pourrait même s'agir d'un canular. Mais la piste paraît sérieuse, plus sérieuse en tout cas que les autres "découvertes" fantaisistes qui ont été faites sur ce sujet dans le passé. Et si cela s'avérait vrai, ce serait la preuve la plus convaincante de la véracité de la Bible depuis la découverte des manuscrits de Qumran en 1947.

Pour que chacun puisse se faire une opinion objective, je vous propose deux liens vers des articles parlant du sujet : l'un rédigé par l'AFP et publié sur le site du Figaro, journal français d'actualité réputé pour son sérieux ; l'autre d'une source chrétienne, le site Actualité chrétienne du journaliste Paul Ohlott, personnage connu dans les milieux évangéliques français, qui travaille également pour le TopChrétien.

EDIT janvier 2014 : Entretemps, il s'est avéré que cette affaire était un canular. Je garde cependant l'article en ligne parce que la réflexion reste pertinente.

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D'après la Bible, à la fin du Déluge, l'Arche de Noé s'est échouée sur le Mont Ararat, dans l'actuelle Turquie. Depuis toujours, et encore plus avec l'essor des sciences modernes comme l'archéologie, des explorateurs, scientifiques ou aventuriers plus ou moins sérieux, se sont lancés à la recherche de cette Arche perdue. Le Dr Gilbert Crosvener, du National Geographic Magazine de Washington, déclarait il y a quelque temps : Si l'on découvrait une fois l'Arche de Noé sur le Mont Ararat, ce serait à coup sûr la plus grande découverte archéologique de tous les temps." Si elle s'avérait authentique, il s'agirait d'une preuve indéniable de la véracité historique du récit biblique du Déluge, et d'un argument de poids en faveur de la crédibilité historique et scientifique de la Bible. Pourtant, à part le Figaro, très peu de médias français se sont intéressés à cette découverte...

Pourquoi n'en a-t-on pas parlé ? En partie sans doute parce que l'authenticité de cette découverte n'est pas encore clairement avérée. Dans l'attente des résultats des analyses scientifiques, la prudence est donc de mise. Mais il ne saurait s'agir que de cela. Sans aucun doute possible, la principale raison est que, si l'histoire du Déluge était vraie, cela contredirait énormément de choses que la science actuelle considère comme indiscutables. Et cela montrerait qu'une fois de plus, comme lors de l'affaire Galilée, les scientifiques se sont trompés.

Parce qu'aujourd'hui, pour l'européen moyen, croire que le Déluge a vraiment eu lieu, c'est tout simplement absurde. Tout comme en général, que quelqu'un qui au XXI° Siècle puisse croire que la Bible est vraie, c'est un signe inquiétant d'arriération mentale. Donc si une découverte scientifique comme celle-ci venait montrer le contraire... La société occidentale entière en serait bousculée dans ses certitudes.

Pourtant, la mémoire d'un Déluge universel se retrouve dans énormément de peuples, très divers, très éloignés les uns des autres, et sans relations entre eux. Dans la civilisation suméro-chaldéenne de Mésopotamie, l'Epopée de Gilgamesh, la plus ancienne oeuvre littéraire au monde, évoque des pluies torrentielles que les dieux auraient envoyées comme punition pour exterminer les hommes. La mythologie gréco-romaine relate l'histoire de Deukalyon et Pyrrha, les deux seuls survivants d'un Déluge provoqué par Zeus. En Perse, les textes sacrés de la religion zoroastrienne racontent comment les dieux ont sauvé le seul homme juste de l'extermination de l'humanité en le cachant dans une grotte (ici, le Déluge prend la forme de neige). Dans le Véda, livre sacré de l'hindouisme, le premier homme est sauvé du Déluge par Matsya, le premier avatar du dieu Vishnou, en construisant un bateau. Un mythe scandinave raconte que les géants ont été exterminés de la terre par un Déluge causé par le sang du géant Ymir, tué par Odin : là encore, il n'y a qu'un seul survivant, Bergelmir, le petit-fils d'Ymir. En Chine, les textes anciens parlent d'une "grande crue qui monta jusqu'au Ciel". Dans la mythologie maya, en Amérique, la 2° des 3 générations successives d'hommes est détruite par un Déluge (contrairement aux autres mythologies, il n'y a ici aucun survivant). Et je pourrais multiplier les exemples, il y a des traces du Déluge dans la mythologie égyptienne, celte, slave, germaine, arabe, inca, aztèque, etc. Le Coran, qui reprend beaucoup d'événements bibliques, le mentionne également. Quand une telle mémoire universelle existe, on ne peut logiquement qu'en conclure que cet événement est bien réel, il n'y a pas de fumée sans feu. De plus, la grande distance géographique qui sépare les différents mythes diluviens montre que ce Déluge était très certainement universel, puisque le monde entier en a gardé la mémoire.

Mais, est-ce crédible de considérer qu'à une époque tellement ancienne, la technologie était assez avancée pour pouvoir faire une telle construction, capable de contenir toutes les espèces d'animaux ayant existé ? Il faut ici préciser que la Bible donne elle-même les dimensions précises de l'Arche, et un plan de construction précis, digne du meilleur architecte moderne. D'après le texte biblique, l'Arche mesurait 300 coudées de longueur, 50 coudées de largeur et 30 de hauteur. Compte tenu du fait que la coudée est une unité de mesure quelque peu variable, on peut en déduire que l'Arche faisait au minimum 135m de long, 22,5m de large et 13,5m de haut, et au maximum 157m de long, 26m le large et 16m de haut. Ces proportions sont idéales pour contrebalancer les besoins de confort sur la mer, la force de la coque, et la stabilité du navire. L'Arche avait des ponts inférieur, moyen et supérieur, et même un espace additionnel d'une coudée en-dessous du toit, qui pourrait servir de système d'aération. Un groupe de scientifiques contemporains ont fait un calcul (tout à fait approximatif), compte tenu du nombre et de la taille des espèces ayant besoin de prendre place dans l'Arche (parce qu'évidemment les animaux marins et ceux vivant sous terre n'en avaient pas besoins), la nourriture stockée, et l'espace de vie de Noé et sa famille, et est arrivé à sa conclusion qu'une Arche de cette dimension aurait tout à fait pu flotter.

Mais certains répondront qu'il n'est pas possible qu'à une époque aussi ancienne, une technologie tellement développée ait existé ! Par conséquent, il est certain que ce plan de construction a été rajouté par après. A cela, le scientifique répondra qu'on sait aujourd'hui que les anciens Égyptiens (qui, rappelons-le, ont bâti des pyramides dont la méthode de construction restent un mystère encore aujourd'hui pour la technologie moderne) disposaient d'une technologie assez développée pour construire une telle Arche, alors pourquoi n'aurait-elle pas existé peu de temps avant eux ? Le croyant, lui, répondra que même si Noé lui-même n'avait pas les connaissances nécessaires pour construire cette Arche, le plan lui a été révélé par Dieu directement, et il verra dans une telle précision une preuve de l'omniscience de Dieu.

Bien sûr, ma foi n'a pas besoin d'une découverte archéologique pour subsister. La foi est, comme l'a définie le philosophe Blaise Pascal, un "grand saut dans le vide", le choix de croire, sans preuve, que le message de la Bible est réellement la Parole de Dieu. Mais cette foi, bien que non vérifiable, repose sur des fondements solides, sur des faits historiques et des données scientifiques vérifiables. Et de plus en plus de découvertes de la science moderne, et tout spécialement de l'archéologie, ont confirmé à maintes reprises que le récit biblique. L'archéologie a déjà découvert que plus de 1000 lieux, personnages et peuples mentionnés dans la Bible ont réellement existé à la bonne époque. Et tous les ans, de nouvelles découvertes de ce type sont faites. Si elle s'avérait vraie, la découverte de l'Arche de Noé viendrait s'inscrire dans cette lignée, mais il s'agirait toutefois de la plus importante preuve archéologique de l'authenticité historique de la Bible.

Mais, n'est-ce pas dangereux de vouloir baser la foi sur la science et la raison ? Oui, si on fait de la raison le motif pour lequel on croit. Mais non, si on part de la foi, dans ce qu'elle a de plus irrationnel, et qu'ensuite on cherche à comprendre, et à expliquer à d'autres, ce qu'on croit et pourquoi on le croit, par la raison. Une approche rationnelle de la foi conduit à l'obscurantisme, à l'enfermement et à l'intolérance, mais une approche de la raison par la foi conduit à la réfléchir sur ce qu'on croit, au doute constructif, à la remise en question et à comprendre ce qu'on croit. Et la défense de la foi par des arguments de la raison, tant qu'elle n'est pas faite dans une attitude de vouloir prouver la foi (ce qui serait un contresens) peut donner lieu à des discussions très intéressantes. Non pas prouver par la raison que la foi est vraie, mais montrer par des arguments raisonnables qu'elle est crédible : c'est tout l'art de l'apologétique, la défense de la foi par la raison.

J'en reviens à la découverte de ce qui est peut-être l'Arche de Noé. Un point important : les scientifiques ayant fait cette découverte sont croyants, et dépendent d'un organisme de recherche qui s'affiche clairement comme chrétien. Face à une telle découverte, on peut donc légitimement se poser des questions sur leur neutralité. Sans qu'il s'agisse forcément de mauvaise foi volontaire, n'ont-ils pas été trompés par leur propre foi, au point de voir en cela ? Possible, l'avenir nous le dira, avec les nouvelles recherches sur l'authenticité de cette découverte. Mais, pourquoi partir du point qu'ils ne peuvent forcément pas être objectifs parce qu'ils sont croyants ? La malhonnêteté intellectuelle, volontaire comme involontaire, concerne aussi bien les croyants qui cherchent à tout prix à faire coïncider toutes les découvertes scientifiques avec leur interprétation, parfois bien fantaisiste, de la Bible (et ils existent !) que la position d'une grande partie des scientifiques actuels, qui est d'exclure systématiquement tout élément pouvant donner à penser qu'il existe un Créateur.

lundi 25 mai 2009

Le pari de Pascal

Salut !

Comme promis, cette semaine je vous propose de découvrir le "Pari de Pascal"...

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Pascal, dans ses Pensées, ne donne jamais aucun argument en faveur de l'existence de Dieu, ou de la véracité de la foi chrétienne, même si pour sa part il en est entièrement convaincu. Il propose tout simplement à son lecteur de "faire comme si" Dieu existait. C'est la très célèbre idée du "pari de Pascal" : Pascal s'adressait à des nobles libertins, les tout premiers athées "libres penseurs", disciples du marquis de Sade. et gens qui menaient la belle vie. Ils étaient notamment grands amateurs de jeux de hasard, l'idée du pari est donc parlante pour eux. Pascal leur propose un pari : parier pour, ou contre, l'existence de Dieu. L'enjeu, c'est la vie du joueur. Ensuite, il explique son raisonnement : si je parie que Dieu existe, et qu'il existe effectivement, j'ai gagné la vie éternelle ; si je parie qu'il existe, et qu'en fait il n'existe pas, j'ai perdu mon pari, mais en réalité je ne perds rien, je ne me rendrai même jamais compte de mon erreur ; si je parie qu'il n'existe pas, et qu'il n'existe pas, j'ai gagné mon pari, mais en fait je ne gagne rien ; si je parie qu'il n'existe pas, et qu'il existe, je perds tout, ma vie sur Terre et l'Éternité. Puisqu'il s'agit de foi, donc d'improuvable, rien de permet de déterminer laquelle des deux possibilités est la plus probable. J'ai donc tout intérêt à parier pour l'existence de Dieu, à "faire comme si" il existait. Évidemment, Pascal ne croit pas en l'existence de Dieu que parce que s'il n'y croit pas et qu'il se trompe, il perdra tout, il est convaincu que Dieu existe bel et bien. Mais il ne cherche pas à argumenter en faveur de sa foi, il préfère inviter son lecteur à "faire comme si" Dieu existait, et tout le reste des Pensées montrent ce qu'est la vie si Dieu existe réellement, et si la foi chrétienne est vraie, si Jésus est réellement Dieu, le Sauveur du monde mort sur la croix pour nous. Les Pensées sont dès lors un voyage auquel Pascal invite son lecteur, un voyage à-travers l'espérance chrétienne. Durant ce voyage, le lecteur découvre comment serait la vie "si c'était vrai", et ensuite, chacun a la liberté de faire ce choix de la foi, ce "grand saut dans le vide" comme Pascal l'appelle : croire que tout cela est vrai.

Si vous voulez lire les Pensées, je vous avertis d'abord que c'est une lecture difficile : Pascal faisait partie des plus grands intellectuels de son époque, et il écrit dans un niveau de langage très élevé. De plus, il s'agit de français ancien. Mais je vous encourage tout de même tous à cette lecture, ce voyage au coeur de la foi chrétienne auquel Pascal vous invite, voyage duquel vous ne pourrez que revenir transformés.

Et la semaine prochaine, je vous proposerai de découvrir le témoignage de Pascal, sa vie, et sa découverte du Sauveur.

lundi 18 mai 2009

Un véritable athée

Salut à tous !

Pour cette semaine je voulais publier un article qui vous donnera à réfléchir. Je vais partager des idées qui sont ressorties d'un entretien que j'ai eu l'année dernière, à propos des Pensées de Pascal, avec M. Alain CHESTIER (cf photo), docteur ès Philosophie et ès Lettres, conférencier, chargé de cours à l'Université de Besançon, et professeur de littérature au lycée Nodier de Dole, mon ancien lycée.

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Vers la fin de ma classe de terminale, j'étais en train de lire les Pensées du philosophe Blaise Pascal, d'une part parce que j'aimais bien la philosophie et que Pascal était au programme, et d'autre part parce que Pascal est considéré comme le plus grand philosophe chrétien. Je m'étais déjà entretenu sur le sujet de ce livre avec M. LOUIS, mon prof de philosophie, et M. GEOFFROY, mon prof de littérature de terminale. Et tous deux m'ont conseillé d'aller voir leur collègue, M. CHESTIER, un prof que je n'avais jamais eu en cours mais dont je connaissais la réputation puisqu'il était célèbre dans tout le lycée, parce que c'est apparemment un grand admirateur de Pascal, que les Pensées sont son livre de chevet, et qu'il connaît bien ce livre et la pensée de l'auteur. En bon élève sérieux de terminale L, je suis donc allé vers ce prof, et je lui ai demandé un rendez-vous pour parler du bouquin en question. J'étais d'autant plus curieux de savoir ce que M. CHESTIER pouvait penser de Pascal, que je savais qu'il était athée convaincu et matérialiste.

Et quelque temps après nous nous sommes vus, et en avons discuté pendant près de deux heures. Je ne vais pas résumer tout ce que nous avons dit ici, ce serait beaucoup trop long. Mais il y au une idée, l'idée essentielle de ce que M. CHESTIER m'a dit, que j'avais envie de partager, parce que c'est une idée qui m'a donné beaucoup à réfléchir.

M. CHESTIER a reçu une éducation athée, et a toujours été athée, sans se poser de questions à ce sujet pendant sa jeunesse. Il a découvert les Pensées en classe de terminale, et elles sont vite devenues sa lecture préférée. Et il m'a dit
que l'idée essentielle qu'il avait retirée de sa première lecture de Pascal était : qu'un croyant qui n'a jamais douté de sa foi n'est pas un vrai croyant, et que de même un athée qui n'a jamais douté de son athéisme n'est pas un vrai athée. Il est resté toute sa vie fasciné par Pascal, et c'est en doutant de son athéisme, à la lumière des Pensées, qu'il est devenu un véritable athée convaincu, et qui s'affiche comme tel.

J'ai trouvé l'idée intéressante, et vraie. La foi (et on peut considérer ici l'athéisme comme étant une foi également) est par définition quelque chose d'improuvable, et qu'on ne doit pas chercher à prouver par des arguments, quels qu'ils soient. Le verbe qui définit la science, c'est savoir ; le verbe qui définit la philosophie, c'est penser ; le verbe qui définit la foi, c'est croire. Personne ne "croit" en l'existence du Soleil, c'est quelque chose de visible, de sensible, et que personne de raisonnable ne met en doute. Le Soleil existe, pas besoin de foi pour ça, on le sait, parce qu'on le voit briller, qu'on sent sa lumière et sa chaleur. Ce n'est pas du domaine de la foi, de "croire", mais de celui de la science, de "savoir".
Mais trop souvent le "croire", notamment quand il a été inculqué par l'éducation reçue, devient comme une sorte de "savoir", qui paraît évident et qu'on refuse de mettre en doute. Mais non seulement cette attitude n'est pas une réelle foi, mais de plus elle peut s'avérer fausse. Je vais faire une analogie, avec la Révolution Copernicienne puisque celle-ci est encore très présente dans les mentalités à l'époque où Pascal écrit. Très peu de temps encore avant Pascal, tous, même des gens tout à fait sincères et pleins d'honnêteté intellectuelle, croyaient, et pensaient savoir, que le Soleil et les autres planètes tournaient toutes autour de la Terre. A l'époque de Pascal, tous savent qu'en réalité c'est la Terre qui, avec les autres planètes, tourne toutes autour du Soleil. Des hommes intelligents, des scientifiques de très haut niveau, ont dû admettre qu'ils s'étaient trompés. Parce que penser savoir n'est pas savoir. Si je donne cette exemple, c'est parce que l'ancienne science se basait plus sur le "croire" justement que sur la véritable recherche scientifique au sens actuel : les théories géocentristes, tout comme la théorie de la Terre plate ou celle de l'existence de 3 continents (d'après les 3 fils de Noé), étaient toutes tirées de mauvaises interprétations de la Bible et de la philosophie aristotélicienne. Au moment où Pascal écrit ses Pensées, personne n'a encore oublié ça : le système sur lequel était basée toute l'ancienne science s'est avéré faux, parce qu'il était basé uniquement sur des spéculations théologiques et idéologiques, des croyances. Et très souvent, en ce qui concerne la foi, que ce soit la foi en l'existence ou en la non-existence de Dieu, c'est la même chose : on croit savoir, alors qu'on n'y a jamais sérieusement réfléchi, et on ne pense même pas à se remettre en question. Alors, tout comme l'ancien système géocentrique a été bouleversé par les découvertes de Copernic et de Galilée, quand survient quelque chose de contraire à ce que nous pensions savoir, comme ce fut le cas pour M. CHESTIER lors de sa lecture des Pensées de Pascal en classe de terminale, on doute pour la première fois de ce qu'on pensait savoir. Mais l'analogie avec la Révolution Copernicienne s'arrête ici, parce que celle-ci concerne la science, donc le domaine du savoir et du prouvable, alors que nous parlons de la foi, de l'improuvable. Donc, lorsqu'on remet en question ses idées reçues, ce qu'on croyait savoir, et qu'on doute de ce qu'on croit, il reste deux possibilités : soit on change d'avis sur la question, soit par le doute notre foi en devient encore plus forte. C'est le principe de base de la philosophie : Socrate, considéré comme le père de la philosophie, cherchait déjà à faire sortir ses concitoyens Athéniens de leur "sommeil dogmatique", par le doute, et c'est ce principe qui a donné naissance à la philosophie chez les Grecs. Donc, on peut effectivement dire qu'un croyant qui n'a jamais douté de sa foi n'est pas un véritable croyant, et un athée qui n'a jamais douté de son athéisme n'est pas un véritable athée : sa foi ne sera qu'une idée reçue, pas une véritable foi.

Voilà, j'espère que je vous ai donné de quoi réfléchir. La semaine prochaine, je vous partagerai une idée importante des Pensées de Pascal : l'idée du pari.