vendredi 26 octobre 2012

Aïd moubarak à tous mes amis musulmans :-)


Salam aleikoum ! Günaydin ! Ruz bihair ! Azul ! Bonjour !

Ce soir, c'est l'Aïd al-Adha (Fête du Sacrifice), ou Aïd al-Kabir (Grande Fête), la plus importante fête islamique. Ce soir, des millions de musulmans, en France et dans le monde entier, vont se retrouver en famille pour manger ensemble le mouton. Ce repas sera l'occasion pour eux de se souvenir du sacrifice d'Ibrahim (Abraham), qui dans son amour pour Dieu et sa soumission à lui a été prêt à aller jusqu'à lui offrir son propre fils. Alors, à tous mes très chers amis musulmans, arabes, turcs, perses, berbères ou autres, je dis : عيد هبارك Aïd moubarak, que Dieu vous donne un moment de fête et de souvenir bénis ! Et je voulais aussi profiter de l'occasion pour m'exprimer sur ce que l'événement que vous fêtez aujourd'hui signifie pour moi, en tant que chrétien. Non non, je vous rassure : pas de prosélytisme bidon ni de cassage gratuit : juste une courte réflexion sur le sens de cette journée, dont j'espère qu'elle vous enrichira vous aussi :-)

(NB : Pour cet article adressé en premier lieu à mes amis musulmans, j'utilise les noms arabes, coraniques, des personnages évoqués. Pour le lecteur qui n'y est pas familier, le nom français est indiqué entre parenthèses. J'en profite pour dire un cordial choukran à chacun des différents enseignants qui m'ont permis de progresser dans ma connaissance de la belle langue arabe.)

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Le Sacrifice d'Ibrahim, par le
peintre perse Riza Abbasi
Un jour, Dieu a demandé à Ibrahim, un des grands Prophètes et hommes de Dieu des siècles passés, de lui offrir en sacrifice ce qu'il avait de plus précieux : son fils. Malgré sa tristesse et son incompréhension, Ibrahim décide d'obéir à l'ordre Dieu. De même, son fils se soumet à Dieu et accepte de s'installer sur l'autel. Mais alors qu'Ibrahim s'apprête à égorger son fils, Dieu envoie son ange pour l'en empêcher : Dieu a vu le coeur d'Ibrahim et il sait à présent que celui-ci lui est entièrement fidèle, même lorsqu'il lui demande de renoncer à son enfant qu'il aimait par-dessus tout. L'ange présente un mouton à Ibrahim : c'est cet animal qui sera sacrifié à la place de son fils, qui aura la vie sauve.
Cet événement, raconté dans la Torah, est connu aussi des chrétiens et des juifs, même si contrairement aux musulmans qui croient que le fils en question était Ismaïl (Ismaël), pour nous il s'agit d'Ishaq (Isaac). Cette question a des implications importantes pour la question de l'héritage spirituel d'Ibrahim, mais ce n'est pas à ça que je compte m'intéresser dans cet article. Juifs, chrétiens et musulmans, nous croyons tous qu'il s'agit d'un magnifique acte de foi et d'un exemple à suivre pour nous. Mais dans l'Injil (l'Evangile), nous est révélé un sens beaucoup plus profond à cette histoire : le sacrifice d'Ibrahim est une image d'un autre sacrifice.

L'Injil (Evangile) raconte que la première fois que le Prophète Yahia ibn Zakaria (Jean-Baptiste le fils de Zacharie) a rencontré Issah (Jésus), il s'est écrié : "Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde !" (Injil selon Jean 1:20) L'Agneau de Dieu... que signifie cette expression ?
Pour mieux comprendre, il faut revenir plusieurs siècles en arrière, à l'époque du Prophète Musa (Moïse) : la Torah, que Dieu a révélée à Musa, demande en effet que lorsque quelqu'un a commis un péché, il doit sacrifier à Dieu un animal, le plus souvent un agneau. Cet animal meurt pour le péché qui a été commis, et le coupable est pardonné.
Mais revenons à nos moutons... je veux dire, au sacrifice d'Ibrahim. Comme nous l'avons vu, la soumission d'Ibrahim à Dieu était totale, au point qu'il a été prêt à lui offrir son propre fils. Son fils aussi s'est montré obéissant jusqu'au bout... et pourtant, Dieu n'a pas tout simplement annulé le sacrifice : il a fallu qu'un être innocent, un mouton, meure à sa place. En allant plus loin, on peut même dire qu'en la personne du fils d'Ibrahim, c'est indirectement toute la descendance du Père des Croyants, c'est-à-dire chaque croyant, qui aurait dû mourir, si un être innocent n'avait pas été sacrifié à leur place.
Pourquoi Ibrahim, ce grand Prophète qui avait une telle confiance totale en Dieu, avait-il besoin d'offrir un sacrifice ? Pourquoi son fils qui avait montré son obéissance totale à Dieu en acceptant de monter sur l'autel aurait-il dû mourir ? Nous avons vu que les sacrifices devaient être offerts par les hommes pécheurs pour recevoir de pardon de leur péché ; il n'y a donc qu'une explication possible : Ibrahim et son fils étaient pécheurs et avaient besoin que Dieu leur pardonne.
COMMENT ???!!! Les plus grands hommes de Dieu, le Prophètes qu'il a envoyés pour nous guider et qui sont des modèles pour nous, même eux avaient besoin du pardon de Dieu ? Pour le musulman qui connaît bien sa religion, cette révélation ne devrait pas être une surprise : dans le Qur'an, Dieu ne demande-t-il pas à Muhammad lui-même de demander pardon pour ses péchés ? (Par ex. sourate 40 (Les Croyants) verset 55, ou sourate 48 (La victoire éclatante) verset 2).
Si ces hommes exceptionnels avaient besoin d'être pardonnés... et moi, qui suis-je par rapport à eux ? ... cela me montre qu'à plus forte raison j'ai moi aussi un ENORME besoin de pardon. En effet, qui peut affirmer n'avoir jamais péché ? Qui sera assez orgueilleux pour prétendre être pur devant son Créateur ? Dieu qui est si saint peut-il supporter qu'un pécheur comme moi entre en Sa présence, dans Son Paradis ? Non, non, trois fois non !
Mais alors... le bien que je fais peut-il compenser le mal ? Serais-je pardonné si mes bonnes actions pèsent plus lourd que mon péché ? Réfléchissons-y : a-t-on jamais vu un juge acquitter un assassin parce que celui-ci avait sauvé une autre vie auparavant ? La victime demande justice, le criminel doit être puni et aucune bonne action ne peut effacer son crime. De même, à cause de notre péché, toi et moi, avec toute l'humanité, sommes coupables devant Dieu, nous encourons sa colère et méritons son châtiment.
N'y a-t-il donc aucun espoir pour moi ? Comment pourrais-je entrer au Paradis alors que j'ai tant offensé Dieu par mon péché ? Justement : c'est possible parce qu'un être innocent a pris sur lui la punition que tu méritais. Tel est le témoignage que le Prophète Yahia ibn Zakaria a rendu à Issah : il est l'Agneau de Dieu. Pour que le sacrifice soit valable, l'agneau devait être sans défaut : l'Agneau parfait qui s'offre pour les péchés de toute l'humanité devait donc être lui aussi parfait, sans péché. Le Coran, à la sourate 19 (Maryam) verset 19, atteste qu'Issah était pur et saint. De même que par Musa, Dieu avait ordonné aux hommes des temps anciens de sacrifier un agneau pour obtenir le pardon de leurs péchés, de même Issah, en mourant sur la croix à notre place, est devenu cet Agneau offert en sacrifice pour nos péchés. De même qu'Ibrahim a accepté de sacrifier son fils bien-aimé par obéissance envers Dieu, de même Dieu a accepté de laisser mourir Issah par amour pour nous. De même que le fils d'Ibrahim s'est soumis à Dieu jusqu'à accepter de mourir, de même Issah s'est soumis à Dieu jusqu'à déposer librement sa vie en sacrifice pour l'humanité pécheresse. Voilà le vrai message de l'Aïd al-Adha, la fête du sacrifice : un être innocent est mort à ta place, pour que toi qui étais coupable puisses être pardonné.
La preuve de tout cela a été apportée par Issah lui-même : 3 jours après sa mort, il est ressuscité, remportant la victoire sur la mort, comme en témoigne le Coran lui-même. En effet, dans la sourate 19 (Maryam), verset 33, Issah annonce : وَٱلسَّلَٰمُ عَلَىَّ يَوْمَ وُلِدتُّ وَيَوْمَ أَمُوتُ وَيَوْمَ أُبْعَثُ حَيًّۭا ce qui signifie : "Et que la paix soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant." Les théologiens musulmans Ismail ibn Kathir et Muhammad al-Tabari ont tous les deux compris ce passage non comme la résurrection des âmes à la fin des temps, mais comme une résurrection physique opérée par Dieu pendant la vie d'Issah sur Terre.

Al-fadhila - la vertu : c'est probablement la qualité que recherche le plus tout musulman pieux. Pourtant, la véritable clé pour l'accès au pardon de Dieu serait plutôt une autre attitude, très présente mais pas du tout valorisée dans la culture arabe : al-hchouma, la honte. Non pas une honte qui conduit au désespoir, mais une honte qui est le chemin vers al-tawba : la repentance. Car celui qui prend conscience de la saleté de son péché, celui qui pleure sur son état, est saisi de honte et se repent d'un coeur sincère, celui-là découvre le pardon.

بسم الله الرحمن الرحيم, Bismillah ar-rahman ar-rahim, Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Cette formule, qui se trouve au début de chaque sourate du Qur'an et que tout musulman pieux récite quotidiennement, exprime la nature même de Dieu : Dieu est miséricordieux, il désire pardonner le péché ! Le sacrifice que vous commémorez aujourd'hui nous montre que c'est possible : par Issah al-Masih, l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, Dieu nous manifeste sa miséricorde et son pardon !

Sur ce, chers amis musulmans de Dijon, de Strasbourg et d'ailleurs, je vous souhaite une très belle fête et que Dieu vous ouvre à tous les portes du Paradis !

2 commentaires:

karim Hamiti a dit…

Du sacrifice « d’Abraham » le père de la foi au sacrifice de « Jésus » à la croix en passant par le sacrifice rapporté dans la loi de « Moise », c’est tout un symbole; tu nous a montré comment Dieu a pu accomplir sa justice qui dit « le salaire du péché c’est la mort » dans son amour Dieu a envoyé une fois pour toute son « agneau sans défauts c-à-d saint, pur et éternel » pour réparer le péché de quiconque croit. Une vraie pédagogie pour nous. Aujourd’hui le juif ne célèbre plus ces sacrifices à Jérusalem car le temple est détruit en 70 par Titus, mais la vrais raison c’est que Jésus est venu pour accomplir ce sacrifice suprême. Merci Philip pour ton article très intéressant

Anne-Sophie a dit…

Merci beaucoup Philip pour cet article très clair et bien écrit ! :)