jeudi 1 août 2013

This is Life : Témoignages à volonté !

Salut à tous !

Il y a quelque temps, j'ai lu cet article de La Rébellution, qui présente une nouvelle initiative de quatre jeunes de 18 à 21 ans : un site Internet de témoignages : This is Life.

Dans l'article, un des initiateurs du projet, Geoffrey, 21 ans, étudiant en BTS management des unités commerciales et chrétien depuis un an environ, explique qu'au moment de sa conversion, il ressentait un profond besoin d'entendre d'autres parler de leur vécu, raconter comment Dieu a agi dans leur vie quotidienne. De ce désir est né le désir, ensemble avec trois autres jeunes chrétiens, de créer un site adressé aux jeunes, croyants ou non, qui mette à disposition des témoignages de jeunes croyants de tous horizons, avec la possibilité pour les visiteurs de partager leur propre histoire. Le tout, avec un graphisme jeune et dynamique.

Le site est lancé aujourd'hui, c'est pourquoi j'ai eu envie d'en parler aujourd'hui aussi. Alors, après avoir regardé leur vidéo-annonce ci-dessous, je vous invite à y faire un tour et à vous régaler !

samedi 27 juillet 2013

Jayson Casper/A Sense of Belonging : Le blog d'un journaliste américain et chrétien en Egypte

Bonjour chers lecteurs !

Les profonds bouleversements politico-sociaux au Moyen-Orient appelés couramment "Printemps arabe" n'ont décidément pas fini de nous surprendre. En Egypte, pays le plus peuplé de la région, une nouvelle page de l'histoire de la Révolution s'est clairement ouverte : le 3 juillet, le premier Président de la République démocratiquement élu, Mohamed Morsi, issu des Frères Musulmans, a été renversé par l'armée à la suite d'un vaste mouvement protestataire demandant son départ. Le nouveau Président de République par intérim, Adly Mansour, est très peu connu des Egyptiens. La figure de proue de l'opposition laïque et libérale, l'ex-Président de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique Mohamed al-Baradei, obtient le poste de vice-Président. Le nouveau Premier ministre, l'économiste Hazem al-Beblawi, est également issu des rangs de l'opposition. Mais le véritable nouvel homme fort du pays, c'est l'homme qui a renversé Morsi : le général Abdel Fattah al-Sissi, Ministre de la Défense et chef d'Etat-major. Le gouvernement de transition est essentiellement composé de technocrates sans affiliation politique, il compte 3 femmes et 3 coptes... mais pas un seul islamiste, alors que qu'on le veuille ou non, ceux-ci représentent une part importante de la société égyptienne. Les partisans des Frères Musulmans, eux, ne désarment pas : s'estimant victimes d'un coup d'Etat antidémocratique, ils exigent le retour de Morsi et continuent de manifester quotidiennement.

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Alors que des manifestations massives pour et contre le coup d'Etat ont eu lieu ce week-end et que des affrontements entre les deux cortèges ont ensanglanté le pays, je profite de l'actualité pour vous parler d'un blog très intéressant que je consulte régulièrement, d'un journaliste occidental, chrétien, résidant en Egypte : A Sense of Belonging (en anglais).

Jayson Casper, originaire des Etats-Unis et diplômé en économie et en islamologie, vit au Caire en Egypte avec sa femme Julie et leurs trois enfants. Il travaille comme rédacteur pour le magazine Arab West Report et ponctuellement comme journaliste indépendant pour différents médias chrétiens. Sur son blog, il propose des analyses approfondies de la situation politique, sociale et religieuse en Egypte. J'ai découvert son blog lorsque je commençais à m'intéresser à Rafiq Habib (d'ailleurs sa réflexion sur celui-ci (partie 1 et partie 2) vaut vraiment le détour) et depuis, je le visite régulièrement et corresponds aussi avec son auteur. Sur la page de présentation du blog, il écrit (traduit par moi) : "Le souhait de notre famille est d'apprendre à connaître et à apprécier tout ce que l'Egypte a à offrir et de découvrir sa langue, ses habitants, sa culture et ses religions. Nous espérons contribuer, par nos vies, nos amitiés et notre emploi, à la lutte contre les préjugés de nombreux Egyptiens envers les Américains et les chrétiens, et par nos écrits et nos visites aux Etats-Unis, à la lutte contre les préjugés de nombreux Américains envers les arabes, les musulmans et les orthodoxes. Notre prière est que nos vies à l'étranger plaisent à Dieu, qui désire que tous puissent expérimenter sa grâce, vivre en paix et aimer leur prochain." Leur blog s'inscrit tout à fait dans cette démarche.

Pourquoi un tel titre ? Parce que c'est ce qui résume son appel : parce qu'il vit en Egypte, Jayson Casper veut le meilleur pour l'Egypte et les Egyptiens ; parce qu'il n'est pas lui-même Egyptien, il ne sait pas ce qui est le meilleur pour eux et cherche donc à comprendre ce qu'eux-mêmes pensent plutôt que de leur imposer sa propre vision d'avenir d'Occidental. C'est ce qu'il appelle le "foreigner's sense of belonging", le sentiment d'appartenance de l'étranger.

Petit aperçu de quelques-unes de ses analyses les plus intéressantes :
- Le survol le plus complet que je connaisse, en 19 pages (avec un résumé en ligne, le reste étant accessible en PDF), du militantisme copte né de la Révolution égyptienne, avec une description fouillée de tous les principaux mouvements, leur idéologie, leurs alliances et rivalités et leurs relations avec les autres mouvements révolutionnaires.
- Une réflexion pertinente et nuancée sur ce que les chrétiens occidentaux devraient penser du coup d'Etat militaire contre Morsi, entre refus de l'islamisme et attachement aux principes démocratiques.
- Cet interview sur les motivations d'un citoyen égyptien lambda, engagé dans la campagne d'opposition demandant la démission de Morsi.
C'est également Jayson qui a écrit le reportage sur Christianity Today ayant inspiré cet article.

Par ailleurs, tous les vendredis (jour du culte dans l'islam), Jayson publie une prière pour l'Egypte. Ces prières sont rédigées de façon à ce que tout un chacun, quelle que soit sa religion ou son appartenance politique, puisse l'adresser à Dieu. Dans ses prières, il demande à Dieu de faire triompher la paix, la justice et la vérité, pour tous. Exemple : le vendredi suivant le coup d'Etat, alors que la très grande majorité des chrétiens égyptiens (sauf certains mouvements de jeunes révolutionnaires, hostiles aux Frères Musulmans mais inquiets du retour de l'armée) ont soutenu le coup d'Etat (cf la photo de l'annonce du coup d'Etat, sur laquelle on voit le pape copte Tawadros apparaître aux côtés du général al-Sissi et du nouveau Président de la transition), Jayson demandait à Dieu de protéger les Frères Musulmans de toute injustice, des arrestations arbitraires et de la marginalisation ! Parce que même si le projet de société des Frères a de quoi inquiéter, Dieu nous appelle à désirer la justice pour tous, même pour nos ennemis. Hier encore, dans sa dernière prière, il demandait la paix et la protection pour tous les Egyptiens.

Bref, un blog très intéressant d'une personne très intéressante, que, vous l'aurez compris, je recommande chaudement à tous ceux désireux de mieux comprendre les enjeux complexes des événements actuels en Egypte et au Moyen-Orient.

Enfin, puisque j'ai parlé de Rafiq Habib, je termine mon article sur un mot pour ceux qui se demandent ce qu'il est devenu à la suite des événements récents : aux dernières nouvelles, après avoir vainement appelé le Président Morsi (dont il était conseiller) à quitter le pouvoir, il a démissionné de toutes ses responsabilités politiques pour se consacrer à son travail de chercheur.

dimanche 21 juillet 2013

Tony Anthony : "L'Oeil du Tigre" était un canular !

Salut tout le monde !
Les lecteurs attentifs de mon blog se sont peut-être aperçus que depuis quelque temps, un titre a disparu de ma liste de "Bouquins préférés"...

L'Oeil du Tigre est un livre qui a marqué toute une génération d'ados évangéliques dont je fais partie : il s'agit de l'autobiographie de Tony Anthony, né à Londres d'un père italien et d'une mère chinoise et élevé en Chine par son grand-père, un moine shaolin et maître réputé de kung-fu. Dès son enfance, son grand-père lui enseigne cet art martial et devenu adulte, Tony Anthony deviendra champion du monde de kung-fu trois années d'affilée. A la fin de sa carrière sportive, il devient garde du corps d'élite pour les puissants de ce monde. Mais la violence omniprésente dans sa vie a fini par le conduire à sa perte : après plusieurs meurtres, il sera emprisonné dans une prison de haute sécurité sur l'île de Chypre. Mais c'est dans cette prison qu'il va découvrir une nouvelle espérance qui transformera sa vie et le délivrera du cycle de la violence : le message de l'Evangile.
Entretemps, de très nombreuses vies ont été marquées par ce témoignage bouleversant, ce livre passionnant et plein d'aventures, de suspense et de rebondissements, qui de plus offre un éclairage intéressant sur les arts martiaux et leur arrière-plan spirituel. L'Oeil du Tigre a fait de son auteur une star internationale, invité à des événements dans le monde entier pour venir raconter son histoire. 1,5 millions d'exemplaires ont été vendus dans 25 pays. Le seul problème : tout est faux ! Tony Anthony s'appelle en réalité Andonis Andreou Athanasiou, né à Londres de parents grecs originaires de Chypre. Il n'a jamais fait de kung-fu, vécu en Chine ni été garde du corps de qui que ce soit Alors qu'il présentait son livre comme une histoire vraie, il s'avère qu'une grande partie des événements qui y sont décrits sont totalement inventés et même que certains passages ont été directement copiés... d'un livre parlant de Bruce Lee !

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Ce livre, je l'ai découvert à 16 ans, quand un camarade de lycée m'en a parlé. En le lisant, j'ai été fasciné par cette histoire extraordinaire et touché par la puissance de l'amour de Dieu pour changer le cœur d'un criminel endurci. Je l'ai d'ailleurs prêté et offert à plusieurs amis non croyants, dont un camarade de lycée qui fait du kung-fu. J'ai même vu l'auteur raconter son histoire en live, lors de la rencontre de jeunes de Pentecôte 2007 à Valence. J'ai d'ailleurs une amie qui s'est convertie ce soir-là, par son témoignage, et dont j'ai fait la connaissance par la suite. A l'époque, jamais il ne me serait venu à l'esprit de douter de l'authenticité de ce témoignage. Il y a deux ans environ, j'ai même publié une vidéo de son témoignage sur mon blog (dans un article que je viens de supprimer).

Par la suite, j'ai quand même eu envie de faire des recherches à ce sujet... et c'est là que j'ai commencé à avoir des doutes : en effet, alors qu'il se prétend triple champion du monde de kung-fu, on ne trouve aucune trace de lui sur les sites Internet dédiés au kung-fu ! Lui affirme écrire sous un pseudonyme et modifié des détails pour des raisons de sécurité et avoir obtenu ces titres sous un autre nom, ce qui a du sens ; mais même dans ce cas, il y aurait des interviews, des photos sous lesquelles on pourrait le reconnaître, etc. Mais à l'époque, je me disais encore que je n'avais sûrement pas accès à tout et que les éditeurs devaient bien avoir vérifié les faits avant de publier son livre. Pour être franc : j'ai fermé les yeux sur les faits dérangeants, parce qu'au fond de moi je je ne voulais pas admettre que l'histoire soit fausse. Et le plus grave : j'ai publié l'article sur mon blog dont je parle plus haut APRÈS avoir constaté le manque de faits corroborant sa véracité.

Avec le temps, je me suis rendu compte que les voix dans le milieu chrétien (et au-delà ; je me dois par exemple de mentionner le travail d'enquête remarquable de ce forum consacré aux arts martiaux, sur 71 pages !) qui mettaient en doute le témoignage de Tony Anthony se faisaient de plus en plus nombreuses, y compris des personnes ayant travaillé directement avec Tony Anthony.
En ce qui me concerne, je suis donc devenu de plus en plus sceptique, d'autant plus après avoir lu cet article, puis celui-ci (en anglais) : l'auteur du deuxième a rencontré Tony Anthony et lui a montré un mot écrit en chinois en lui demandant de les lire puisqu'il avait été élevé en Chine ; mais celui-ci en a été bien incapable. Il s'est justifié en disant que c'était il y a trop longtemps et que même s'il reconnaît encore des symboles isolés, il ne s'en souvient plus assez pour lire couramment. Ok, ça a du sens... sauf que le mot en question était le mot "kung-fu" en chinois, qu'il pouvait difficilement avoir oublié puisque d'après son livre il le voyait tous les jours ! Un autre point : Tony Anthony dit s'être converti à Jésus-Christ par un évangéliste dénommé Michael Wright qui venait lui rendre visite en prison... mais curieusement, on ne trouve sur Google aucune référence à un évangéliste de ce nom, à part les sources directement liées à l'histoire de Tony Anthony. Il y a bien cette vidéo dans laquelle un homme se présentant comme Michael Wright raconte comment il a connu Tony Anthony en prison... mais elle a été publiée par Tony Anthony lui-même, ce qui met sérieusement en doute son authenticité.

Il y a quelque temps, l'Evangelical Alliance (alliance évangélique britannique) a décidé, compte tenu des inquiétudes exprimées par de plus en plus de personnes, de mener une enquête sur le témoignage de Tony Anthony. Vous pouvez lire le rapport d'enquête ici et la conclusion de l'Evangelical Alliance ici. L'enquête a conclu que d'importantes parties de la prétendue "autobiographie" sont clairement fictives. Par la suite, Avanti Ministries, l'organisme qui soutenait Tony Anthony, a annoncé cesser ses activités et la maison d'édition qui a publié son livre l'a retiré des ventes. Tony Anthony, pour sa part, a publié un communiqué sur son site dans lequel il continue d'insister que son histoire est vraie... mais sans pour autant répondre à une seule des interrogations de l'enquête. Pour ma part, je n'en crois plus un mot : cette histoire est fausse.

Maintenant que j'en suis arrivé à cette conclusion, je voudrais demander pardon à tous ceux que j'ai induits en erreur en leur prêtant ou en leur offrant ce livre.

Je pense que toute cette histoire prouve à quel point chacun de nous peut être peu regardant de l'authenticité des faits lorsque quelque chose nous plaît. C'est particulièrement vrai pour les croyants : lorsque quelqu'un qui se présente comme notre frère en Christ dit ou écrit quelque chose qui semble glorifier Dieu, nous nous réjouissons... et oublions bien trop souvent de vérifier l'authenticité de ce qu'il dit. Attention : je ne montre personne du doigt par cette critique et je m'y inclus volontiers moi-même. Le livre de Tony Anthony a été lu par des millions de personnes, d'innombrables prédicateurs et des sites Internet des plus respectables y font référence... et pourtant... Alors, je partage la réflexion d'un certain David (que je ne connais pas) dans ce commentaire : "Si déjà le monde universitaire non-chrétien s’impose des normes et des règles éthiques pour éviter la diffusion de fausses informations, ne devrions nous pas en tant que chrétiens être au moins aussi exigeant ?"

Pour conclure, je m'interroge : quelles leçons tirer de cette affaire en tant que chrétiens ? Le mensonge de Tony Anthony remet-il en cause la vérité du message de l'Evangile ? Absolument pas ! Les histoires de ce genre ont existé à toutes les époques, la Bible elle-même nous en parle déjà... et voici ce qu'elle en dit : "Quelques-uns, il est vrai, prêchent Christ par envie et par esprit de dispute ; mais d'autres le prêchent avec des dispositions bienveillantes. Ceux-ci agissent par amour, sachant que je suis établi pour la défense de l'Evangile, tandis que ceux-là, animés d'un esprit de dispute, annoncent Christ par des motifs qui ne sont pas purs et avec la pensée de me susciter quelque tribulation dans mes liens. Qu'importe ? De toute manière, que ce soit pour l'apparence, que ce soit sincèrement, Christ n'est pas moins annoncé : je m'en réjouis, et je m'en réjouirai encore." (Philippiens 1:15-18)
Loin de moi, bien sûr, de cautionner un mensonge flagrant sous prétexte qu'il contribuerait à l'avancée d'une vérité supérieure : il n'y aurait rien de plus contradictoire avec la foi chrétienne !!! Maintenant que la vérité a éclaté, il est tout à fait normal de tout faire pour se désolidariser de cette tromperie.
MAIS, quelles que soient les réelles motivations de cet homme (désir sincère de faire avancer l'Evangile, par de mauvais moyens ? ou auto-glorification, soif de célébrité ?), il n'empêche que Dieu s'est servi même de ce mensonge pour faire avancer son Royaume. Les fruits sont là : par la fausse histoire de Tony Anthony, de nombreuses personnes ont mis leur foi en Jésus-Christ et de nombreuses vies brisées ont été restaurées. Alors, je continue à glorifier Dieu pour le bien qu'il a accompli à travers Tony Anthony. Ça ne justifie évidemment en rien le mensonge du messager, mais ça montre que Dieu, qui savait tout le long, est souverain même sur ce mensonge et s'est servi de ces circonstances pour apporter le salut et la guérison a beaucoup de personnes. Ça me fait penser, même si je suis tout à fait d'accord que le contexte de ce verset est totalement différent, à l'apôtre Paul qui dit que "là où le péché abonde, la grâce surabonde"... la grâce de Dieu est souveraine même sur nos péchés.

Pour aller plus loin, je vous propose de lire cet article sur l'excellent site de la Rébellution.

dimanche 23 juin 2013

Montbéliard, FC Sochaux et la famille Peugeot : une empreinte protestante en Franche-Comté

Salut à tous !

Le week-end dernier, j'ai participé au camp de fin d'année des Groupes Bibliques Universitaires de la région Est, avec des étudiants de tous les campus d'Alsace (Strasbourg, Mulhouse, Colmar), Lorraine (Nancy, Metz, Epinal) et Franche-Comté (Besançon, Belfort). Nous avons logé dans une ferme près de Florimont dans le Territoire de Belfort, en pleine nature et dans un cadre magnifique. Dimanche, nous sommes allés à l'Eglise évangélique mennonite de Montbéliard pour participer au culte et présenter le GBU. C'est la première fois que j'étais dans cette ville (même si ma famille vit en Franche-Comté, à Dole dans le Jura), que je connaissais déjà comme un centre important du protestantisme en France. Alors en rentrant, j'ai eu envie de faire des recherches et d'écrire un article sur cette ville riche en histoire qui a beaucoup apporté à notre pays, auquel elle n'appartient que depuis assez récemment (1793). En plus de sa spécificité religieuse (protestante luthérienne), Montbéliard est la ville natale d'une de ses plus grandes familles d'industriels : la famille Peugeot, les fondateurs de la célèbre marque automobile. Région rurale agricole, elle a également donné son nom à une race de vaches qui y a vu le jour. De plus, avec la petite ville de Sochaux qui fait partie de la même agglomération, elle est le lieu de naissance d'un important club de football, le plus ancien club professionnel français et celui qui totalise le plus de saisons en D1/Ligue1 : le FC Sochaux-Montbéliard. Voici donc le fruit de mes recherches, avec un grand merci à Jean-David, jeune prof d'histoire-géographie rencontré à ce week-end, d'avoir accepté de m'en faire la relecture.

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A l'époque féodale, la ville et ses environs formaient le Comté (1042-1495) puis la Principauté de Montbéliard (1495-1793), sous la souveraineté du duc de Wurttemberg. Vassale du Saint-Empire Romain Germanique, proche de la Suisse, voisine de la Franche-Comté sous domination espagnole, Montbéliard a cependant toujours gardé pour langue le français. Au début du 16° Siècle, la ville se remet difficilement des dégâts causes par la peste et la Guerre de Cent Ans... une période de crise qui suscite des interrogations spirituelles chez les habitants, révoltés par la richesse et les abus du clergé.

C'est dans ce contexte que la ville s'ouvre à la Réforme protestante : en 1524, le Réformateur français Guillaume Farel arrive à Montbéliard, invité par le duc Ulrich VI, et commence à y prêcher. D'après la légende, il prêche en se tenant sur la Pierre à poissons (cf photo), le plus ancien monument qui subsiste dans la ville. Sa prédication y rencontre un vif succès : au bout d'un an, la moitié de la ville est convertie au protestantisme... mais, sous la pression de l'archevêque de Besançon, Farel est expulsé.
C'est un autre Réformateur, Pierre Toussain, qui poursuivra son travail. En 1538, la Principauté de Montbéliard adopte officiellement le protestantisme, sous sa forme luthérienne.

Un peu plus d'un siècle plus tard, le Roi de France ayant pris le contrôle de l'ensemble de l'Alsace et de la Franche-Comté, la Principauté de Montbéliard, ainsi que la proche République de Mulhouse, également protestante mais germanophone, constituent deux villes-Etat indépendantes mais entièrement enclavées dans le territoire français. D'ailleurs, la France cherchera plusieurs fois à asservir Montbéliard (et à convertir la population au catholicisme), mais sans succès durable. Au début du 18° Siècle, des familles anabaptistes d'origine alsacienne (dont les mennonites sont les héritiers contemporains) s'installent et deviennent les principaux propriétaires terriens ; c'est dans leurs élevages qu'apparaitra plus tard la vache montbéliarde. Sur le plan religieux, la tolérance règne pendant cette période : l'Eglise luthérienne est reconnue comme religion d'Etat, mais il existe des lieux de culte catholiques et juifs reconnus, les réformés peuvent pratiquer en privé et les anabaptistes vivent à l'écart.

C'est dans une de ces fermes mennonites que nous avons été hébergés au courant de ce week-end et c'est dans une église mennonite de Montbéliard, héritière de l'anabaptisme historique, que nous sommes allés dimanche pour le culte... ainsi notre petite histoire rejoint la grande Histoire.

C'est seulement après la Révolution française que Montbéliard (et Mulhouse) seront intégrées à la France. Dès 1789, un parti pro-français naît dans la Principauté, alimenté par la par la famine et par la dureté de la noblesse locale. Le 10 octobre 1793, Montbéliard est officiellement annexée par la toute jeune République française. Elle est d'abord rattachée au département de Haute-Saône (Franche-Comté), puis en 1797 au département du Mont-Terrible qui est supprimé et incorporé au Haut-Rhin (Alsace) en 1800. Enfin, en 1816, elle est intégrée au département du Doubs, en Franche-Comté, dont elle est une sous-préfecture jusqu'à aujourd'hui.

Mais, si l'économie montbéliardaise profite de la suppression des frontières, les idéaux révolutionnaires sont en revanche mal acceptés : surtout, les protestants montbéliardais n'acceptent pas la tentative de remplacer le christianisme par le culte "rationnel" de "l'Être suprême" et insistent pour conserver leur liberté de culte. Le Concordat de Napoléon vient remédier à la situation : l'Eglise luthérienne de Montbéliard est rattachée à Strasbourg et les pasteurs deviennent fonctionnaires de l'Etat jusqu'en 1905.
En 1870, suite à la défaite de Napoléon III contre l'Empire prussien, l'Alsace et la Moselle sont annexées par la Prusse, mais la commune de Belfort, qui constitue à cette époque l'extrême Sud-Ouest du Haut-Rhin, résiste à l'envahisseur et reste française. C'est alors que le Territoire de Belfort devient le 4° département de Franche-Comté et que Montbéliard sera coupée de l'Alsace, mais son Eglise luthérienne restera dépendante de Strasbourg.


C'est au 19° Siècle, pendant la Révolution industrielle, que se sont faits connaître les plus illustres enfants de Montbéliard : la famille Peugeot, une des plus anciennes familles historiques d'industriels français. Fondateurs de l'entreprise automobile Peugeot dont ils implantent les premières usines dans le Pays de Montbéliard, ils sont encore aujourd'hui la 36° fortune de France avec un patrimoine s'élevant à 1 355 millions d'euros. Protestants pieux (particulièrement les plus anciens ; pour la jeune génération je ne sais pas), leur succès illustre à merveille les thèses du sociologue allemand Max Weber sur l'éthique protestante du travail et le rapport entre foi protestante et esprit d'entreprise. Mais les Peugeot sont loin d'être des capitalistes cupides : soucieux du bien-être de leurs employés et sensibles, en raison de leur foi protestante, aux questions de justice sociale, ils créent une caisse de pensions pour les veuves en 1811, une assurance mutuelle sociale en 1853 (près d'un siècle avant la sécurité sociale), un hôpital qui soigne gratuitement les ouvriers victimes d'accidents du travail en 1870 et une caisse de retraite ouvrière en 1876. En 1928, ils créent le FC Sochaux, premier club de football professionnel en France. Pendant l'Occupation (1940-1945), forcées comme d'autres entreprises françaises à collaborer à l'effort de guerre allemand, les entreprises Peugeot feront tout leur possible pour résister.

Pour conclure, je mentionnerai encore que Patrick Peugeot, un cousin éloigné de la grande famille d'industriels et également protestant, est depuis 2006 président de la Cimade, association œcuménique d'inspiration protestante de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile. Comme quoi, non, le vieil attachement protestant à la justice sociale n'est pas mort !

mercredi 19 juin 2013

Quentin Bance : Miracle en 3 leçons

Salut chers lecteurs !

Lors d'une sortie ce week-end avec des amis du Groupe Biblique Universitaire, samedi soir lors d'une soirée autour du feu, une amie qui est responsable du GBU du campus d'Illkirch (campus décentralisé au nord de Strasbourg) a raconté que Quentin Bance, un étudiant de son groupe, a eu un très grave accident de moto (il est passionné de moto) en avril, qui a failli lui être fatal. Suite à cet accident, les étudiants du GBU d'Illkirch se sont beaucoup mobilisés pour prier pour lui, passant parfois des journées entières dans le jeûne et la prière. Aujourd'hui, alors qu'il aurait pu rester handicapé à vie ou même mourir, toutes les blessures que Quentin a eues lors de cet accident sont guéries et il est sorti de l'hôpital sans aucune séquelle, sauf une fracture au poignet dont il se remettra rapidement.
En entendant mon amie, j'ai été frappée : ce Quentin, je le connais, je l'ai déjà vu plusieurs fois, nous avons beaucoup d'amis communs et j'ai chanté au son de sa guitare, lors d'une soirée chez une amie il y a deux ans il m'avait même raconté son histoire, mais... je n'avais pas du tout entendu parler de son accident ! Passé le premier choc de l'apprendre comme ça (et ma réaction sur le coup qui n'était pas vraiment appropriée et qui, je sais, a gêné plusieurs personnes présentes ce pourquoi je leur demande pardon), je réalise à quel point Dieu a protégé mon ami : qu'il soit encore en vie est un miracle ! Je n'ai donc plus qu'un seul regret : n'avoir pas pu, puisque je n'étais par au courant, participer à cette mobilisation dans la prière pour lui... même si je me rends compte que c'est facile de dire ça aujourd'hui que je connais le fin mot de l'histoire alors que si j'avais su mon inquiétude aurait sans doute été terrible, alors que cette année j'avais déjà franchement beaucoup de choses en tête.
J'ai parlé avec Quentin ce matin et il m'a aussitôt envoyé un témoignage qu'il a écrit sur ces événements. Je lui ai demandé si je pouvais le publier sur mon blog, en pensant qu'il n'accepterait jamais, mais à ma grande surprise il m'a même encouragé à le faire, avec son nom. Je le remercie et vous laisse donc lire son histoire.

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Introduction

Malgré mon jeune âge, j’ai dû affronter beaucoup d’épreuves, mais celle qui se produisit le 15 avril 2013 fût l’une des plus dures et des plus enrichissantes sur le plan humain et spirituel. Cette expérience m’appris trois choses.
• La première mes frères et soeurs, c’est que : la prière ça marche ! ça marche et c’est une arme redoutable contre l’ennemi. Dieu vous entend et vous entendra toujours.
• La deuxième concerne l’engagement, quand vous prenez une décision avec Dieu, vous devez vous y tenir. Quand vous sentez au plus profond de votre coeur que c’est la bonne chose à faire… faites-le, et ne vous laissez pas abuser par quelques tours que vous joue l’ennemi. Car le diable peut facilement vous détourner du bien, il est le père du mensonge et du mal, il ne faut jamais l’oublier.
• Et pour finir, j’ai enfin compris le verset qui dit « honore ton père et ta mère » (Marc 7, 9-10) cela ne signifie pas ramener de bonnes notes ou être poli, être présent à noël et pour les anniversaires, NON, cela signifie qu’il faut arriver à créer une relation avec eux. Les respecter et les aimer, autant que tu te respectes et autant que tu t’aimes. N’insulte pas tes parents et ne les maudit pas quand ils te privent de sorties ou quand ils te punissent car tout ce qu’ils font c’est pour ton bien.
Contrairement à la plupart de mes amis je n’ai pas été élevé dans le « cocon » chrétien. Ma perception de Dieu s’arrêtait à un vieux bonhomme avec une longue barbe blanche. Je ne connaissais ni Jésus, ni la Bible, ni même l’espoir d’une vie après la mort.
Cependant une personne, Thomas Arnoldy, planta une graine dans mon coeur et le saint esprit la fit grandir. Et petit à petit je découvris qui était Jésus et ce qu’était la foi. Mais je m’égarais à vouloir devenir un « bon » chrétien, car en vérité j’étais loin de connaître la grâce et l’amour de notre Père. Je continuais à pécher et je suis devenu « un chrétien du dimanche », je n’avais pas de vraie relation avec Dieu et je ne produisais que peu de fruits.
Certaines personnes sages apprennent sans qu’elles aient à souffrir… ce ne fut pas mon cas. Ce 15 Avril 2013 à environ 16h de l’après-midi j’eut un grave accident de moto et malgré toutes mes blessures Dieu me garda en vie et je suis devenu, pour mon entourage, un miraculé.

Chapitre 1 : l’accident
La météo annonçait une magnifique journée. L’occasion rêvée de sortir la moto avant mon grand départ, car je devais effectuer un stage au Canada dans le cadre de ma formation à l’université. Je partis donc avec une amie sur les routes sinueuses des cols de montagne d’alsace. Une grande courbe se présentait devant moi. Comme tout bon motard, j’attaque cette courbe pour atteindre le point de corde et ressortir rapidement, la route était propre et aux vues du virage qui se présentait à moi je n’excédais pas les 90 kilomètres/h, mais au moment de sortir de ce virage un motard est venu en face, distrait, je ne fis plus attention à mon allure et j’arrivais beaucoup trop vite pour le virage suivant, j’essaie donc de freiner de l’arrière mais ma roue se bloque, et la moto commence à chasser, tout se passe très vite. Je n’ai pas le temps de réaliser que je vais tomber que je suis éjecté de la moto et projeté de face sur un rocher. Et c’est là que Dieu fit sa première apparition, car je ne pris pas le rocher de dos, ce qui m’aurait probablement rendu paraplégique ou tétraplégique, ni sur la tête, ce qui m’aurait probablement tué, mais bien de face au niveau du torse.
Je suis resté inconscient quelques temps… puis, je me suis réveillé et je commençais à ressentir un mal si fort que je ne pouvais rester muet, j’appelais à l’aide mais personne ne m’entendait, mon amie qui me suivait avait pris un peu de retard, elle ne put voir mon accident et ne me vit pas dans le fossé plein d’eau dans lequel j’étais allongé.
Puis je vis quatre personnes, une femme et peut être son mari qui ont prévenu les pompiers, elle plaça une couverture de survie sur moi le temps que les pompiers arrivent, il y avait aussi deux hommes, l’un d’eux était à ma tête l’autre près de mon torse et mes jambes. Ce fut les plus longues minutes de ma vie, je ne le savais pas encore mais j’avais 3 cotes cassées, le poumon perforé, la rate, le rein et le foie gravement endommagés ainsi qu’une fracture du poignet.
Je ne pouvais respirer dans ce fossé, sa forme comprimait ma cage thoracique. Je voulais me dégager, mais les personnes autour de moi m’en ont empêché, de peur que je ne me fasse encore plus de mal.
Alors un homme vint au-dessus de moi, il était de carrure moyenne, il passa sa main dans mon dos et me souleva légèrement pour que je puisse respirer. Au moment de l’accident je pesais 98kilos pour 1m80 et cet homme me teint jusqu'à l’arrivée des pompiers. Mes frères et soeurs je ne vois pas d’autres explications, Dieu lui a donné la force de me soutenir, avec un bras, pendant plus de dix minutes ; cet homme me souleva pour que je ne m’étouffe pas.
Une fois les pompiers arrivés, je leur parlais un maximum pour leur dire ou j’avais mal pour qu’il puisse m’emmener rapidement et que ce cauchemar finisse mais en vérité tout ne faisait que commencer.

Chapitre 2 : l’arrivée à l’hôpital
Les pompiers ont découpé mon jeans, mon blouson, mon tee-shirt et mon casque et ils me mirent comme ils purent dans l’ambulance et on me donna un calmant pour que je souffre moins, le trajet fut long et douloureux, mais je restais conscient jusque sur la table d’opération où je suis tombé dans le coma. La priorité pour les médecins était de déterminer les traumatismes dont j’étais victime. Ils m’ouvrirent sur 30 cm et ils m’ôtèrent la rate, ils n’ont touché ni au rein ni au poumon ni au foie car leur seconde mission était d’arrêter les multiples hémorragies qui venaient de se déclarer, et encore une fois Dieu est intervenu, car la chirurgienne me sauva in extrémis, elle même se demandant comment cela était possible ?
Je suis persuadé que Dieu guida ses mains, car ce n’était pas dans le plan de Dieu que je meurs. Je fus amené en réanimation, j’étais intubé et 6 tuyaux sortaient de mon corps. Mon torse et mon ventre étaient gravement touchés, mais déjà les médecins me trouvaient extrêmement chanceux de n’avoir, ni perdu mes jambes, ni mes bras, ni ma tête, aux vues des circonstances de l’accident. Dieu est bon et il m’a rappelé à lui, à ce moment je ne vis pas encore le plan de Dieu, d’ailleurs encore aujourd’hui je ne le vois pas complètement mais je remercie Dieu de m’avoir permis de garder mes jambes et mes bras.
Je suis resté un ou deux jours dans le coma et à mon réveil je vis ma mère, qui a eu la peur de sa vie.
La pire souffrance que peut endurer un parent est de devoir enterrer son enfant et nous n’étions pas loin de cette réalité, voilà pourquoi ma mère eut si peur. Grâce à Dieu nous avons des amis, croyants et non croyants, et… croyez le ou non… mais même les non croyants se sont mis à prier. J’ai fait peur à beaucoup de monde et à travers ces quelques lignes je m‘en excuse, mais c’était un passage nécessaire pour que je grandisse dans la foi.

Chapitre 3 : Le service de réanimation et des soins intensifs
Je suis resté longtemps en réanimation et je fis quelques allés retours entre le service des soins intensifs et la réanimation, j’eu trois chambres et à chaque fois je ne revenais pas en forme. Les places en réanimation sont très demandées, donc quand un patient va un peu mieux, on le transfert dans le service des soins intensifs. Je ne fus pas transféré tout de suite car en sortant du coma je n’étais pas encore stable, je suis donc resté encore plusieurs jours en réa.
Il était maintenant impératif de soigner mon poumon, je ne suis pas médecin mais je vais tenter de vous expliquer ce que je devais faire chaque jour. J’avais des exercices de respiration à faire, et plusieurs fois par jour, on me branchait à une machine qui obligeait mes poumons à se gonfler et à se dégonfler complètement. Pendant 1h je devais subir ce traitement. Cette méthode me permettait de sortir toute l’eau et les impuretés emmagasinées. La machine était reliée à un masque qu’on me mettait sur la tête, c’était très désagréable, et après chaque séance j’étais épuisé. En plus des antibiotiques, ce traitement devait « guérir » mon poumon.
Je ne dormais pas beaucoup la nuit, car j’avais beaucoup de fièvre. Pendant plus de 10 jours ma fièvre oscillait entre 38 et 40, on me donna des poches de glace pour me refroidir, je me réveillais en pleine nuit paniqué à l’idée de partir dans mon sommeil. Il m’est même arrivé de me réveiller ne sachant plus ou je me trouvais et cette nuit-là, Dieu a organisé les choses pour que je n’aggrave pas mon cas, car cliniquement il m’était impossible de me lever de mon lit d’hôpital… pourtant, à environ 2h du matin, je me suis réveillé complètement perdu et désorienté, je me suis dressé sur mon lit d’hôpital et je commençais à tirer sur les câbles et les tuyaux… une infirmière, exactement à ce moment, m’aperçut à travers une petite fenêtre, elle s’empressa de venir près de moi, de me rassurer et de me rallonger.
Je continuais à ne pas dormir, à souffrir et mon moral commençait sérieusement à baisser, quand une nuit…J’aperçus Jésus, il était là…sur le mur de ma chambre, avec trois cercles au dessus de sa tête, je ne sais pas encore à quoi correspondent ces cercles, il me souriait et juste à coté de lui une croix s’était formée avec les lumières de tous les appareils qui se trouvaient derrière mon lit. A ce moment je sus que je n’étais plus seul.
Après une nuit difficile j’aperçus souvent un petit signe de Dieu, un oiseau sur une branche près de ma fenêtre ou un rayon de soleil qui rentre dans ma chambre juste sur ma main et qui me réchauffait le corps et surtout, qui me réchauffait l’âme. Grâce à Dieu et aux prières de tout le monde je tenus bon. La chaine de prière était si grande, en Alsace en Moselle en Belgique au Canada, en Australie, beaucoup de monde pensait et priait pour moi. C’est la le premier point que j’aimerais que vous reteniez.
La prière ça marche, car il est dit "Ainsi, comme nous savons qu'il nous écoute quand nous lui présentons une demande, nous savons aussi qu'il nous accorde ce que nous lui demandons." 1 Jean 1.15
C’est vrai que parfois on se dit « au final je parle tout seul », « Est-ce qu’il m’entend vraiment ? ça va marcher ou pas ? Bon allez je le fais pour avoir bonne conscience… » Croyez-moi mes frères et soeurs, la prière ça marche car dès que je devais subir quelque chose, la douleur était là mais elle restait supportable. On m’ a mis ce masque de respiration qui me comprimait le visage, on m’ a placé un cathéter au niveau de l’artère fémorale alors que j’étais conscient, on m’ a fait des points de suture à vif…et j’en passe. Toutes ces épreuves, tout ça je l’ai surmonté, avec douleur certes, mais une douleur bien moins importante que la normale, et tout cela, c’est grâce à toutes ces prières qui sont montées vers Dieu, il vous a entendu mes amis, Merci à vous de l’avoir fait. Cependant attention, Dieu n’est pas un magicien qui exauce vos voeux, il ne s'agit pas d'insérer votre prière dans une bouteille, de frotter un peu et de recevoir tout ce que vous voulez. Si toutes nos prières étaient exaucées, nous serions de vilains enfants gâtés. Dieu a une vue d’ensemble, ce qui nous semble bon pour nous sur le moment, ne l’est finalement peut être pas si on connaissait l’ensemble du dessein.
Dieu sait ce qui est le meilleur pour nous, et pas nous. Il est écrit dans 1 Jean 5.14 : "[...] si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute". Remarquez l'expression "selon SA volonté". Notre attitude dans la prière doit suivre l’exemple de Jésus qui a dit "[...] Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe. Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne, qui soit faite" (Luc 22.42). C’est un Dieu tout puissant, il te répondra, viens à lui simplement.
Plusieurs jours se passent et mon état commence à se stabiliser. Je pars donc en soins intensifs ou je ne reste que quelques heures, car mon état s’est dégradé tout de suite. J’attrape un germe qui engendre une infection au poumon en plus de tout cela, avec le transport et étant très faible, je tombe malade. Bronchite et infections diverses s’attaquent à moi et mes deux poumons finissent par être touchés, ce qui engendre une carence en oxygène et si cela persiste je pourrais mourir.
On me redescend en réa. Lorsque mon cerveau était sur le point d’être touché, ma saturation en oxygène se mit à remonter avec, bien sur, l’intervention des chirurgiens. J’étais dans les vaps à ce moment-là donc je ne peux que vaguement vous raconter mon deuxième passage près de la mort. On pourrait dire « Ouah il a eu de la chance heureusement que les médecins étaient là » oui bien sur, heureusement que les médecins étaient là, mais Dieu mit son grain de sel, car c’est un infirmier qui prit la décision de me redescendre en réa. Il ne savait pas quoi faire, et il eut la conviction que je ne devais pas rester la, il suivi son instinct et me transféra. Il ne savait pas encore que j’avais un grave problème.
Et c’est reparti pour la réanimation, où mon état se stabilise à nouveau au bout de quelques jours, on prend donc la décision de me retirer le drain thoracique. Toujours des nuits difficiles et des examens à n’en plus finir plus douloureux les uns que les autres.
Je repars en soins intensifs. 2 jours se passent, et tout semble bien se passer, sauf la fièvre qui refuse de baisser. On m’autorise à boire et manger, en petites quantités. On me retire encore quelques tuyaux : il ne me reste plus que le cathéter. Mais le 3ème jour, une hémorragie au niveau du rein se déclare, en quelques minutes une dizaine de médecins et d’infirmières se retrouvent autour de moi, pourtant je reste très calme en leur disant que tout va bien et que je me sens bien, seulement je perds énormément de sang, je deviens blanc et je commence à avoir froid, les médecins baissent le lit pour mettre la tête en arrière (afin que le cerveau reste irrigué, je suppose) je me mets à trembler, je regarde l’infirmière au-dessus de ma tête…et je lui demande… si je vais mourir. Je vois tout au ralenti, je sens que les dernières forces qu’il me reste m’abandonnent, les médecins tentent de compenser la perte de sang, par plusieurs perfusions de sang. Le troisième passage près de la mort est arrivé, on m’emmène au bloc le plus vite possible. Je vois le médecin à ma tête qui court avec les brancardiers, quand tout à coup, une énorme douleur dans le bas ventre me fait hurler de douleur, on me rassure en me disant qu’on va me donner des calmants et que le bloc est proche, mais cette douleur est insupportable. J’ai froid, j’ai mal, je tremble et sur le moment une pensée traverse mon esprit : mais pourquoi Dieu m’inflige encore cette épreuve ? Les médecins m’opèrent à nouveau et à mon réveil on m’annonce que j’ai un hématome au niveau du rein, que mon rein est complètement ouvert en deux, mais que par un incroyable miracle, il fonctionne toujours et par conséquent ils ne me l’ont pas retiré.
« Le risque zéro n’existe pas ! » me dit une infirmière ce qui signifie que je peux refaire une hémorragie à n’importe quel moment. Je retourne en réa pour la dernière fois.
Les journées sont longues et le moindre effort me fatigue, je sais aujourd’hui que si Dieu a permis que toutes ces choses se passent c’est que je n’étais pas près et que je devais encore apprendre de cette expérience.
Un jour, une connaissance vient me rendre visite, il faut savoir qu’en réanimation c’est pas évident de rendre visite à un patient… en plus, j’étais en isolement ce qui signifie, se laver les mains avant d’entrer dans la chambre, masque, gants, blouse et, chaque visiteur devait dire si il était de la famille ou non et on me demandait si j’acceptais de voir cette personne. Cette fois-ci on ne me demanda rien du tout ! Et cette connaissance pût rentrer sans difficulté. Elle pût rentrer aussi facilement car Dieu le permit. Elle avait un message pour moi, et c’est l’objet du deuxième point dont je vous ai parlé dans l’introduction.
Elle me parla de l’engagement que l’on prend avec Dieu. Quand elle eut fini j’eut compris qu’un engagement avec Dieu ne se brise pas. J’avais décidé de vendre la moto pour éponger une dette de famille et je sentais au plus profond de moi que c’était vraiment la bonne chose à faire. Mais par un concours de circonstances, il se trouve que cette vente fût reportée encore et encore et que pour finir je l’ai totalement oubliée.
C’est le deuxième point important à retenir, quand Dieu nous ouvre des portes, ne réfléchissons pas, il faut foncer. Quand vous sentez au fond de vous que c’est la meilleure chose à faire, faites-le. Ne reculez surtout pas, ne vous laissez pas distraire par l’ennemi qui trouvera toujours un moyen pour vous détourner du chemin que Dieu ouvre devant vous, car c’est dans l’intérêt du Diable que vous vous plantiez et que vous trébuchiez. C’est un combat que nous menons, il ne faut pas l’oublier. C’est parce que chaque jour nous décidons de nous montrer bon et de nous détourner du péché en le considérant comme « l’ennemi public numéro un » que notre relation avec Dieu va grandir encore et encore et que nous porterons de bons fruits. Il est écrit "Je peux tout en celui qui me rend puissant." Philippiens 4.13, n’oubliez jamais cela. C’est Dieu qui nous donne la force nécessaire pour surmonter nos épreuves, voilà pourquoi nous devons nous confier en lui en toutes circonstances.
Il faut imaginer le péché comme un mur et chaque péché commis représente un parpaing que nous déposons pour construire ce mur entre nous et Dieu, le ciment étant le Diable, plus ce mur sera petit, plus nous serons fort face à l’adversité et moins le Diable aura d’emprise sur nous.
Les journées passent et mon état reste à peu près stable. On me transfère en soins intensifs, mon moral est à nouveau au plus bas. Je reçois de la visite, ma famille, mes amis, mais aussi des gens auxquels je ne m’attendais pas du tout, comme certains de mes professeurs. Je reçois des cartes postales, mes amis se sont cotisés pour m’acheter une petite station pour écouter de la musique, je lis la bible, je prie et encore une fois avec l’aide de notre Père je remonte la pente. J’ai perdu 12kilos et il est urgent que je m’alimente. Encore avec le soutien de ma mère et la grâce de Dieu, je remange tout doucement.

Chapitre 4 : Guérison
Je ne le savais pas encore, mais il me restait une chose à apprendre. Ce fut ma mère, ma courageuse maman, qui m’apporta cette dernière révélation. Comme chaque jour elle venait me voir à l’hôpital, elle me ramenait des petites douceurs et prenait soin de moi autant qu’elle le pouvait. Un jour, je la vis arriver avec un sourire si resplendissant qu’il semblait presque contagieux, elle me dit « mon chéri j’ai quelque chose à te raconter, une chose extraordinaire qui m’est arrivée hier soir !». Ma mère me raconta sa rencontre avec Dieu. Dieu avait un dernier message pour moi : celui d’aimer et d’honorer mon père et ma mère, en créant une relation avec eux, en ne les reniant pas, mais en leur transmettant cette joie que Dieu a mis dans mon coeur. Un fossé énorme s’était creusé avec le temps entre moi et mes parents, surtout entre moi et ma mère. Ce jour-là, Dieu décida qu’il fallait combler ce vide. «Honore ton père et ta mère» ne signifie pas seulement les aimer, il faut aussi les respecter.
Cette différence de génération ne doit pas être un obstacle mais plutôt un pont pour connaître mieux l’autre et franchir ce fameux « fossé ». Il arrive que parfois, nos parents nous aient déçus. N’oublions pas que, comme nous, ce sont des créatures de Dieu, des Hommes, qui sont fait de chair et de sang et la chair est faible. Tout comme nous, ils ont le droit à l’erreur, ne leur tournons pas le dos parce qu’ils nous ont déçu, car Dieu nous enseigne à pardonner. Matthieu 18.35 « C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son coeur ». Pardonnez et vous serez pardonné. Montrons-nous plus malin et dépassons le stade de la rancoeur. Créons des liens et aimons d’un amour inconditionnel, comme Jésus à notre égard, car la famille est un cadeau que Dieu nous fait, ne le détruisons pas. Voilà le dernier point à retenir, voilà le dernier message que Dieu a pour nous.
Pour finir, c’est les yeux pleins de larmes que ma mère conclut par « il m’a fallu 53 ans pour le rencontrer… Mais maintenant c’est fait… et je suis heureuse». J’avais enfin compris tout ce que Dieu voulait me montrer et m’apprendre…6 jours plus tard, je suis sorti de l’hôpital.

Conclusion
N’oublions jamais que Dieu est grand et que même dans le malheur, il ne veut que notre bien si nous demeurons en lui.
Je suis la preuve vivante de la grâce de Dieu. J’aurais pu finir tétraplégique ou j’aurais même pu mourir, mais Dieu me garda en vie, pour que j’apprenne et peut-être pour que je transmette cette expérience. Que par cette histoire, certains puissent ouvrir leurs yeux et surtout leurs coeurs à notre père, qui ne demande que cela, car il nous aime.
A toi la Gloire Notre Dieu.

mercredi 29 mai 2013

Alexis Masson, philosophe, sur Epistheo : connaître Dieu par la raison

Bonjour à tous ! Mon blog était en standby depuis quelque temps, pour cause de mémoire de fin d'études à terminer. J'ai rendu mon mémoire ce matin et ai donc maintenant plus de temps pour mes occupations habituelles.

Voici donc un article prévu depuis longtemps déjà. Dans cet article, je voulais vous présenter un ami, Alexis Masson, et son site : Epistheo.com. Alexis est diplômé en philosophie de l'Université de Strasbourg. Au début de ses études de philosophie, il était athée militant, nihiliste, et ne faisait aucun cas de la foi chrétienne qu'il considérait comme irrationnelle et tout juste bonne pour les faibles d'esprit. Sa rencontre avec un camarade de promo chrétien et ses discussions avec cet ami lui font découvrir la réalité d'un christianisme intellectuellement beaucoup plus respectable qu'il ne l'aurait pensé. En 2005, il se convertit finalement à Jésus-Christ à la suite d'une expérience spirituelle. A la suite de sa conversion, il se met à étudier les rapports entre la foi chrétienne et la raison. Alexis a d'ailleurs servi de relecteur pour mon article précédent, je le remercie de ses conseils.
Epistheo, jeu de mots grec signifiant "connaître Dieu", est le fruit de ce travail. Il s'agit d'une émission radio hebdomadaire, diffusée sur plusieurs radios locales (en Alsace et dans le Territoire de Belfort). Chaque émission aborde une question relative à la foi chrétienne d’un point de vue philosophique.
Le format est court, vivant et accessible, permettant d’informer les auditeurs sur des questions qu’ils se sont probablement déjà posés : peut-on prouver l’existence de Dieu ? Pourquoi Dieu a-t-il créé l’univers ? Pourquoi Dieu permet-il le mal ? Comment peut-on comprendre la Trinité ?
Le site Internet permet de découvrir les thèmes traités dans cette émission.
Dans cette vidéo, Alexis raconte sa propre histoire, comment il a lui-même découvert Dieu. Pour en savoir plus, n'hésitez pas à explorer son site, plein de réflexions de qualité.

samedi 2 mars 2013

Arguments théistes

Bonjour tout le monde !

Socrate, auteur des
 premiers arguments théistes

A-travers les siècles d'histoire de la philosophie, de nombreux raisonnements logiques très divers ont été développés afin de démontrer l'existence de Dieu : les arguments théistes. Les premiers à avoir formulé de tels arguments étaient les 3 grands philosophes de la Grèce antique, Socrate Platon et Aristote, pour qui Dieu, qu'ils voyaient comme un être absolu en tout point, était nécessaire au fonctionnement du monde. Peu usités par les chrétiens des premiers siècles (surprenant d'ailleurs), ces arguments ont ensuite été repris au Moyen-Âge par des théologiens musulmans (Averroès, Al-Kindi...), puis chrétiens (surtout Thomas d'Aquin), avant d'être développés par des philosophes théistes ou déistes comme Leibnitz, Descartes, Voltaire et Kant. Par contre, ils semblent n'avoir jamais eu une grande importance dans la pensée philosophique chrétienne et apparaissent peu chez les plus grands philosophes chrétiens comme Augustin, Pascal ou Kierkegaard. Ils ont cependant toujours joué un rôle très important dans la théologie catholique jusqu'à aujourd'hui. La Réforme protestante les a généralement mis de côté en insistant sur la Révélation, par opposition à la raison, comme base de la foi, mais les arguments théistes reviennent sur le devant de la scène aujourd'hui dans la pensée de plusieurs apologètes évangéliques contemporains (Alister McGrath, Ravi Zacharias, etc). Alors, j'ai eu envie de consacrer moi aussi un article sur mon blog à ces arguments. Pour ceux qui ont envie d'en savoir plus, je recommande la lecture de cette série sur l'excellent site Raisonsdecroire.org.

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L'argument ontologique, ou argument de l'essence
Cet argument, énoncé pour la première fois par le théologien catholique médiéval Anselme de Canterbury puis repris notamment pas Descartes, veut établir l'existence de Dieu par la seule analyse de son essence, de ce qu'il est, au contraire des autres arguments théistes qui reposent sur l'observation du monde, c'est pourquoi je le mets en premier même s'il n'est pas le plus important.
L'argument consiste à montrer que la nature même de Dieu implique forcément son existence. Pour résumer : Dieu, par définition, est un être infini et parfait ; s'il était inexistant, il ne serait plus parfait ; donc, il doit forcément exister.
Le raisonnement d'Anselme de Canterbury : Dieu est un être parfait, infini, sans aucune limite. L'esprit humain est capable de concevoir un tel être infini et il lui donne le nom de Dieu. Or, un être qui existe dans la réalité du monde est plus grand, plus parfait, qu'un être qui existe seulement dans l'esprit humain. Donc, un tel être infini doit forcément exister dans la réalité.
Le mathématicien et logicien autrichien Kurt Gödel, un ami d'Einstein, connu surtout pour son théorème d'incomplétude, a proposé une reformulation de l'argument ontologique en langage mathématique : la preuve ontologique de Gödel. Il n'a fait circuler ce travail que parmi ses connaissances et ne voulait pas le publier, de peur qu'il ne soit interprété à tort comme une tentative de preuve finale de l'existence de Dieu.
Cet argument repose de toute évidence sur un sophisme et peut être facilement réfuté : si Dieu n'existe pas, alors il n'est évidemment pas parfait ni infini et tout le raisonnement s'effondre. L'argument a donc été très souvent critiqué, notamment par Emmanuel Kant et même par Thomas d'Aquin, qui répond que l'esprit humain, dans sa finitude, n'est pas capable de comprendre l'infinité de Dieu. Pourtant, malgré toutes les critiques, l'argument ontologique continue de fasciner les philosophes, qu'ils l'acceptent comme valide ou non. Le philosophe gallois Bertrand Russell, un des plus grands penseurs athées du 20° Siècle, a dit au sujet de cet argument : « Il est plus facile d’être convaincu que l’argument doit être fallacieux que de trouver précisément où repose l’erreur. » La preuve ontologique a récemment été revalorisée par le philosophe américain contemporain Alvin Plantinga.


L'argument téléologique, ou argument du dessein
Voltaire
Cet argument est certainement l'argument théiste le plus connu. Sa formulation la plus célèbre est celle de Voltaire, connue sous le nom d' « argument de l'horloger ».

Selon cet argument, l'existence même de l'Univers, la complexité de son fonctionnement et l'équilibre qui le régit, sont la preuve de l'existence d'une intelligence créatrice, dont l'action créatrice a un but. Tout ce qui existe et dont le fonctionnement est régi par un mécanisme précis a forcément été conçu par une intelligence créatrice ; or, l'Univers existe et fonctionne selon les lois de la nature ; donc, l'Univers a nécessairement été conçu par une intelligence créatrice, dans un but.

Voltaire, qui s'inspire du philosophe chrétien anglais William Paley, explique que si un jour, en se promenant, il trébuche sur une pierre et se demande ce qu'elle fait là, on pourrait lui répondre tout simplement que cette pierre a toujours été là, que c'est l'endroit où elle se trouve naturellement. Par contre, s'il trouve une horloge par terre, la réponse à la même question sera différente : c'est qu'il a forcément du y avoir, à un moment donné et en un endroit donné, un horloger qui a fabriqué cette horloge. Sans cet horloger, l'horloge ne pourrait pas exister. Même si l'horloge est abimée, qu'elle fonctionne mal, nous savons tout de même avec certitude qu'elle a été conçue par un être intelligent (l'horloger) dans un but précis (montrer l'heure). De même que l'existence de l'horloge prouve l'existence d'un horloger qui l'a conçue, de même l'existence de l'Univers prouve celle d'une intelligence qui l'a créé. Voltaire conclut son argument par sa célèbre formule : « L'Univers m'embarrasse et je ne puis songer Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger. »

Cet argument a été de plus en plus mis en avant avec les découvertes scientifiques modernes, notamment en physique, sur la complexité du fonctionnement du monde et le réglage fin et précis des constantes physiques nécessaires à l'apparition de la vie. Il balaie d'un revers de main l'idée selon laquelle le progrès scientifique a rendu caduque l'idée de Dieu : avec cet argument, au contraire, plus la science progresse, plus notre compréhension du monde augmente, plus il devient infiniment probable qu'il y a un Dieu qui l'a créé.



Les arguments cosmologiques

Thomas d'Aquin
L'argument cosmologique, sous ses diverses formes, trouve son origine chez les 3 grands philosophes athéniens, Socrate, Platon et Aristote. Il a par la suite été abondamment repris, notamment Thomas d'Aquin. Il s'agit ici de partir de l'observation du monde (du cosmos, d'où le nom d'argument cosmologique) pour en déduire l'existence de Dieu. Pour les philosophes athéniens, l'existence d'un être suprême, infini et parfait dans toutes ses caractéristiques est nécessaire à l'existence du monde et de la raison humaine.
Dans sa Somme théologique, Thomas d'Aquin propose trois variantes de cet argument :


  • La voie par le mouvement : Tout, dans l'Univers, est en mouvement (c'est-à-dire, en termes philosophiques, tout change, rien ne reste éternellement identique). Or, tout ce qui est en mouvement est forcément mû par autre chose, il n'y a pas de mouvement sans moteur. Il est donc nécessaire qu'il y ait un premier moteur qui soit le moteur de toute chose.
  • La voie par la cause : Tout ce qui existe a forcément une cause. En remontant arrière la chaîne de cause à effet, il est donc nécessaire qu'il y ait une cause première qui soit la cause de tout.
  • La voie par la contingence : Tout, dans le monde, a un commencement et une fin, donc la possibilité d'exister et de ne pas exister. Par conséquent, puisque ces choses existent alors que leur existence n'est pas nécessaire, il doit y avoir quelque chose qui les fait exister.

Cette cause première, ce moteur premier, cette nécessité première, c'est Dieu. Une réponse facile à cet argument serait : « Dieu a créé le monde mais... qui a créé Dieu ? » Quelle est la cause de cette cause première, le moteur de ce moteur premier ? En réalité, cette question est un non-sens : d'après les lois de la logique, tout ce qui a un commencement a une cause ; tout ce qui est en mouvement a un moteur ; tout ce qui n'est pas nécessaire a quelque chose qui le fait exister. Ce qui est éternel, qui a toujours été et sera toujours, n'a pas de cause puisque rien ne l'a amené à l'existence ; ce qui n'est pas en mouvement, qui reste éternellement identique, n'a pas besoin de moteur ; ce qui est nécessaire, qui existe par lui-même, n'a besoin de rien pour le faire exister. D'ailleurs, puisqu'elle est la cause de tout et qu'il n'y avait rien avant elle qui puisse en être la cause, la cause première doit forcément ne pas avoir elle-même de cause.
La forme la plus simple de l'argument cosmique, et aussi la plus célèbre et la plus âprement étudiée aujourd'hui, nous vient du penseur musulman soufi Al-Ghazâli. Il s'agit de l'argument dit du kalam : « Tout ce qui a commencé à exister a une cause. Or, l'Univers a commencé à exister. Donc, l'Univers a une cause. »

L'argument moral
La présentation la plus célèbre de l'argument moral pour l'existence de Dieu se trouve dans le roman Les frères Karamazov, de l'écrivain russe Féodor Dostoïevski, dans lequel un des personnages s'interroge : « Mais alors, que deviendra l’homme, sans Dieu et sans immortalité ? Tout est permis, par conséquent, tout est licite ? »
Cet argument se résume au raisonnement suivant : si Dieu n'existe pas, les valeurs morales objectives n'existent pas ; or, les valeurs morales objectives existent ; donc, Dieu doit exister.
Cet argument ne vaut évidemment que si on part du fait que le bien et le mal sont des valeurs absolues. On pourrait répondre en défendant une morale purement sociale, dont le seul but serait de garantir le bon fonctionnement de la vie en communauté. Dans ce cas, cette morale varierait en fonction des époques et des cultures, selon l'organisation différente des sociétés humaines, et il n'existerait aucune morale universelle. C'est là que ce raisonnement pose problème : imaginons par exemple si les nazis avaient gagné la Seconde Guerre Mondiale, réalisé leur but d'extermination de tous les Juifs et endoctriné la totalité de la population mondiale ; dans ce cas, avec une morale culturaliste, la Shoah serait moralement bonne dans cette société ! Si, au contraire, la morale est absolue, alors même dans une telle société la Shoah restera moralement mauvaise, en dépit du fait que l'humanité entière la considérerait comme moralement bonne.

Les autres arguments :
En plus des quatre principaux arguments théistes (ontologique, téléologique, cosmologique et moral), d'autres arguments moins connus ont été proposés. En voici quelques-uns :
  • L'argument historique : L'homme est par nature trop anxieux pour développer de lui-même sa créativité et trop égocentrique pour s'orienter de lui-même vers une société organisée ; s'il y est parvenu c'est qu'il y a donc forcément une force extérieure à lui-même qui l'a guidé. Cette idée était répandue surtout dans les sociétés antiques pré-grecques.
  • L'argument de l'absolu : Une chose, une action, n'est bonne ou mauvaise que par rapport à une échelle de valeurs donnée. Or, pour que cette échelle puisse mesurer objectivement le bien et le mal, il faut qu'elle ait une valeur maximale. Donc, il y a forcément un Bien absolu. (Le même raisonnement marche aussi avec les notions de Vrai et de Beau.) Cet argument est tiré de la Somme théologique de Thomas d'Aquin.
  • L'argument spatio-temporel : C'est une variante intéressante de l'argument cosmologique, très utilisé dans la pensée islamique. L'espace et le temps ayant tous les deux eu un commencement, ils doivent avoir une cause. Or, puisque l'espace-temps n'existaient pas avant leur création, leur créateur doit être extérieur à l'espace et au temps, infini et éternel.
  • L'argument du consensus universel : Le fait que toutes les civilisations du monde, même celles qui n'avaient aucune relation entre elles, ont en commun l'idée du divin sous diverses formes, prouvent qu'une forme de divin doit exister réellement. Cet argument a été émis par Cicéron ; il est faible car s'agit d'un argument de la tradition, une forme d'argument d'autorité.
  • L'argument de la limite de la connaissance humaine : La conscience humaine est limitée ; donc il doit forcément exister autre chose qui dépasse sa conscience. L'auteur de cet argument est Kant.
  • L'argument pragmatique : Le fait que, même sans preuve empirique préalable, l'acceptation de l'existence de Dieu et des conséquences qui en découlent (efficacité de la prière notamment) fonctionne dans la vie du croyant, est la preuve que ce que ce croyant croit est vrai. Ce raisonnement vient du philosophe et psychologue américain William James.
  • L'argument anthropique : Nous, humains, sommes des êtres personnels (c'est-à-dire conscients, rationnels, moraux, aimants, etc.), donc la nature dont nous sommes issus doit également avoir pour origine un être personnel ; sinon, ce serait comme si la nature donnait vie à un poisson alors que l'eau n'existe pas. L'auteur de cet argument est le Dr Gregory Boyd, un pasteur et apologète évangélique contemporain.

Un dernier pour la route
Un dernier argument, peu connu mais qui me plaît beaucoup personnellement : celui développé par C.S Lewis, professeur de littérature à l'Université d'Oxford pendant la 1° moitié du XX° Siècle, passé de l'athéisme au théisme puis au christianisme et devenu après sa conversion un des auteurs chrétiens les plus réputés de son époque. Des prémisses de cette idée se trouvent déjà chez Augustin et Pascal, dans leur célèbre formule disant qu'« il y a dans le coeur de tout homme un vide en forme de Dieu. »
Au début de sa carrière universitaire, Lewis était athée. Pourtant, il a toujours gardé une profonde soif de spiritualité, qui se manifestait surtout par sa passion pour les mythologies antiques, soif que sa vision du monde athée et matérialiste ne parvenait pas à satisfaire. Or, la nature est ainsi faite que tout besoin naturel peut être assouvi de façon naturelle : la nourriture répond à la faim ; l'eau à la soif ; etc. Aucun désir n'existe sans que l'assouvissement n'en soit possible. Il en est finalement venu à la conclusion, qui a été une étape importante dans son cheminement intellectuel vers le théisme, que puisque son besoin de spiritualité ne peut être comblé par le monde matériel, c'est qu'il doit exister une réalité au-delà du matériel qui soit en mesure de l'assouvir. Je cite sa conclusion en ses propres mots : « Si je découvre en moi un désir qu’aucune expérience dans ce monde ne peut satisfaire, l’explication la plus probable est que j’ai été fait pour un autre monde. »

Et alors ?!
Pour conclure, je poserais tout simplement la question : à quoi a servi cet article ? Quel est l'intérêt de tels arguments ? Aucun d'entre eux ne prouve l'existence de Dieu de façon absolue ; dans le cas contraire, il n'y aurait plus la liberté de croire qui est si vitale à tout croyant. Quid du pari de Pascal ? D'ailleurs, bien peu d'athées n'ont jamais été convaincu de l'existence de Dieu uniquement par de tels arguments (un exemple où c'était le cas est celui du philosophe britannique Antony Flew, un des plus importants penseurs athées militants de son époque qui, en 2004, a déclaré adhérer à présent au déisme aristotélicien). Et puis de toute façon, la foi chrétienne, c'est beaucoup plus que de croire seulement en l'existence de Dieu.
Je pense tout de même que sans être décisifs, ces arguments ont leur intérêt : ils ne peuvent pas, dans l'absolu, prouver que Dieu existe ; mais ils peuvent servir à défendre la crédibilité de la foi en montrant qu'il est cohérent de le croire. Qui sait, peut-être que l'un ou l'autre de mes lecteurs sera amené à réfléchir par mon article et qu'il se posera plus sérieusement cette question essentielle : et si c'était vrai ?